Ce dimanche 21 mars, c’est la Journée mondiale de la trisomie 21. Comme chaque année, Hop’Toys s’implique en vous proposant différentes ressources et actions de sensibilisation pour essayer de faire reculer les idées reçues et contribuer à bâtir ensemble une société plus inclusive. Cette année, en collaboration avec la fédération de trisomie 21 France, nous avons eu l’honneur et la joie d’interviewé lors d’un Facebook live le 16 mars 2021, Clément Rommel, un adulte avec trisomie 21. Clément nous a parlé de son parcours, son travail, ses loisirs, ses amis et nous a donné ses astuces pour vivre seul, être organisé et autonome au quotidien. Découvrez-en plus sur cette rencontre avec une personne exceptionnelle…

Clément, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis un jeune homme de 30 ans, j’habite dans un appartement seul à Malo les Bains, à côté de Dunkerque. J’ai une sœur jumelle de laquelle je suis très proche, elle m’a beaucoup aidé dans la vie de tous les jours, tout comme mes parents. J’ai une trisomie 21, une déficience intellectuelle. Je travaille à Auchan Drive de Grande-Synthe, je suis préparateur de commandes clients qualifié. 

Quels sont vos loisirs et qu’est-ce que vous aimez faire quand vous ne travaillez pas ?

Quand je ne travaille pas, je fais du tennis de table en milieu ordinaire. En ce moment, je ne peux pas y aller à cause de la crise sanitaire. J’allais aussi faire de la cuisine à la maison de quartier avec des personnes un peu plus âgées. Je m’occupe de mon appartement, je le mets en valeur. Je fais mes courses. Toutes les 3 semaines, je joue au scrabble avec mon voisin. 

Je suis également autoreprésentant et je fais des visioconférences avec Trisomie 21 France pour changer les regards, pour que les personnes avec une Trisomie 21 puissent vivre « normalement » et faire leurs propres choix

Clément Rommel dans son appartement.

Quel a été votre parcours scolaire  ?

J’ai commencé lorsque j’étais tout petit à l’école ordinaire en ULIS à Hondschoote. À Bray-Dunes, au collège en section SEGPA, j’avais des copains qui étaient en situation de handicap et qui étaient avec moi au SESSAD, mais j’avais aussi des copains parmi les autres jeunes. J’ai participé à des ateliers de peinture, de maçonnerie, de carrelage et d’imprimerie. 

Je suis ensuite allé au lycée professionnel à Hazebrouck en ULIS. J’ai participé à des ateliers de plomberie, puis j’ai fait un CAP vente option alimentaire en contrat d’apprentissage dans un supermarché. Et j’ai eu mon diplôme du premier coup en juin 2013. 

Lorsque j’étais à l’école, j’étais aidé par des auxiliaires de vie scolaire (elle m’expliquait les consignes, elles m’aidaient),  par les éducateurs du SESSAD pour le sport (piscine, tennis, vélo…) et pour les apprentissages (mathématiques, français, lecture…).

Les autres élèves m’aidaient aussi pour formuler mes questions et pour le calcul mental.  J’aimais beaucoup l’école, il y avait une bonne ambiance. 

Racontez-nous l’importance du sport dans votre vie

Tout d’abord, quels sports aimez-vous ? 

 Mes sports préférés sont le tennis de table et le football. Je suis supporter de l’équipe du FC Lens. Je regarde des matchs à la télévision et sur mon téléphone. 

Quels sports pratiquez-vous ? 

Quand j’étais petit, je jouais au football dans un club de village, j’ai joué au club des Moeres pendant 2-3 ans. J’ai dû arrêter, car j’étais trop grand par rapport aux autres enfants du groupe. J’ai fait des compétitions et joué des matchs où j’ai mis des buts.  

Ensuite, j’ai testé avec l’éducateur sportif du SESSAD, le tennis de table dans un club en milieu ordinaire et j’ai aimé. Je me suis inscrit dans le club, mais après quelques années, j’ai choisi de changer de club, car je restais souvent sur le banc. Ce club avait surtout les compétitions en tête. 

J’ai choisi un club à Bray-Dunes, où je pouvais faire du tennis de table en loisirs, de la compétition et des tournois en interne et c’est ça que moi j’aime. Ils ne me laissent pas sur le banc, on tourne et je joue régulièrement. Il y a beaucoup de convivialité. J’ai ma place comme tous les autres joueurs. Si on perd une compétition, ce n’est pas grave. 

ping pong tennis de table

Pourquoi aimez-vous faire du sport ? 

Je joue avec des personnes, des jeunes que j’aime bien. Faire du sport, c’est bon pour la santé et les os. Mais également pour oublier les soucis et les contrariétés. Le sport, c’est important parce qu’il faut prendre soin de notre santé.  

Pourquoi avez-vous fait le choix de pratiquer le ping-pong dans un club ordinaire ?

