Nous avons rencontré Marie-Laetitia de Pennart, une ergothérapeute qui exerce chez Ergosevrier, un cabinet qui accompagne l’enfant dans son développement et dans le dépassement de ses difficultés avec deux outils : l’intégration neurosensorielle et l’intégration des réflexes primordiaux. Elle nous parle ici des réflexes archaïques et de leur lien avec l’ergothérapie et l’intégration sensorielle.

Qu’est-ce que les réflexes archaïques ?

C’est en quelque sorte le programme automatique de survie et de développement sensorimoteur du bébé. Il entre en action peu de temps après la conception, est pleinement actif autour de la naissance et doit théoriquement se mettre en veille après la première année pour laisser la place à une motricité consciente et volontaire. Le bébé n’a d’abord qu’un fonctionnement réflexe !

Les réflexes archaïques (ou primitifs) sont des mouvements automatiques involontaires qui se manifestent chez le bébé, avant, pendant ou dans les mois qui suivent la naissance en réponse à certains stimuli.

>> À lire : « Réflexe archaïque : c’est quoi le réflexe de Moro ? »

Le reflexe de Moro, qu'est ce que c'est ?

Quel est leur rôle ?

Chaque réflexe primitif a une ou plusieurs fonctions clés pour le bébé. Dès la gestation, provoquer par exemple son repli en cas de danger, assurer son positionnement pour la naissance. Dans les premières heures de vie terrestre, lui permettre de ramper et de s’orienter jusqu’au sein, de téter. Plus tard, il s’agit de gérer la position de sa tête face à la gravité, d’effectuer ses premiers déplacements (retournements, ramper, quatre pattes), de développer son équilibre.

C’est grâce aux réflexes que le bébé apprend à gérer son corps. Et ce n’est pas tout : les réflexes primitifs jouent un rôle crucial pour le développement et la myélinisation des connexions neuronales entre les différentes zones cérébrales, ce qui va permettre au fonctionnement cortical conscient et volontaire de prendre le relais du fonctionnement réflexe.

Que se passe-t-il s’ils restent actifs ?

Pendant des années, on est partis du principe que la persistance des réflexes primitifs ne pouvait pas se produire, même dans une moindre mesure, en l’absence de pathologies identifiées. C’est probablement pour cela qu’on a mis longtemps à s’y intéresser chez l’enfant présentant des troubles du neurodéveloppement. Des études scientifiques mettent aujourd’hui en évidence un lien entre les réflexes primitifs et des compétences élaborées comme la lecture ou les apprentissages en général.

L’étude scientifique la plus connue* montre un lien entre la persistance anormale du réflexe tonique asymétrique du cou (RTAC, qui permet entre autres le bon développement des habiletés oculo-motrices) et la dyslexie. La persistance des réflexes a théoriquement un impact variable relié à leurs fonctions clés : coordination motrice bilatérale, coordination œil-main ou main-bouche, contrôle postural, équilibration, contrôle des sphincters, gestion du stress, etc. Sur un plan plus large, elle est le signe d’une « immaturité neuro-motrice »**, d’un déséquilibre dans la pyramide du développement sensorimoteur, comme si certaines briques étaient manquantes ou défectueuses.

Coordination oeil pieds

Coordination oeil pieds

Comment se manifestent-ils dans notre corps et/ou dans notre quotidien ?

Quels que soient les réflexes en cause, quelles que soient leurs fonctions clés, il se passe la même chose : les voies inférieures du cerveau reprennent partiellement ou totalement les commandes ! Par exemple, la personne veut lancer une balle, mais son réflexe d’agrippement est encore actif, elle ne parvient pas à coordonner l’ouverture de sa main à la trajectoire qu’elle veut donner à la balle, c’est comme un parasitage : elle ne maîtrise pas totalement l’ordinateur de bord. Que la personne en soit consciente ou non, ce phénomène crée des tensions, du stress et souvent des difficultés d’ordre émotionnel (perte de confiance en soi, anxiété) en plus des difficultés de coordination motrice ou autre.

Quel est le lien entre les réflexes archaïques et l’ergothérapie ?

L’immaturité neuromotrice peut avoir un impact aussi bien au plan moteur, sensoriel, cognitif ou émotionnel, autant de domaines clés pour l’autonomie et l’épanouissement d’une personne. Le rôle des ergothérapeutes étant d’aider chaque patient à développer tout son potentiel, les réflexes et l’intégration sensorielle sont de formidables outils de travail ! Ils nous aident à comprendre ce qui se passe en amont des difficultés et à travailler en profondeur sur les causes plutôt que de traiter uniquement les symptômes.

Dans le cas d’une dysgraphie, on peut retrouver en amont une hypersensibilité tactile, un trouble visuel ou proprioceptif, un réflexe d’agrippement hyperactif, des réflexes posturaux hypo-actifs, etc. Si l’on traite uniquement la dysgraphie, ces difficultés sous-jacentes peuvent continuer à gêner la personne et se répercuter sur d’autres domaines du quotidien.

