Il y a ce jeune qui semble toujours sur le qui-vive. Ou encore, cette adolescente qui s’isole et peine à mettre des mots sur ce qu’elle ressent.
En foyer d’accueil, les professionnels accompagnent chaque jour des enfants et des adolescents dont les parcours ont souvent été marqués par des ruptures, des traumatismes ou une grande instabilité. Ces expériences laissent des traces durables : hypervigilance, difficultés à réguler ses émotions, besoin de contrôle ou, au contraire, repli sur soi.
Dans ce contexte, comment offrir un espace où le jeune peut simplement souffler, sans attente particulière ? L’approche Snoezelen peut constituer une réponse intéressante, à condition qu’elle s’inscrive dans une démarche globale d’accompagnement et repose sur la qualité de la relation entre le jeune et le professionnel.
En foyer d’accueil, les jeunes ont peu d’espaces où ils peuvent simplement déposer ce qu’ils vivent, sans attente ni objectif. C’est tout l’intérêt de l’approche Snoezelen.
Pour illustrer cette approche, Maud Papelard, éducatrice de jeunes enfants et formatrice certifiée en Snoezelen, partage l’expérience menée auprès d’une équipe de foyer d’accueil ayant souhaité redonner toute sa place à leur salle Snoezelen.

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Un espace pour se reconnecter à ses sensations
Ici, l’enjeu n’est pas de « faire » une activité, mais d’offrir un lieu où le jeune adolescent peut simplement être.
Pour ces jeunes dont les parcours ont souvent été marqués par les ruptures ou l’hypervigilance, l’approche Snoezelen peut offrir trois repère essentiels :
- le retour à soi : se recentrer sur ses sensations corporelles et retrouver un point d’ancrage intérieur.
- la prévisibilité : un environnement stable et sécurisant, à l’opposé de l’imprévisibilité de leur vie.
- la liberté de choix : le jeune devient acteur de son bien-être, en explorant librement les différents outils proposés.
Chaque enfant réagit différemment. Certains apprécient les stimulations lumineuses, d’autres préfèrent s’envelopper dans une couverture, manipuler un objet sensoriel ou simplement profiter d’un moment de calme. L’observation des préférences sensorielles est donc essentielle pour ajuster l’accompagnement.
Le matériel au service du bien-être
Lors de son intervention, Maud a constaté que la salle disposait déjà de plusieurs équipements. L’objectif était de repenser son organisation afin de rendre l’espace plus lisible et plus apaisant.
La formation a notamment porté sur plusieurs éléments.
Un chariot multisensoriel pour créer une ambiance apaisante
Pour certains enfants, observer les bulles qui montent ou suivre doucement les fibres optiques peut permettre de détourner l’attention des tensions accumulées après un conflit ou une journée éprouvante.
Grâce à ses jeux de lumière, sa colonne à bulles, ses fibres optiques ou ses projections, le chariot multisensoriel permet de créer rapidement une atmosphère propice au calme. Ces stimulations visuelles peuvent aider certains jeunes à porter leur attention sur des sensations agréables et à diminuer les sollicitations extérieures.

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Un siège de compression pour offrir des repères corporels
Pour certains jeunes, ce type d’assise peut procurer une sensation de contenance et permettre de mieux percevoir les limites de leur corps. Cette perception corporelle contribue parfois à retrouver un sentiment de stabilité et de sécurité.
Comme pour tout matériel sensoriel, ces propositions doivent rester adaptées aux besoins et aux préférences de chaque enfant et adolescent.
L’ajout d’un coin refuge
Maud a également aménagé un espace plus minimaliste, dédié au cocooning :
- Coussins et plaids douillets pour inviter à la douceur et la détente. De quoi s’allonger si l’envie est là.
- Fidgets à manipuler pour proposer un apaisement par le mouvement des mains.
Tous les jeunes n’ont pas envie de s’engager immédiatement dans une exploration sensorielle. Certains ont simplement besoin d’un endroit où se poser quelques minutes après un moment de tension ou avant de retrouver le groupe.
L’idée était alors d’offrir un lieu où le jeune puisse simplement être présent, s’isoler quelques instants si nécessaire et retrouver une intimité sensorielle.
L’importance d’un environnement lisible
Lorsqu’une pièce est très chargée, certains jeunes ne savent plus où porter leur attention. À l’inverse, un espace plus lisible leur permet de repérer rapidement les différentes zones et de choisir plus facilement ce qui leur convient.
Cette intervention a également permis de constater qu’une accumulation de matériel ne rend pas nécessairement une salle Snoezelen plus efficace.
Dans cette salle, de nombreux matelas de couleurs différentes occupaient une grande partie de l’espace. En simplifiant l’aménagement et en dégageant certaines zones, la pièce est devenue plus lisible et plus accueillante.
Un environnement épuré facilite souvent le repérage dans l’espace. Il s’agit alors de proposer des stimulations dans un cadre cohérent où chacune d’elles a du sens.
La posture de l’accompagnant : une présence pour se reconstruire
Dans cet espace de douceur, on quitte le costume de l’éducateur qui gère le quotidien pour devenir un facilitateur de lien.
L’accompagnant devient un phare : une présence stable, calme et silencieuse, qui garantit la sécurité de l’espace sans jamais l’envahir. Il observe, accompagne et s’ajuste aux besoins du jeune.
En formation, j’invite souvent les équipes à accepter qu’il ne se passe, en apparence, rien. Ce temps n’est pas vide : il permet parfois au jeune de retrouver un état d’apaisement dont il a rarement l’occasion de faire l’expérience.
C’est souvent dans ce climat de confiance que peut se libérer la parole des enfants et des adolescents du foyer.
Cette approche peut devenir un véritable support pour favoriser le bien-être, soutenir la régulation sensorielle et offrir un temps de pause dans des parcours souvent éprouvants.
En foyer d’accueil, où les jeunes ont parfois besoin de retrouver des repères, un espace pensé avec soin, associé à une posture professionnelle ajustée, peut contribuer à créer des expériences positives, respectueuses de leur rythme et de leurs besoins.

Maud Papelard est éducatrice de jeunes enfants DE, Formatrice. D.U. psychologie du soutien à la parentalité, certifiée en accompagnement du burn out parental.


