Parler du corps, du consentement et des violences à un enfant se prépare tôt et se joue dans les gestes du quotidien, bien avant toute situation grave. Comment lui apprendre à dire non, à reconnaître une situation inconfortable et à demander de l’aide ? Et comment faire lorsque cela se passe au sein même de la famille ? 

À la maison comme dans les lieux d’accueil et de soin, nous sommes tous concernés. La prévention se construit au quotidien, dans les mots que l’on transmet, les limites que l’on respecte et la confiance que l’on tisse. Cet article revient sur la proposition de loi du 13 octobre 2026 et des pistes pour favoriser la prévention et accompagner les enfants. 

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Ce que prévoit la proposition de loi du 13 octobre 2026 

Le 13 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, sans aucune voix contre (503 voix pour, 67 abstentions), la proposition de loi « apportant une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants » (LCP). Le texte doit maintenant être examiné par le Sénat : ce n’est pas encore une loi promulguée.  

Pour les enfants, l’article d’origine retient notamment :  

  • un entretien individuel proposé à chaque élève au début de chaque année scolaire, avec un professionnel de santé ou du secteur social de l’Éducation nationale ;  
  • la formation de ces professionnels à l’écoute et au repérage des violences ;  
  • un adulte de confiance et un infirmier ou une infirmière scolaire identifiés par chaque élève ;  
  • une assistance par avocat pour les mineurs victimes, prise en charge au titre de l’aide juridictionnelle.  

Les débats ont porté sur les moyens : plusieurs élus ont jugé la prévention insuffisante, et la ministre de l’Égalité a assuré que le gouvernement garantirait les moyens, sans avancer de chiffres (Banque des Territoires). Le texte et son dossier sont consultables sur le site de l’Assemblée nationale (proposition n° 3106).  

Quelle que soit l’issue au Sénat, la prévention commence dès maintenant, à la maison comme dans les lieux d’accueil et de soin. 

Apprendre à connaître son corps, sans tabou 

« C’est ton corps. » Une phrase simple, qui engage beaucoup : pour la comprendre, l’enfant a besoin de découvrir son corps et de pouvoir nommer chacune de ses parties, y compris les parties intimes. Des mots précis lui permettent de poser des questions, de décrire une situation et de se faire comprendre.  

Le corps n’a pas à être un sujet honteux ou interdit. Trois gestes simples :  

  • Nommer les parties du corps avec les vrais mots, sans surnoms ni mystère autour des parties intimes.  
  • Respecter l’intimité au quotidien : prévenir l’enfant avant de l’aider à s’habiller ou à faire sa toilette, dans la mesure de ses capacités, et lui expliquer les gestes nécessaires.  
  • Accueillir ses questions sans gêne : une réponse courte et adaptée à son âge suffit, sans entrer dans des explications qui dépassent ses besoins du moment.  

Des supports visuels et des outils pédagogiques peuvent faciliter ces échanges. Le jeu De la tête aux pieds permet notamment d’aborder les différentes parties du corps. Le support Respecte mon corps peut également servir de point de départ pour parler du respect de soi et de son intimité. 

L’objectif est que l’enfant puisse progressivement comprendre que son corps doit être respecté. 

>> À télécharger aussi : « Le consentement lié à l’intimité ».

Reconnaître ses émotions et écouter ses sensations

Un enfant ne sait pas toujours expliquer pourquoi une situation le dérange. Il peut se figer, s’éloigner ou changer brusquement d’attitude sans trouver les mots. Apprendre à reconnaître ses émotions est donc un repère essentiel : joie, peur, colère, tristesse, gêne, inconfort. L’enfant apprend aussi à distinguer les sensations agréables des sensations désagréables, et à comprendre que ses ressentis méritent d’être pris au sérieux.  

Un enfant n’a pas besoin d’expliquer précisément son malaise pour que l’adulte l’écoute.  

Comment l’accompagner  

  • Mettre des mots sur ce qu’il vit au fil de la journée : « Tu sembles contrarié », « Tu as l’air inquiet ».  
  • Proposer plusieurs possibilités plutôt qu’imposer une interprétation : « Est-ce que tu es triste, en colère, ou est-ce autre chose ? »  
  • Lui laisser le temps de répondre, sans multiplier les questions.  

