Il y a des gestes du quotidien qui ne sont pas “simples pour tout le monde”

Se couper les cheveux fait partie de ces gestes que l’on pense anodins.

Pourtant, pour certains enfants autistes, adolescents ou adultes avec des particularités sensorielles, ce moment peut être vécu comme une véritable épreuve.

Ce n’est pas une question de volonté, ni d’éducation, ni d’habitude.

C’est une question de sensation, de surcharge, de perception du monde.

Et quand on comprend cela, tout change dans la manière d’aborder la coiffure.

Ce que vivent certaines personnes sans toujours pouvoir l’expliquer

Dans un salon de coiffure classique, beaucoup d’éléments arrivent en même temps.

Le bruit de la tondeuse. Le souffle du sèche-cheveux. Les odeurs. Le contact des mains. Les gestes imprévisibles. Les autres clients. L’attente.

Pris séparément, ces éléments semblent gérables. Ensemble, ils peuvent devenir trop.

Certaines personnes ne peuvent pas toujours le verbaliser. Elles le vivent dans le corps : tension, agitation, besoin de fuir, blocage, crise ou évitement total.

Et souvent, la solution la plus simple devient… ne plus y aller du tout.

Pour les familles : quand préparer devient essentiel

Dans beaucoup de familles, une visite chez le coiffeur ne s’improvise pas.

Elle se prépare parfois plusieurs jours à l’avance, parfois même davantage selon les sensibilités.

Les scénarios sociaux jouent ici un rôle fondamental. Ils permettent de donner une forme à ce qui est invisible : le déroulé précis du moment.

On peut y voir, étape par étape :

  • l’arrivée dans le lieu
  • le contact avec le coiffeur
  • l’installation sur le fauteuil
  • les différentes étapes de la coupe
  • la fin de la séance

Ce n’est pas un outil en plus. C’est souvent ce qui rend la situation possible.

Et quand cela ne suffit pas, on ajoute des repères sensoriels, des pauses, des objets rassurants, ou simplement du temps.

Pour aider les familles dans cette préparation, Hop’Toys propose des scénarios sociaux autour de la coiffure.

À télécharger gratuitement -> https://www.bloghoptoys.fr/le-coiffeur-inclusif-les-scenari-sociaux
https://www.bloghoptoys.fr/le-coiffeur-inclusif-repondre-a-un-besoin

Ces ressources permettent de transformer un moment imprévisible en situation plus lisible, plus rassurante, plus accessible.

Pour les coiffeurs : ce n’est pas une expertise en plus, c’est une autre posture

Beaucoup de coiffeurs disent la même chose :
“Je veux bien faire, mais je ne sais pas comment m’y prendre.”

La coiffure inclusive ne demande pas de devenir spécialiste du handicap.

Elle demande surtout de changer légèrement le rythme et la manière d’être présent.

Parfois, cela veut dire :

  • prendre plus de temps pour expliquer,
  • accepter que tout ne soit pas linéaire,
  • observer quand une personne a besoin d’une pause,
  • réduire les stimuli quand c’est possible,
  • laisser du contrôle à la personne.

Ce sont des gestes simples. Mais pour la personne en face, ils changent tout.

Concevoir un salon de coiffure réellement inclusif

Un espace unique et structuré

Un salon inclusif peut être pensé comme un espace unique, mais structuré, où chaque élément a une fonction claire.

  • Tablettes de communication : gestion du comportement, support de communication, jeux, distraction ou médiation.
  • Renforçateurs : fidgets à manipuler, à regarder, à écouter pour aider à la régulation des comportements.
  • Time Timer : pour mieux visualiser le temps qui passe et réduire l’anxiété liée à la temporalité.
  • Mur d’images PECS, de pictogramme : support de communication visuelle.
  • Ambiance sensorielle (type Snoezelen) : lumière, sons, éléments visuels apaisants pour réduire la surcharge.
  • Rampe PMR : accessibilité physique.
  • Matériel professionnel de coiffure silencieux : réduction de la charge auditive.
  • Miroirs modulables : possibilité de les cacher pour limiter certaines réactions émotionnelles.

L’idée centrale n’est pas de multiplier les outils, mais de réduire la surcharge et augmenter la prévisibilité en donnant aux personnes les moyens de se réguler.

À lire aussi -> L’extratypik, le salon de coiffure inclusif

Structurer la séance avec des outils visuels

Les outils de séquençage visuel permettent de rendre une situation prévisible.

Avec des supports comme TAKK , on peut découper la coupe en étapes simples :

Par exemple :

arriver → s’installer → couper → sécher → terminer

Cela permet de rendre visible ce qui, sinon, reste flou et anxiogène.

Rendre le temps visible

Le temps est souvent une source majeure d’angoisse.

Des outils comme le Time Timer permettent de visualiser concrètement le temps restant.

Le temps devient alors quelque chose qu’on peut comprendre, pas seulement subir.

Faciliter la communication

Dans un salon inclusif, la communication ne repose pas uniquement sur la parole.

Les supports visuels (PECS, pictogrammes, tableaux de communication ), où encore éventail des besoins permettent de :

  • dire stop
  • demander une pause
  • exprimer un inconfort
  • comprendre une consigne
  • faire un choix

Cela réduit la tension et sécurise la relation.

