À l’occasion de la Journée mondiale de la santé et du mois de sensibilisation à l’autisme, on se penche sur une différence persistante entre les filles et les garçons : le diagnostic du trouble du spectre de l’autisme. En effet, à ce jour, les filles sont encore beaucoup moins diagnostiquées.

Les filles bien souvent sous-diagnostiquées…

Trois garçons pour une fille sont diagnostiqués TSA… Pendant longtemps, l’autisme a été considéré comme un trouble masculin. Aujourd’hui, la communauté scientifique reconnaît de plus en plus que les femmes et les filles porteuses de troubles du spectre de l’autisme sont desservies par les critères cliniques actuels et les voies typiques vers un diagnostic.

Certains suggèrent que les recherches existantes sur le trouble du spectre de l’autisme (TSA) ne seraient pas adaptées aux femmes, car elles étudient principalement des hommes porteurs de TSA. Par conséquent, ce que nous apprenons de ces recherches n’est pas vraiment représentatif pour faire la lumière sur la biologie, le développement, l’expérience, l’évaluation et le traitement des filles et des femmes sur le spectre de l’autisme.

Dans de nombreux cas, les filles et les femmes ne sont diagnostiquées que lorsque certains traits du TSA, tels que des comportements stéréotypés, une absence ou un retard de langage, ou des troubles cognitifs importants, sont accentués.

Ce biais peut être particulièrement problématique, car plus souvent que les garçons, elles compensent ou masquent des aspects de leurs caractéristiques autistiques. Par exemple, les filles à l’école peuvent cacher leurs difficultés de communication dans des situations sociales, en imitant les expressions faciales des autres par exemple. Ce « camouflage » est l’une des raisons pour lesquelles les filles et les femmes peuvent ne pas atteindre les seuils de diagnostic lors des évaluations.

Notre vision des filles ou notre culture peuvent également être à l’origine de certains diagnostics ratés. En général, on s’attend à ce que les filles soient plus calmes que les garçons. Un comportement timide et renfermé peut être considéré comme typique des petites filles. Tandis qu’un garçon ayant le même comportement sera considéré comme atypique. De même, une fille qui semble “dans les nuages” et timide sera souvent décrite comme une “rêveuse”, alors qu’un garçon ayant des comportements similaires peut attirer une attention plus négative.

Les filles moins bien diagnostiquées que les garçons

>> Infographie : Les premiers signes de l’autisme

Quels sont les signes pouvant suggérer des troubles du spectre de l’autisme chez une fille ?

Tout comme les garçons, les filles présentent de premiers signes d’alerte, que les parents ne doivent pas négliger.

Il existe des spécificités communes, comme les comportements stéréotypés, les intérêts restreints, ainsi que les difficultés de communication et d’interactions sociales.

D’autres aspects du trouble peuvent se manifester différemment : les difficultés sociales sont parfois masquées grâce au camouflage, l’expression du TSA est plus subtile…

En effet, il semble que les filles aient une plus grande tendance à adapter leur comportement. Elles imitent ce que les autres enfants peuvent faire, ou dire, allant jusqu’à imiter la personnalité d’autres filles de leur entourage, leurs accents… Pour masquer leurs difficultés, les pallier (même inconsciemment), elles vont souvent jouer avec des enfants plus âgés ou plus jeunes.
Les difficultés de socialisation deviennent plus visibles à l’adolescence, lorsque les relations entre garçons et filles changent et que les attentes sociales augmentent.

Découvrez ci-dessous une infographie réalisée par Jean-Philippe Piat (Aspie Conseil) et Adeline Lacroix (Autisme Regards croisés), publiée sur le site Aspie Conseil :

Infographie Auticonsult : "Autisme et Genre"

Si vous observez plusieurs des signes suivants chez votre fille, et que ceux-ci semblent de plus en plus réguliers, s’ils interfèrent avec la capacité de votre enfant à se réaliser, vous pourriez envisager de la faire diagnostiquer par le Centre de Ressource Autisme de votre région, ou par un professionnel de santé spécialisé dans le diagnostic des troubles du spectre autistique, chez l’enfant, notamment chez les filles :

1. Votre fille compte sur d’autres enfants (généralement ses amies) pour la guider et parler à sa place tout au long de la journée à l’école.

