Il arrive en début d’après-midi. Le trajet a été long et son rendez-vous approche. Sur le plan, à l’entrée, il repère la salle calme et s’y dirige sans s’arrêter aux stands. Il a besoin de redescendre maintenant, pour être disponible tout à l’heure.

Il s’assoit, il pose ses affaires, il laisse le bruit redescendre. Un quart d’heure plus tard, il ressort et part à son rendez-vous.

C’était samedi 12 septembre, au festival UNIQUES, à la Cité du Cinéma de Saint-Denis. Notre deuxième année sur place.

UNIQUES est le festival de l’égalité des chances dans l’emploi, organisé par Diversidays : sur une journée, il réunit des personnes en recherche d’emploi, des entreprises qui recrutent et des associations, autour d’une programmation de conférences et de tables rondes. Comme tout événement de cette ampleur, la journée est dense — beaucoup de monde, un niveau sonore élevé, des rendez-vous qui s’enchaînent du matin au soir.

Nous y avions installé une salle de régulation sensorielle, un espace calme. Un endroit où le bruit, la lumière et les sollicitations redescendent, et où l’on peut s’arrêter quelques minutes avant de repartir.

En la préparant, nous pensions surtout au bruit et à la foule. Ces mots-là figurent bien dans les réponses. Mais deux autres revenaient tout autant : l’épuisement, et le doute de soi. Dans un lieu où l’on vient chercher un travail, ce que les gens déposent à l’entrée d’une salle calme n’est pas seulement sensoriel.

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>>A lire aussi : Festival inclusif : à UNIQUES, la régulation sensorielle partout

Uniques, un festival inclusif

La deuxième édition a déménagé à la Cité du Cinéma, à Saint-Denis, le samedi 12 septembre, de 10h à 22h. Soixante-quinze associations, six grands thèmes : emploi et reconversion, entrepreneuriat, tech et intelligence artificielle, santé mentale, orientation, transitions.

Notre espace est passé de 25 à 45 m², et surtout, il a changé de forme. Plusieurs compartiments, pour que chacun·e puisse s’isoler à sa manière — seul·e, ou à plusieurs dans la même pièce sans se gêner. Casques antibruit, couvertures lestées, siège de compression, lumières lentes, objets à malaxer et à faire tourner : de quoi couper le son, relâcher le corps ou décharger de l’énergie, selon ce dont on a besoin sur le moment.

La deuxième évolution est peut-être la plus importante. Des sacs sensoriels étaient proposés à l’emprunt au point info de l’accueil, et non dans la salle. Les visiteur·ses pouvaient donc s’équiper dès leur arrivée, avant même de savoir qu’un espace de régulation existait, puis emporter de quoi se réguler partout ailleurs : en conférence, en job dating, en session de coaching. Une salle calme, c’est bien. Une salle calme dont on peut emporter un morceau avec soi, c’est mieux.

La salle est restée occupée de l’ouverture à la fermeture. Trois ou quatre personnes en permanence, une dizaine aux heures pleines. On y entrait sans rendez-vous et sans justification à donner.

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Ce que le questionnaire a montré

Près de la porte, un QR code invitait les visiteur·ses à laisser un retour en repartant : comment ils et elles se sentaient en arrivant, comment ils et elles se sentaient en repartant, et ce qu’ils et elles avaient fait dans la salle.

Nous nous attendions à lire ce que nous avions déjà lu : surcharge sensorielle, trop de bruit, trop de monde. Cela figure bien dans les réponses. Mais deux autres états revenaient tout autant : l’épuisement, et le doute de soi.

Le doute de soi. Dans un festival où l’on vient chercher un emploi.

Ces mêmes personnes sont ressorties plus calmes, la tête plus claire, curieuses de ce qu’elles venaient d’essayer. Plusieurs ont précisé qu’elles s’étaient débrouillées seules, sans avoir eu besoin qu’on s’occupe d’elles — c’est exactement ce qu’on attend d’un espace de ce type.