Moi, j’ai besoin des gens, toute sorte de gens. Je voulais faire du tennis de table comme tout le monde, en milieu ordinaire, pouvoir aller plus haut, me mettre en avant. 

 Avez-vous participé à des compétitions ? 

 Oui, j’ai participé à des compétitions en interne dans le club de tennis de Bray Dunes ou dans d’autres villes du Nord. 

 En raison de la situation sanitaire, le club est fermé, comment vivez-vous cette situation ? 

Je le vis mal, parce qu’en mars 2020 le club a fermé pendant le reste de la saison. À la réouverture en septembre, j’ai fait 2 entrainements et le club a dû refermer à cause du covid. Ça me manque beaucoup, je suis vraiment pressé de refaire du sport. J’ai hâte que les portes réouvrent. 

Parlons un peu de votre travail  

Commande supermarché

Pouvez-vous nous expliquer votre travail ? Quelles sont vos tâches ? 

Je fais partie d’Auchan Drive de Grande-Synthe, je mets un log (=terminal de saisie utilisé par les préparateurs de commandes) sur mon poignet et je regarde les produits que je dois préparer dans des paniers rouges (produits de grande consommation : eau, sucre, gâteaux…) pour les commandes des clients. De temps en temps, je mets les commandes dans le coffre des clients. 

Qu’est-ce qui vous plait dans le fait de travailler ?

 J’ai besoin de travailler pour gagner de l’argent et me sentir utile. Même s’il y a le virus, je dois continuer pour rester solidaire avec mes collègues de travail. 

Comment cela se passe-t-il avec vos collègues ?

 Super bien, il y a une bonne ambiance. Mes collègues sont gentils avec moi et prennent soin de moi, ils me complimentent sur moi et mes qualités de travail. 

 Faites-vous des sorties ou des excursions ensemble après le travail ? 

 Avec le Comité d’Entreprise, j’ai été voir un match de foot Lille-Marseille avec mes collègues et aussi une sortie au bowling/restaurant en Belgique. 

 Abordons maintenant votre vie quotidienne et votre autonomie

Depuis quand vivez-vous seul dans votre appartement ? 

Je vis seul depuis novembre 2018. J’aime bien vivre seul, je suis autonome. 

Comment vous organisez-vous au quotidien ? 

J’ai une feuille où j’écris mes idées de menu et une autre à part où je note la liste de mes courses. Je fais mes courses seul au supermarché et je paie avec ma carte bleue. Je fais à manger seul avec mes plaques inductions (du riz/pâtes/pommes de terre, conserves de légumes, viandes rouges et blanches…).

J’ai également un planning de la semaine. Le planning m’a beaucoup aidé. Avant, tout était noté dessus : heure du réveil, heure du petit déjeuner, heure du départ au travail… Maintenant, je note seulement les rendez-vous importants et certaines tâches ménagères. Je le regarde de temps en temps pour vérifier que j’ai bien tout fait. 

Clément Rommel et son planning de la semaine

Pouvez-vous donner de conseils à d’autres adultes qui aimeraient vivre seuls comme vous  dans un appartement ? 

Ce n’est pas facile tous les jours, car il faut apprendre plein de choses et qu’on a des responsabilités et des choses à gérer. Il faut parfois faire des sacrifices parce que ça prend du temps. Il faut être organisé. 

Comment avez-vous fait pour apprendre à vivre seul ? 

J’ai appris beaucoup de choses avec le SESSAD et le SAVS. Ils ont un appartement d’essai, j’ai appris à m’organiser à faire mon menu, ma liste de courses, faire mes courses, cuisiner, faire le ménage, la sécurité… 

Et comment votre famille a-t-elle vécu votre décision de vivre seul ? 

J’étais partant pour vivre seul, mais mes grands-parents n’étaient pas d’accord, ils pensaient que ce n’était envisageable. Mais je leur ai dit que je voulais prendre mon envol. Ma maman a dit oui tout de suite. Pour elle, la vie devait continuer… Mon papa a toujours voulu que je puisse vivre ma vie en milieu ordinaire. 

Quand vous êtes dans la rue ou que  vous faites des courses, ou que vous prenez les transports publics, sentez-vous un regard positif ou négatif des autres adultes ? Pouvez-vous m’expliquer ce que vous ressentez ? 

Parfois, les gens me regardent bizarrement, mais je laisse tomber, car je ne veux pas avoir d’ennuis. Cela ne me blesse pas, je ne fais pas attention. Il y a aussi des gens qui font des compliments et j’aime bien ça.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Je veux continuer à avancer, à faire des choses intéressantes, à avoir des projets. Avec le virus, tout a été laissé tomber et je souhaite encore voir des gens. 

Nous remercions Clément Rommel et l’association Trisomie 21 France d’avoir rendu possible cette rencontre extraordinaire !

Revoir la vidéo du live

Mathilde est coordonnatrice Tiers-Lieu chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog.

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