Alexandra, 32 ans, et maman de Nohan, 5 ans et Edena, 16 mois. Cela fait maintenant 4 semaines qu’elle est – comme le reste du pays – en confinement. Elle assure la continuité pédagogique de Nohan, enfant à Haut Potentiel à la maison. Dans cet article, elle témoigne sur « sa journée type » en confinement et sur l’hypersensibilité de son petit garçon à Haut Potentiel.

La scolarité de Nohan avant le confinement

Nohan est un petit garçon hypersensible, qui a un énorme besoin de vie en extérieur, un tempérament à la fois passionnant et épuisant ! Il a commencé sa scolarité à moins de 3 ans en Très Petite Section. A l’époque même s’il était propre et avait un langage très avancé, aucune école maternelle ne voulait l’intégrer directement en Petite Section. Cette année de TPS a été un réel bonheur : un maître attentif à ses besoins, à son léger retard en motricité, à son hypersensibilité ! Puis nous avons déménagé dans le village voisin, et la demande de dérogation pour poursuivre dans son école nous a été refusée.

Son maître m’avait fait comprendre que Nohan était un garçon qui avait des facilités. De ce fait, il ne s’inquiétait pas pour la suite de son parcours !

La rentrée en petite section

Nous voilà à la rentrée, je suis à la maison, car enceinte de Edena à ce moment-là. Dès le premier jour, Nohan veut aller seul en classe et faire comme il faisait dans son autre école : tout en autonomie ! Je suis confiante, après tout rien à craindre : l’école est au courant que Nohan a déjà fait une année, il a « la chance » d’être dans une classe double niveau Petite Section / Moyenne Section. Si la maîtresse fait le nécessaire, Nohan pourra poursuivre sa scolarité et transiter vers le niveau MS.

Et puis en fait, au bout de 3 semaines, Nohan a commencé à montrer de l’anxiété, régresser sur la propreté, me demander de l’accompagner… L’année scolaire a pris un tout autre visage jusqu’au mois de février où nous sommes tombés de très haut quand son enseignante nous a dit ne pas le comprendre et que notre fils était un enfant « atypique ». Le reste de l’année a été de plus en plus compliqué et j’ai fini par prendre rendez-vous avec des professionnels dans l’été.

Trouver de l’aide auprès de professionnels

Dès le premier rendez-vous et les premières minutes d’entretien, la psychologue nous a parlé de précocité et conseillé de faire un test auprès d’une collègue neuropsychologue. Le test n’a rien révélé en termes de chiffres puisque Nohan a quasiment refusé de tout faire, mais il a perforé sur plusieurs éléments compliqués qui selon sa neuropsychologue confirment la précocité (il faut donc refaire les tests vers 6/7 ans lorsque Nohan aura avancé sur les blocages cumulés au cours de cette année de Petite Section).

Il me semblait important de revenir sur cette étape dans la scolarité de Nohan pour éclaircir le comment nous vivons la période actuelle ! Nohan est un enfant à Haut Potentiel avec des blocages bien à lui. Nous avons été accompagnés depuis octobre par une psychanalyste extraordinaire qui nous a fait faire à toute la famille d’énormes avancées de ce côté ! Pour autant, en ces temps d’école à la maison, il me faut bien admettre que les anciens fantômes sont encore là !

>> À télécharger : qu’est-ce que l’hypersensibilité ?

Apprentissage par la pédagogie Montessori

Je pratique le coschooling depuis que Nohan est en Petite Section. Puisque j’étais à la maison, cela m’avait énormément tenu à cœur d’être active dans les apprentissages de mon fils ! Alors je n’étais pas perdue lorsque nous avons su que l’école fermerait jusqu’à nouvel ordre.