Un changement de comportement peut avoir mille causes (fatigue, école, famille, croissance) : un signe isolé ne prouve jamais rien, mais un changement durable mérite qu’on s’en préoccupe et qu’on en parle.  

L’éventail Comment je me sens ? peut aider l’enfant à identifier et à communiquer une émotion. Les figurines des organes du corps humain peuvent aussi servir de support pour explorer la relation entre le corps et les sensations, selon les objectifs de l’accompagnement. 

Ces outils permettent d’ouvrir un espace pour exprimer un ressenti, poser une question et apprendre progressivement à le reconnaître. 

À télécharger aussi : « 30 pistes pour aller vers l’autodétermination ».

Comprendre que l’on peut dire oui, non ou stop 

Accepter un câlin, refuser un bisou, ne plus vouloir participer à un jeu, respecter les limites des autres… Ces situations ordinaires sont autant d’occasions d’apprendre le consentement. 

Pour un enfant, comprendre qu’il peut dire « Non » n’est pas forcément évident. Il peut avoir appris à faire plaisir aux adultes,  à accepter un contact pour ne pas décevoir comme la fameuse bise pour dire bonjour. Il a aussi besoin de temps pour savoir ce qu’il souhaite réellement. 

L’enjeu est de lui faire comprendre qu’il peut exprimer son accord ou son refus, changer d’avis et que les limites des autres doivent également être respectées. 

L’enjeu est de lui montrer qu’il peut dire oui ou non, changer d’avis, et que les limites des autres doivent aussi être respectées. Les adultes montrent l’exemple : respecter son refus d’un bisou, ne pas le forcer à faire un câlin, lui expliquer les gestes nécessaires aux soins ou à l’hygiène.  

Le consentement ne fait donc jamais peser sur l’enfant la responsabilité de prévenir les violences. Un enfant peut ne pas comprendre ce qui lui arrive, ne pas réussir à dire non ou ne pas pouvoir s’opposer à un adulte. La responsabilité de le protéger appartient aux adultes.  

L’essentiel est de multiplier les occasions de parler de respect et de limites, sans attendre qu’une situation inquiétante se présente. 

Pour aborder ces notions, le jeu Non à l’intimidation peut aider à réfléchir aux situations dans lesquelles les limites d’une personne ne sont pas respectées. L’infographie consacrée au consentement et à l’intimité constitue également un support pour engager la discussion avec les enfants et les adultes qui les accompagnent. 

L’essentiel est de multiplier les occasions de parler du respect et des limites, sans attendre qu’un enfant rencontre une situation inquiétante. 

>> À télécharger aussi :  » Réseaux sociaux : 8 bonnes pratiques pour se protéger ».

Apprendre à distinguer une situation respectueuse d’une situation préoccupante 

Comment expliquer à un enfant qu’une situation peut être inappropriée, même quand elle implique quelqu’un qu’il connaît ? Comment l’aider à comprendre qu’il peut demander de l’aide lorsqu’une demande le met mal à l’aise ? 

Ces repères se construisent progressivement. Ils concernent les proches, les camarades, les adultes qui accompagnent l’enfant, et aussi les échanges en ligne. 

On peut partir de situations simples : quelqu’un insiste alors que l’autre a dit non, une personne touche le corps d’un enfant sans respecter son intimité, quelqu’un lui demande une photo intime ou de garder un secret qui lui fait peur. L’objectif n’est pas de rendre l’enfant méfiant envers tout le monde, mais de lui apprendre que certaines demandes ne sont pas acceptables et qu’il a le droit d’en parler. 

Secret ou surprise ?

Une surprise se garde un moment pour faire plaisir (un cadeau) et finit par être dévoilée. Un secret qui fait peur, qui met mal à l’aise ou qu’on interdit de dire à ses parents ne doit pas être gardé : l’enfant peut toujours en parler à un adulte de confiance, même s’il a promis.  

Dans le monde numérique, on peut dire à l’enfant que personne n’a le droit de lui demander des photos de son corps ni de lui faire garder le silence, et qu’il ne sera pas puni s’il en parle, même s’il a répondu ou accepté au début.  