Quelques retours recueillis sur place :

« J’ai surtout manipulé des fidgets sensoriels. Cela m’apaise. »

« J’en pouvais plus du bruit, qu’est-ce que c’est agréable d’avoir un endroit pour récupérer. »

« Il faudrait des installations de ce type dans tous les lieux publics. »

« C’est ce que je voulais mettre en place dans ma salle de repos. Ça me donne des idées. »

Cette dernière phrase est revenue plusieurs fois, dans la bouche de personnes qui travaillent en entreprise. Elles n’étaient pas venues chercher du matériel. Elles ont vu, en quelques minutes sous une couverture lestée, ce que ça changeait.

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Une brique parmi d’autres pour construire un festival inclusif

Cet espace n’était pas le dispositif d’accessibilité du festival. Il n’en était qu’une partie.

UNIQUES déployait des navettes PMR de 9h à 23h depuis les métros 13 et 14, des rampes et cheminements sur l’ensemble du site, de l’interprétation en langue des signes française et de la vélotypie sur les scènes principales, une boucle à induction magnétique avec prêt de récepteurs, des fauteuils roulants prêtés gratuitement, et un point de service PSH tenu par des bénévoles formé·es à l’accompagnement.

Notre espace couvrait la dimension sensorielle, plus récente dans les pratiques d’aménagement que les volets moteur ou auditif. Il n’a fonctionné que parce que le reste existait autour. L’accessibilité ne se découpe pas en morceaux, et aucun besoin ne passe avant un autre.

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Les acteurs qui font avancer le sujet

Un festival inclusif comme celui-ci n’existe que par les organisations qui s’y engagent.

Diversidays porte et organise UNIQUES, avec le soutien de nombreux acteurs engagés. L’Agefiph, avec qui nous partageons la même façon de voir l’accessibilité et l’inclusion, y était présente à plusieurs titres, notamment sur la santé mentale au travail et sur la question des seniors : la moitié des personnes handicapées en emploi ou au chômage ont plus de cinquante ans, une réalité pour laquelle les outils d’aménagement restent à construire.

Autypik, engagé sur le recrutement neuro-inclusif, était de nouveau du côté des stands comme des scènes. Le Club Landoy, porté par le groupe Bayard, travaille les transitions liées à l’âge. Éloquence de la Différence intervient sur la prise de parole des personnes concernées. Du côté des entreprises, Orange, la MAIF et SNCF Optim’services portaient des retours d’expérience sur leurs propres politiques d’inclusion.

Ces acteurs ne disent pas tous la même chose, et c’est heureux. Mais ils partagent un déplacement commun : passer de l’intention à l’aménagement concret.

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Ce qu’en dit la Conférence nationale du handicap 2026

Huit jours plus tôt, la CNH réunie au Prisme de Bobigny a annoncé seize engagements et soixante-cinq mesures pour la période 2026-2029, dont une première stratégie nationale de l’accessibilité et une nouvelle stratégie nationale autisme et troubles du neurodéveloppement, attendue d’ici la fin de l’année. Sur l’emploi, l’objectif affiché est de porter le dispositif d’emploi accompagné à vingt mille bénéficiaires d’ici 2028. Comme après chaque édition, la mise en œuvre et les moyens associés feront l’objet d’un suivi : un comité présidé par la ministre chargée du handicap est prévu fin septembre pour détailler les plans d’action.

Ce qui nous intéresse ici est plus étroit. Une stratégie autisme et TND, un objectif d’emploi accompagné, une stratégie d’accessibilité : tout cela suppose, à un moment, des environnements de travail praticables au quotidien. Or un open space, un plateau d’accueil ou un hall de gare présentent les mêmes caractéristiques sensorielles qu’un festival — bruit continu, lumière constante, sollicitations permanentes — mais sur toute l’année.

La régulation sensorielle n’est pas un sujet de politique publique en soi. C’est une des conditions matérielles qui décident si une personne tient sa journée. Et c’est aussi, pour les employeurs, l’un des aménagements les moins coûteux à mettre en place.

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On à hâte de voir la suite, et de participer à l’écrire avec vous ! D’ici là, si vous vous demandez à quoi ressemblerait un espace comme celui-ci dans vos locaux, venez nous en parler. Et si vous souhaitez organiser un festival inclusif, contactez nous !

Aude Habert est chargée de communication et d'événementiel chez Hop'Toys.

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