Aujourd’hui, je mixe donc mes acquis en pédagogie Montessori, des supports plus formels, et surtout les sensibilités de mon fils ! Chaque jour est totalement différent : Nohan peut être totalement réceptif, comme dans un rejet complet. J’ai moi-même une hypersensibilité qui me donne du fil à retordre pour encaisser les refus. Pour autant, les effets bénéfiques de cette nouvelle vie à la maison ne se font pas attendre. Plus de soucis du côté de la propreté qui étaient pour nous le signe numéro 1 du mal-être de notre enfant. Il fait des progrès en lecture significatifs. Nohan écrit tous les jours de nouveaux mots parce qu’il est en grande demande. Il a une autonomie pour s’occuper seul, avec un accès libre à notre jardin (poules et potager)… Nous ouvrons les yeux sur le fait que Nohan a des besoins qui sont très éloignés des programmes communs, et il ne réclame pas ses copains alors que c’est un enfant très populaire.

Une progression par thème

Je partage quotidiennement sur Instagram nos activités : les formats, les sentiments que cela a pu susciter chez Nohan, si ça a marché ou pas ! J’ai gardé notre progression avec un thème sans durée déterminée. J’en change et je fais mes rotations quand je sens que l’intérêt est totalement retombé. Cela me permet de créer un effet de surprise puisque je ne préviens jamais quand je change ! La surprise c’est un peu ma carte magique qui marche presque à chaque fois ! Je fais en sorte de proposer des thèmes qui marchent avec les questions du moment, et je mets en place des activités qui peuvent répondre aux besoins et sensibilités que j’ai ressentis chez mes enfants. Sur le lot de mes propositions, il y a les tops et les flops !

>> À lire aussi : Montessori, apprendre à faire seul : comment ?

À quoi ressemble une « journée type » en confinement ?

Nohan se lève tôt tous les jours. On attaque donc la journée avec un petit déjeuner bien souvent entre 7h et 7h30. Ensuite, il a le droit de jouer, mais je lui demande de s’habiller et de faire sa toilette avant 8h30, heure à laquelle on commence l’école à la maison pour profiter du fait qu’Edena dorme.

Pour structurer notre quotidien, j’ai dès le départ instauré le rituel de la date sur notre éphéméride à manipuler ! Hoptoys en propose un très bien en bois qui permettra en plus de placer les anniversaires et rendez-vous par exemple. Depuis quelques jours, Nohan écrit la date tous les jours sur son cahier où je trace de larges interlignes pour aider à travailler la dimension des lettres petit à petit.

Ensuite, je demande à Nohan s’il a une préférence de sujet et suivant sa réponse, je propose les activités et supports que j’ai préparés au préalable. J’essaye de toujours avoir les supports et le « programme » prêts le week-end précédent. Certains jours, je change mon fusil d’épaule pour m’adapter si je sens que Nohan n’est pas du tout en phase, mais j’utilise tous les jours les mots « persévérance » et « consciencieusement». En effet, la neuropsychologue nous avait bien indiqué que Nohan avait cette tendance à trop se laisser emporter par son imagination et ne pas réussir à se poser dans le présent.

Planning mois en bois : ces plannings sont coordonnés avec les horloges (couleurs, graphismes) de manière à constituer un ensemble cohérent, pratique et facile à utiliser.

Les apprentissages formels

Ils durent environ jusqu’à 9h30/10h suivant quand Edena se réveille. Nous travaillons les chiffres avec des cartes rugueuses présentées sous forme de leçons en 3 temps, puis tracer dans la semoule. Je propose également des fiches sous plusieurs formes et des ateliers de manipulations pour dénombrer. Nohan prend également plaisir à monter les escaliers et suivre la frise numérique de 1 à 60.

Pour la lecture, nous lisons de base plusieurs livres par jour. Et depuis l’été dernier, nous possédons le coffret de lecture des Alphas. Cette méthode correspond totalement aux besoins de passer par le jeu de Nohan. Les lettres sont en fait des petits personnages auxquels l’enfant peut s’attacher et surtout apprendre les sons et non pas les noms des lettres. Nous alternons des fiches, des applications et des petits jeux pour apprendre les différentes formes d’écritures (appelées déguisements ou transformations dans le monde des Alphas pour échapper à la sorcière). Et nos Alphas sont rangés dans nos tiroirs phoniques avec des petits objets pour jouer à des jeux comme « mon petit œil voit ».