Avec les réflexes et l’intégration sensorielle, on travaille de manière beaucoup plus globale, car on agit directement sur la plasticité cérébrale. Ce qui ne nous empêche pas de travailler sur des objectifs précis et de mettre en place des moyens de compensation quand c’est nécessaire.

ergosevrier - travail des reflexes archaiques avec l'intégration sensorielle

Quel est le lien entre les réflexes archaïques et l’intégration sensorielle ?

L’intégration sensorielle et la maturation des réflexes sont deux phénomènes interdépendants. Par exemple, de nombreux réflexes primitifs et posturaux jouent un rôle crucial pour le développement sensoriel. C’est le cas notamment du réflexe tonique symétrique du cou (RTSC) qui permet à l’enfant de se déplacer à quatre pattes et donc d’entraîner ses systèmes vestibulaires, visuels et proprioceptifs à fonctionner ensemble.

Dans le cas d’un développement sensorimoteur atypique où l’enfant commence à se déplacer directement debout, il est privé de cet entraînement moteur et ses habiletés d’intégration sensorielle peuvent en être impactées. Dans l’autre sens et pour garder le même exemple, un trouble de la modulation sensorielle peut freiner l’enfant dans l’expérimentation du quatre pattes : l’hypersensibilité tactile peut entraîner une gêne lors du contact avec le sol et pousser l’enfant à sauter cette étape clé pour l’intégration des réflexes.

>> À lire : « Ergosevrier : l’INS comme outil de l’ergothérapie »

Quels sont les signaux d’alerte pour identifier les difficultés d’intégration des réflexes primordiaux ? À quel âge consulter ? Selon quels critères ?

Au cabinet, nous recevons des bébés, des enfants, des adolescents, mais aussi des adultes et peut-être un jour des personnes âgées. Il n’y a pas de limite, d’autant plus qu’avec l’âge, nos réflexes primitifs ont tendance à ressurgir alors que nos capacités d’intégration sensorielle déclinent, naturellement ou dans le cas de pathologies comme la maladie d’Alzheimer.

Pour les bébés, nous consultons souvent en prévention, notamment si une particularité a été détectée (une hypersensibilité, un trouble du sommeil, une difficulté à rester sur le ventre, une tendance à tourner la tête du même côté, etc.). À partir de 3-4 ans, il y a d’autres signes, plus ou moins faciles à repérer par les parents, les éducateurs ou les enseignants.

L’intervention précoce étant un énorme atout (pour nous, comme pour nos patients), nous avons diffusé une liste des signaux d’alerte sur notre site internet. Certains sont déjà bien connus (ex. : il/elle ne tient pas en place, s’installe souvent dans la posture du W, s’habille à l’envers, etc.), d’autres sont plus complexes à identifier : par exemple, un enfant « trop » sage, qui préfère lire plutôt que de jouer en mouvement. C’est peut-être tout à fait normal, mais si c’est également un enfant qui a besoin de plus de protection que les autres, si la lecture est pour lui un refuge, cela peut cacher une hypersensibilité vestibulaire, des difficultés de coordination motrice, ou d’autres facteurs d’insécurité intérieure.

Avec la crise actuelle, nous avons de plus en plus de demandes en lien avec la gestion des émotions. C’est aussi le principal motif de consultation chez les adultes.

>> À lire : « Les émotions des enfants dans un contexte de crise »

Existe-t-il un directoire de professionnels formés en réflexes archaïques ?

Malheureusement non ! La pratique autour des réflexes primitifs est très peu encadrée. Il y a plusieurs écoles, plusieurs courants, et plusieurs certifications dont l’exigence est très variable. C’est dommage à mon sens, car cela a tendance à discréditer un sujet fondamental pour l’avenir de nos enfants.

Notes :

*Primary reflex persistence in children with reading difficulties (dyslexia) : A cross-sectional study Author links open overlay panel. Martin McPhillips Julie-Anne Jordan-Black (2007)

** Le terme d’« immaturité neuromotrice » est issu de l’INPP (Institute of Neurophysiological Psychology) fondé par Peter Blythe en 1975 pour étudier l’impact de la persistance anormale des réflexes primitifs sur les apprentissages, les comportements et les émotions. L’INPP accompagne aujourd’hui de nombreuses familles à travers des programmes de développement neuromoteur dont l’efficacité a été mise en évidence.


ErgosevrierReconvertie à l’ergothérapie après cinq années de journalisme de terrain, Marie-Laetitia de Pennart a obtenu son diplôme en 2013 à l’IFE de Créteil. Elle a découvert le potentiel immense de l’approche de l’intégration sensorielle (IS ou INS pour intégration neurosensorielle) à la fin de son cursus. Après quoi, convaincue par cette approche, elle a décidé de se former pour monter un cabinet spécialisé en INS et en réflexes primordiaux et posturaux. C’est comme ça que le cabinet Ergosevrier a vu le jour. Il est situé non loin d’Annecy en Haute-Savoie.

Mathilde est coordonnatrice Tiers-Lieu chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog.

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