Pour les parents et les professionnel·les, plusieurs approches sont possibles : 

  • Partir de petites histoires ou de mises en situation fictives pour réfléchir ensemble à ce qui est acceptable ou non. 
  • Demander à l’enfant ce qu’il pense d’une situation, sans attendre une réponse unique. 
  • Lui rappeler qu’il peut parler à un adulte de confiance si quelque chose le préoccupe, même s’il a déjà accepté une situation ou s’il a promis de garder un secret. 

Des jeux de rôle comme OK / Not OK, le jeu de rôle du consentement peuvent aider à explorer différentes situations. Les supports Ça fait mal, la violence et Grand tableau de comportements peuvent également servir de médiateurs pour aborder les comportements, leurs effets et le respect d’autrui. 

Donner à chaque enfant les moyens de s’exprimer 

« Tu peux me dire ce que tu veux, à ton rythme. » Pour certains enfants, cette invitation suffit à lancer la discussion. Pour d’autres, trouver les mots, organiser les événements ou décrire une sensation peut être beaucoup plus difficile. 

Un enfant peut avoir un langage oral limité, utiliser des pictogrammes, communiquer par gestes ou avoir besoin d’un support visuel pour exprimer ce qu’il ressent. D’autres enfants peuvent être submergés par leurs émotions ou ne pas savoir comment commencer leur récit. 

Il est donc essentiel de ne pas réduire la parole à la seule expression orale. 

Permettre à un enfant de s’exprimer, c’est lui proposer plusieurs chemins pour communiquer et respecter son rythme. 

À la maison, en consultation ou dans un lieu d’accueil, on peut notamment : 

  • Lui laisser le temps de répondre, sans terminer ses phrases à sa place. 
  • Lui proposer de montrer une image, de dessiner ou de désigner un pictogramme. 
  • Utiliser des supports qui facilitent l’identification des émotions ou l’expression d’un besoin. 
  • Vérifier que le moyen de communication utilisé est accessible et compris par l’enfant. 

Les 30 pictos « Je m’exprime » peuvent aider à communiquer un besoin ou un ressenti. Le kit de 10 dés à histoires offre une autre manière d’aborder des situations à travers des récits. Un imagier des émotions, une tablette magique à dessin ou un chevalet Magic Light peuvent également faciliter l’expression selon les préférences de l’enfant et le contexte. 

Ces supports servent à ouvrir un espace d’expression. Ils ne servent ni à mener une audition ni à établir la véracité des faits, ce qui relève de professionnels formés. 

>> À lire aussi :  » 7 approches avec la table Magic Light ».

Créer un environnement où l’enfant sait qu’il peut parler 

Connaître son corps, reconnaître ses émotions, savoir dire non et disposer de moyens de communication sont des repères précieux, mais ils ne suffisent pas si l’enfant ne se sent pas autorisé à parler. La prévention repose aussi sur la qualité de la relation avec les adultes : l’enfant doit pouvoir poser une question sans craindre d’être grondé, exprimer un désaccord sans perdre l’affection de son entourage, et raconter une expérience sans avoir peur d’être tenu pour responsable.  

À la maison, à l’école, en consultation ou en établissement médico-social, quatre principes aident à installer cette confiance :  

  • Écouter sans minimiser. Éviter « Ce n’est rien », « Tu exagères » ou « Tu as sûrement mal compris » : un malaise exprimé mérite d’être entendu.  
  • Ne pas imposer un récit. Poser des questions ouvertes et non suggestives, sans chercher tous les détails (voir plus bas).  
  • Identifier plusieurs adultes ressources. L’enfant doit savoir vers qui se tourner à la maison, à l’école ou ailleurs, et qu’il peut en solliciter un autre si le premier ne l’écoute pas ou si la situation le concerne directement.  
  • Adapter l’accompagnement à ses besoins. L’âge, le développement, le handicap, les capacités de compréhension et le mode de communication comptent.  

Des ressources comme No Taboo, DistaVie ou le jeu des relations saines ou toxiques peuvent soutenir les échanges autour de l’intimité, des relations et du respect. 