En complément, je mets en application la méthode Montessori. En effet, une fois la conscience phonologique et la reconnaissance des écritures acquises, l’enfant peut très vite utiliser les dictées muettes de la série rose, les jeux comme « les petits secrets » (lire ce qui est écrit et aller trouver l’objet dans la maison par exemple).

Petits pots phoniques : dans chacun des 33 pots se trouvent 5 objets ou figurines ayant en commun un son. Cet outil, développé par un orthophoniste, permet d’appréhender par une manipulation ludique les sons, leur prononciation et les différentes orthographes de ceux-ci.

Coffret des alphas : partez à la découverte des Alphas, des êtres qui ont la particularité d’avoir la même forme et de produire le même son que les lettres. idéal pour éveiller les enfants à la lecture.

Les apprentissages informels

Le reste de la journée est consacrée à tout ce qui est de l’ordre de l’informel et du sensoriel ! On répond aux questions, on fait la cuisine, du jardin, du potager. Nohan s’occupe des poules et joue tout simplement avec la musique à fond. Sa grande découverte depuis que je lui ai donné ma chaîne Hifi. C’est aussi une excellente manière d’apprendre des chansons, car il écoute ce qui lui plaît. Il affectionne également la géographie qu’il travaille de lui-même avec son globe interactif plusieurs fois par semaine.

Edena a son propre rythme dans tout ça : un réveil plus tard que son grand frère. Du coup quand elle se lève, Nohan en profite pour jouer et je peux me consacrer aux envies de ma fille : motricité fine, livres, jouer avec la dînette ou les animaux… et beaucoup de motricité libre ! Je passe un temps fou dans les escaliers depuis 1 mois !

Après le repas du midi, Nohan fait un temps calme. Je dois bien admettre que même s’il est épuisé, il ne dort plus et revient bien tôt vers moi. C’est souvent là que je lui propose une activité plus artistique ou sensorielle (bacs de transvasements, pâte à modeler, peinture, plateaux de vis pratique) ou des jeux de société.

L’après-sieste est consacrée aux 2 enfants en même temps et par chance nous avons du beau temps pour ce confinement ! Vive la balançoire et le toboggan ! On a de la chance d’avoir un bel espace extérieur qui nous donne une sensation de liberté pour courir, crier, se rouler dans l’herbe…

Le retour de M. Papa sonne l’heure de se laver et mettre les pyjamas pour dîner vers 19h et monter les enfants à 20h maximum. Le temps de lecture pour Nohan dure une bonne demi-heure dont Edena profite un petit peu avant d’aller se coucher.

>> Lire aussi : de l’intérêt de manipuler le réel : les murs sensoriels

Profiter de ses enfants !

Voilà comment se passent quasiment toutes nos journées ! Elles sont riches, mouvementées, épuisantes… Mais j’essaye autant que possible d’être à 90% disponible pour les enfants et ainsi leur rendre ce confinement agréable (les 10% restants je travaille pour créer mes contenus et garder la maison en état) ! Nous avons beaucoup de questionnements de Nohan sur quand il pourra revoir ses grands-parents et ses cousins/cousines. Il nous demande régulièrement si le Président a fait un nouveau discours pour dire que le Coronavirus s’est calmé… Nous avons toujours dit la vérité à nos enfants dès le plus jeune âge et nous préférons cette option pour qu’ils puissent exprimer leurs peurs et émotions.

Un cadre adapté à ses besoins

Ce confinement nous a simplement permis de donner à Nohan un cadre dans lequel il pouvait être lui-même et ne pas suivre le programme scolaire classique, lui offrir du temps de qualité en n’ayant pas toujours un trajet d’école à faire, des heures loin de ses jouets et de son cocon qui le rassure… Chez nous, il peut extérioriser ses émotions et n’a pas un rôle (stressant) à tenir toute la journée pour rentrer dans un cadre. Finalement, ce confinement c’est une excellente manière de réaliser que nos enfants sont épanouis à la maison. Je mets également à profit cette parenthèse pour, une nouvelle fois, me remettre d’autant plus en question sur comment continuer, après le confinement, à apporter le meilleur pour eux et leurs besoins spécifiques !