Apaiser l’environnement sensoriel

Les environnements inspirés de l’approche Snoezelen permettent de réduire la surcharge sensorielle en agissant directement sur l’ambiance globale du lieu.

Dans un salon de coiffure inclusif, cela peut se traduire très concrètement par une atmosphère plus enveloppante et plus stable.

Une ambiance sonore douce, par exemple grâce à un générateur de bruit blanc pour atténuer les bruits agressifs du salon (tondeuse, sèche-cheveux, conversations), souvent vécus comme imprévisibles ou envahissants.

Une lumière plus apaisée, avec des projecteurs type galaxie, aide à réduire les contrastes visuels trop forts et à créer un environnement plus sécurisant, presque “contenu”.

Un confort corporel qui sécurise

Le corps joue un rôle central dans le vécu d’une coupe de cheveux.

Dans une logique ergonomique, il peut être soutenu par des produits sensoriels adaptés

Ces outils permettent aussi au corps de “se poser”, ce qui est souvent le premier pas vers une diminution de l’anxiété.

Soutenir la régulation pendant la séance

Pour accompagner les moments d’attente ou de surcharge, il est aussi possible d’intégrer des renforçateurs sensoriels et outils de régulation, très utilisés dans les environnements adaptés.

On retrouve notamment :

  • des fidgets sensoriels de tout type (objets à manipuler, à presser, à tourner, textures variées, objets anti-stress)
  • des « récompenses » médailles, bon points etc !

Ces outils permettent à la personne de canaliser son stress, de s’occuper les mains et de rester dans une zone de régulation pendant la coupe ou l’attente.

Ils peuvent être proposés avant, pendant ou après la séance, selon les besoins.

L’objectif de tous ces aménagements n’est pas de surstimuler, mais au contraire de réduire la pression sensorielle globale, tout en offrant des appuis concrets pour permettre à la personne de traverser la situation avec plus de sécurité.

L’Extratypik : quand on change le lieu pour changer l’expérience

L’Extratypik est né d’un constat très concret : pour certaines personnes, le problème ne vient pas de la coupe de cheveux… mais du lieu lui-même.

Le projet est né d’une histoire personnelle forte : celle d’une mère confrontée aux difficultés de son fils face aux environnements de coiffure classiques.

À partir de cette réalité, une idée simple a émergé : aller directement vers les personnes.

Aujourd’hui, L’Extratypik propose un salon de coiffure mobile dans un van aménagé, qui se déplace sur les parkings des établissements médico-sociaux, structures spécialisées ou lieux d’accueil.

Cela simplifie les parcours de vie : moins de déplacements, moins d’imprévus, moins de surcharge sensorielle et surtout une amélioration de la prise en charge.

Ce projet a été soutenu dès ses débuts par Hop’Toys, notamment dans la création d’infographies et de supports visuels et le don d’outils pour rendre l’expérience plus lisible et plus accessible.

C’est une démarche commune : rendre visible ce qui ne l’est pas toujours pour améliorer le vécu des personnes.

La MDPH : comprendre la logique de compensation

La MDPH peut maintenant aider à financer une coupe de cheveux qui à nécessité un aménagement.

Elle est là pour compenser les conséquences du handicap dans la vie quotidienne.

La logique est la suivante : lorsque le handicap entraîne des besoins spécifiques ou des surcoûts, une compensation peut être étudiée.

La PCH peut financer certaines aides après évaluation individuelle :

👉 https://www.mdph.valdoise.fr/834-la-prestation-de-compensation-du-handicap-pch-.htm

Elle peut aussi inclure des aides spécifiques selon les situations :

👉 https://www.mdph.valdoise.fr/1583-les-aides-specifiques.htm

Pour les enfants, l’AEEH peut compléter ces dispositifs.

👉 https://www.mdph.valdoise.fr/

Mais il n’existe pas de prise en charge automatique de la coiffure.

Chaque situation est étudiée individuellement.

Ce qui est en train de changer aujourd’hui

Ce que l’on observe aujourd’hui est une transformation profonde. L’accessibilité ne concerne plus seulement les lieux ou les transports. Elle concerne aussi les gestes du quotidien. Se couper les cheveux. Se laver. Attendre. Être touché. Et ces gestes peuvent nécessiter des adaptations réelles.

Les scénarios sociaux, les outils Hop’Toys, les pratiques professionnelles ajustées, les initiatives comme L’Extratypik et les dispositifs comme la PCH participent tous à cette évolution.

Pour aller plus loin

Hop’Toys propose de nombreux outils pour aider les professionnels à adapter leurs espaces aux besoins sensoriels et communicationnels : https://www.hoptoys.fr/

La coiffure inclusive ne consiste pas à corriger une difficulté. Elle consiste à rendre possible un moment du quotidien.

Pour les familles, cela peut vouloir dire : enfin une expérience qui ne demande pas de lutte permanente.

Pour les coiffeurs, cela peut vouloir dire : découvrir une autre manière d’exercer, plus attentive, plus ajustée, mais souvent plus juste.

Et au centre, il y a toujours la même chose : une personne, avec ses sensations, son rythme, et le droit de vivre ce moment sans douleur inutile.

Aude Habert est chargée de communication et d'événementiel chez Hop'Toys.

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