2. Votre fille a des intérêts “passionnés” et limités qui sont très spécifiques et restreints. Par exemple, alors que de nombreuses filles peuvent être fans d’une série de télévision particulière, une fille avec des troubles du spectre autistique peut rassembler des informations et parler sans fin des personnages, des lieux ou des acteurs, mais ne va rien savoir de l’intrigue ou du type de série dont il s’agit.

3. Votre fille a une hyper ou hyposensibilité. Elle réagit à certains bruits, aux lumières vives ou aux odeurs fortes. Les troubles sensoriels ne sont pas spécifiques à l’autisme, mais ils peuvent en être un symptôme.

4. Les conversations de votre fille se limitent à ses sujets d’intérêt. Elle peut partager sur ce qu’elle aime, mais n’aura aucun intérêt à entendre la réponse d’une autre personne. Cela peut interférer avec sa capacité à se faire des amis.

5. Votre fille a du mal à gérer ses émotions. Elle peut faire une crise inappropriée selon son âge. Cela peut interférer dans ses relations avec les enseignants ou conduire à des sanctions scolaires.

6. Votre fille est anxieuse, stressée. Elle a des sautes d’humeur et une tendance dépressive. Encore une fois, ces symptômes ne sont en aucun cas propres à l’autisme, mais l’autisme est associé à la fois aux troubles de l’humeur et aux troubles obsessionnels compulsifs.

7. Votre fille a des difficultés à se faire ou à garder ses amis. Elle peut également avoir des difficultés à imiter les comportements sociaux, les choix de mode ou de coiffure par exemple, même si elle peut vouloir s’intégrer.

8. Entrée dans l’adolescence, votre fille trouve qu’il est de plus en plus difficile de communiquer avec les autres, même si elle semble se développer de façon ordinaire comme toutes les autres jeunes filles. Des études démontrent que les filles avec autisme peuvent trouver des façons de gérer et de masquer les difficultés d’interaction sociale.

Fille et trouble du spectre autistique

Si vous reconnaissez votre fille dans ces comportements et que vous décidez de demander un diagnostic, essayez de trouver un professionnel de santé ou une équipe médicale spécialisée dans les troubles du spectre de l’autisme chez les filles. Comme mentionné précédemment, il peut être difficile de diagnostiquer l’autisme chez une fille qui a appris à surmonter ses difficultés. Si un diagnostic d’autisme est posé, il est important de savoir qu’il existe un large éventail de méthodes d’interventions. En fonction de ses besoins et de ses difficultés, des aménagements au niveau scolaire pourront également être mis en place.

Vous êtes sur le spectre de l’autisme ? Professionnel ? Parent concerné ? Donnez-nous votre avis ! De votre côté, faites-vous le même constat ? Avez-vous identifié d’autres éléments différenciants dans les manifestations du TSA chez les garçons et chez les filles ?

 

 

Sources :
L’autisme à l’épreuve des spécificités liées au genre (site « Aspie Conseil »)
Girls with autism may mask condition with social skills, Mashable, 27/10/16
Autism characteristics differ by gender, studies find, Spectrum News, 27/03/2014
A girl’s-eye view : detecting and understanding autism spectrum disorder in females, Shana Nichols, Ph.D., Interactive Autism Network, 2/12/2009
Not just for boys : when autism spectrum disorder affect girls, Marina Sarris, Interactive Autism Network at Kennedy Krieger Institute, 19/02/2013

Article publié le 27 mars 2018, mis à jour le 6 avril 2022

2 Commentaires

  • Klariel dit :

    Il faudrait que les CRA soient formés pour diagnostiquer sur les filles, aussi. Souvent, ils ont plus l’habitude des garçons, ou des autistes plus lourds, alors une personne qui a l’habitude de compenser, ils vont passer totalement à côté. Malheureusement.

  • Caroline dit :

    Bonjour Klariel,

    Je suis tout à fait d’accord avec vous… Comme dans bien des domaines, les jeunes filles et les femmes sont sous diagnostiquées car les symptômes sont différents, ou comme vous le dites, les filles compensent bien plus que les garçons. Souhaitons que les professionnels soient mieux formés sur ces points !

    Belle journée,

    C.

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