Se sentir à sa place

Je profite de cet article pour souhaiter bon courage à tous les parents, et plus particulièrement les parents d’enfants extra-ordinaires ! C’est dur, il y a des moments où on se demande si on va supporter ça tous les jours encore longtemps… Et puis, en y repensant bien : je ne me suis jamais sentie autant à ma place et en phase avec mes enfants que là, maintenant ! Un enfant à Haut Potentiel, c’est finalement un cadeau qui m’a ouvert les yeux sur bien plus que ma maternité. Cela m’a permis de mettre en lumière ma propre enfance et ce que j’ai pu ressentir à l’époque sans comprendre ! Et si comme nous, vous vous sentez perdus face aux besoins de votre enfant, alors n’hésitez pas à aller trouver de l’aide auprès de professionnels qui sauront vous épauler. Nous n’avons aucun regret à avoir sauté le pas pour le bien et l’équilibre de toute la famille !

Et vous, comment faites-vous avec vos enfants au quotidien pendant le confinement ? Partagez vos expériences en commentaires.


Je suis Alexandra,@Bambilevy, j’ai 32 ans et je suis l’heureuse maman de Nohan, 5 ans et Edena, 16 mois.

Je pratique le coschooling depuis bientôt 2 ans avec Nohan, un éveil Montessorien avec Edena au quotidien. Nous sommes en réflexion quant à l’instruction de notre fils qui se trouve être un petit zèbre et a des besoins pour aller toujours plus loin dans sa réflexion…. Chose qu’il ne peut pas forcément faire à l’école d’où le coschooling. 
Nous lisons beaucoup, pratiquons des activités ludiques & pédagogiques, et j’ai à cœur d’en faire profiter mes abonnés quotidiennement sur mes réseaux sociaux. Présente de longue date sur Instagram, j’ai également un blog, une chaîne YouTube, ce qui me permet d’offrir divers contenus à ma communauté ! 

Alexandra est chargée des partenariats influenceurs et rédactrice d'articles sur le blog.

2 Commentaires

  • Sabine dit :

    Je suis aide soignante et j’ai deux enfants hpi avec Tdah. L’apprentissage est très ludique, nous nous basons sur un mélange de montessorie et le modèle d’éducation Suédois. Ils apprennent des mots par des taches ménagères quotidiennes. Apres c’est très dur de respecter un cadre sur un rythme régulier avec mes horaires en décalées et mon conjoint peut m’aider cependant il est sous chimio donc nous le confinement nous l’avions anticiper sur début février. C’est très fatiguant car mon grand ne sait pas jouer en autonomie mais il a 6 ans alors il est difficile d’avoir son attention et la pression entre le boulot et la maladie les rendent très sensible et très agités voire agressifs selon les circonstances. Bon courage à tous pour le confinement.

  • Karima dit :

    Merci pour votre article !
    Je vois que nous vivons presque le même quotidien à la différence est que mon fils depuis qq jours refuse « l’école » version maman, et que la colère s est installée plus que d habitude.
    Au fond je le comprends il est dans le contrôle de tout au quotidien, alors ce virus qui débarque, fait le mal et sur lequel il ne peut agir, le met dans un état anxieux.
    Alors maintenant tout n est que jeu on compte les voitures on les associe et trie (qui aurait cru tout ce qu’on peut faire avec des petites voitures).
    Il a la chance d etre désormais en école Montessori après une rentrée chaotique en PS en septembre au bout de 3 mois nous l avons changé d’école et depuis il reprenait ses marques et surtout on le comprenait.
    Mais je le sais à la prochaine rentrée nous devrons affronter le confinement bien pire pour lui qui a une anxiété de la séparation, mais ça c est une autre histoire…
    Voici notre insta pour échanger @lespetitsbonheursdekarinet
    Au plaisir de vous suivre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Taper la réponse pour valider votre commentaire * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.