Quand les violences viennent de la famille 

Lorsque la personne mise en cause est un parent, un grand-parent, un oncle, un conjoint ou un ami proche de la famille, tout devient plus difficile. L’enfant peut aimer cette personne, craindre de briser la famille, ne pas être cru ou se sentir responsable de ce qui arrivera. Les adultes, de leur côté, peuvent ressentir de la sidération, du déni ou de la culpabilité. Ces réactions sont humaines : elles ne doivent pas empêcher d’agir.  

Ce que l’enfant a besoin d’entendre  

  • « Je te crois. »  
  • « Ce n’est pas ta faute. »  
  • « Tu as bien fait de me le dire. »  
  • « Tu n’es pas responsable de ce qui va se passer dans la famille. »  

Ce que l’adulte peut faire  

  • Protéger d’abord l’enfant : éviter de le laisser seul avec la personne concernée en attendant d’avoir des conseils.  
  • Ne pas confronter seul la personne mise en cause, ni chercher à obtenir des aveux ou des preuves soi-même.  
  • Ne pas attendre d’être certain : un doute suffit pour demander conseil.  
  • Appeler le 119, qui accompagne aussi les adultes qui se posent des questions, et consulter un médecin ou un professionnel de santé pour l’enfant.  
  • Se faire soutenir soi-même : un parent aidé est mieux en mesure d’aider son enfant.  

La suite (démarches de protection, procédure, accompagnement) relève de professionnels formés, qui évalueront la situation avec la famille. 

Que faire si un enfant se confie 

Lorsqu’un enfant évoque un geste, une parole ou une situation qui l’a mis mal à l’aise, la surprise, l’inquiétude ou la peur de mal faire peuvent nous déstabiliser. Cinq réflexes aident :  

  1. L’accueillir avec calme. Rester disponible et attentif, même si c’est difficile à entendre. Dire : « Merci de m’en parler », « Tu as bien fait de me le dire », « Je suis là pour t’écouter ».  
  2. Le rassurer. Lui dire qu’il n’est pas responsable de ce qui s’est passé. Éviter les questions qui lui donnent le sentiment d’avoir fait une erreur : « Pourquoi tu n’as pas dit non ? », « Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant ? ».  
  3. Ne pas chercher tous les détails. Le laisser raconter avec ses mots et à son rythme, sans questions suggestives, sans compléter son récit, et sans lui demander de le répéter à plusieurs personnes.  
  4. Ne pas promettre de garder le secret. Lui expliquer qu’on va chercher de l’aide auprès de personnes capables de le protéger. Être honnête sur les démarches à venir et, autant que possible, lui annoncer les prochaines étapes.  
  5. Demander conseil et agir. Ne pas rester seul : contacter des professionnels pour évaluer les mesures nécessaires.  

Quelques signes qui peuvent alerter  

Repli, peurs nouvelles, troubles du sommeil, régression, changement brutal de comportement, baisse des résultats scolaires, comportements ou propos sexualisés inhabituels pour son âge. Chacun de ces signes peut avoir d’autres causes et aucun ne prouve rien à lui seul. C’est leur durée et leur association qui comptent.  

Ces réflexes sont utiles aux parents comme aux professionnels. Cependant, ils ne remplacent pas les protocoles de signalement et de protection applicables à chaque situation. 

Enfant apeuré

La prévention commence dans les gestes du quotidien 

Apprendre à nommer son corps, reconnaître ses émotions, exprimer un refus et savoir vers qui se tourner sont autant de repères qui se construisent progressivement. À la maison, à l’école, en consultation ou dans les lieux d’accueil, chaque échange peut contribuer à aider l’enfant à comprendre que ses ressentis comptent et que sa parole a sa place. 

Mais la prévention ne peut pas reposer sur les enfants seuls. C’est aux adultes de créer des environnements sécurisants, d’écouter sans juger, de prendre les inquiétudes au sérieux et d’agir lorsqu’une situation le nécessite. 

Des supports adaptés peuvent faciliter les discussions sur le corps, le consentement, les émotions et les relations. Ils prennent tout leur sens lorsqu’ils s’inscrivent dans une démarche éducative régulière, respectueuse du rythme et des besoins de chaque enfant.  

Parce que chaque enfant doit pouvoir grandir en sachant que son corps lui appartient, que ses ressentis comptent et qu’il a le droit d’être écouté et protégé.

Alexandra Valette, Cheffe de projet communication et partenariats

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