Retour sur notre premier espace sensoriel de répit aux Déferlantes, et sur ce que veut dire, concrètement, un festival inclusif et accessible.
Il y a des phrases qu’on n’oublie pas. Celle-là, c’est Anas qui l’a dite à sa maman, le dernier soir des Déferlantes, alors que la nuit tombait sur Le Barcarès et que la musique portait encore loin sur la plage : « On revient l’année prochaine ? »
Trois jours plus tôt, personne n’aurait osé le parier. Anas est autiste, c’était son tout premier festival, et sa maman, Siham, était arrivée avec le cœur serré et une longue liste de « et si ». Et si c’était trop ? Trop de monde, trop de bruit, trop d’imprévu ? Repartir dès le premier soir, ce n’était pas une hypothèse, c’était un scénario auquel elle s’était préparée.
Alors quand, au bout de trois jours, c’est lui qui demande à revenir… on se dit qu’il s’est passé quelque chose. Et j’avais envie de vous le raconter. Parce qu’au fond, cette histoire dit une idée toute simple : un festival inclusif et accessible, ce n’est pas une utopie. C’est une suite de choix, très concrets, à la portée de n’importe quel organisateur.

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Un festival inclusif, c’est une immense joie. Et une immense charge.
Cette année, pour la première fois, Hop’Toys a posé un espace de répit sensoriel au cœur des Déferlantes Sud de France, aux côtés de Régie Accès et de La Frontera Production avec Claudia et la team DEF’INCLUSIVE. J’ai eu la chance de l’imaginer, de l’installer, et d’y passer ces trois jours au contact des festivaliers.
Parce qu’un festival, c’est merveilleux et c’est intense. La foule, les basses qu’on ressent dans la poitrine, la lumière, la chaleur, la fatigue qui s’accumule. Pour beaucoup d’entre nous, ça fait partie du plaisir. Mais pour une personne autiste, hypersensible, ou simplement à bout de batterie, cette même intensité peut devenir un mur. Et quand on n’a plus de ressources pour redescendre, la seule option, souvent, c’est de partir.
Notre pari, c’était d’offrir une troisième voie : un endroit où souffler quelques minutes, pour pouvoir rester dans la fête plutôt que de la quitter. Le sensoriel n’est qu’une pièce du grand puzzle de l’accessibilité, mais c’est une pièce qui change beaucoup de choses.

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L’espace qu’on a imaginé pour souffler
Concrètement, c’était une tente refuge, à l’écart du tumulte. Un climat apaisé, une lumière douce, une température maîtrisée. Une tente bleue dont la couleur, à elle seule, invitait déjà au calme.
À l’intérieur, on se sent inviter à s’installer confortablement, et c’est voulu : des poufs et des coussins tout moelleux pour s’allonger, un fauteuil de repos qui soulage le dos, des casques antibruits, une colonne à bulles, de quoi occuper les mains, un ventilateur et de l’eau bien fraîche. Deux bénévoles présents chaque jour pour accueillir, expliquer en deux mots, et veiller sur chacun. Et un sac sensoriel « mobile », pensé pour aller au plus près des personnes dans la foule.
L’idée n’était pas d’impressionner, mais de faire du bien. Et ce qui m’a le plus touchée, c’est de voir à quel point les gens se sont approprié le lieu tout seuls, sans qu’on ait à les guider. Ils entraient, s’installaient, et restaient, parfois vingt minutes, parfois plus. De vraies pauses.

La première fois d’Anas
Mais si je devais ne garder qu’une histoire, ce serait la leur.
Siham partage son quotidien de maman d’un ado autiste, avec beaucoup de justesse et sans filtre. Venir aux Déferlantes avec Anas, c’était pour elle un immense point d’interrogation. J’ai eu le privilège de les accompagner tout au long du festival et de voir, heure après heure, l’appréhension laisser place à la confiance.
Les dispositifs pour un festival inclusif
Ce qui a rendu ça possible, ce n’est pas seulement notre tente. C’est toute une chaîne pensée pour lui : un stationnement facilité, une entrée fluide, un accès aux plateformes pour vivre les concerts en sécurité, et un espace où revenir se poser quand c’était trop. Du parking à la scène, chaque étape avait été anticipée. C’était le fruit d’un vrai travail collectif avec les équipes du festival.
Et Anas a profité. Vraiment. Trois jours, aucune crise. Des concerts vécus pleinement, des moments de répit quand il en avait besoin, et une maman qui, peu à peu, a pu relâcher les épaules. Ils étaient les premiers surpris de la facilité de l’expérience. Eux qui étaient venus en se préparant à l’éventualité de partir.
La seule crise est venue après. Une fois le festival derrière eux, sur le trajet du retour, seuls tous les deux dans la voiture. Comme si son corps, qui avait tenu trois jours entiers, s’autorisait enfin à lâcher une fois revenu dans l’ordinaire. Et c’est peut-être ça, le plus parlant : ce n’est pas le festival qui l’a mis en difficulté. Un espace pensé pour lui a fait toute la différence. C’est le retour à « tout le reste » qui a été le plus dur.
Et c’est bien là, à mes yeux, la plus belle preuve : un jeune autiste, accompagné, peut vivre un festival en famille, avec sérénité. Pas en marge. Au milieu de tout le monde.

Ce que ça raconte, au fond
Cette histoire, ce n’est pas « une histoire pour une catégorie de personnes ». Dans notre tente, il y a eu Anas, oui. Mais aussi une femme enceinte qui s’est allongée sur les coussins et m’a lancé, dans un sourire, que c’était « trop cocooning », avant de repartir danser. Une petite fille qui, casque antibruit sur les oreilles, a répondu un franc « oui ! » quand on lui a demandé si elle l’aimait bien. Des jeunes venus récupérer. Et même des bénévoles et des membres du staff, qui sont venus s’asseoir cinq minutes entre deux services.
Parce que le besoin de souffler, sur un festival, il concerne tout le monde. C’est là que je repense à cette conviction qui nous guide chez Hop’Toys : ce qui est indispensable à certains est plus confortable pour tous. Un espace pensé d’abord pour les personnes neuro-atypiques finit par faire du bien à chacun.
Vers des festivals plus inclusifs, plus accessibles
Cette première aux Déferlantes nous a énormément appris : sur ce qui fonctionne, sur ce qu’on améliorera, sur la façon de rendre ces espaces encore plus visibles et plus vivants. On en fera des articles plus techniques, promis.
Mais aujourd’hui, j’avais surtout envie de dire merci. À Régie Accès et à La Frontera Production, qui ont dit oui à cette première. Aux bénévoles, qui ont porté ce lieu avec le cœur. À Siham, pour sa confiance. Et à Anas, qui, sans le savoir, nous a offert la plus belle des validations.
Alors, à tous les organisateurs qui nous liront : un festival accessible et inclusif, ce n’est pas un supplément d’âme réservé à quelques-uns. C’est une fête où personne n’est laissé sur le bord. Ça se pense, ça se prépare, et ça se construit, ensemble !
Et à la question d’Anas, « on revient l’année prochaine ? », on n’a qu’une envie de répondre : oui. Avec joie.

Hop’Toys accompagne les organisateurs d’événements dans la création d’espaces sensoriels de répit, pour des festivals plus inclusifs et accessibles, à toutes les échelles. Envie d’échanger sur un projet ? Écrivez-nous.


