Cadre Puéricultrice, consultante, auditrice et formatrice, notamment à la pratique Snoezelen, Aurélia Verrier vous apporte quelques conseils pour la création d’espaces multisensoriels dans les structures d’accueil. Parce qu’elle constate que les espaces sensoriels connaissent un regain d’intérêt par les professionnels du soin, du médico-social et de l’accompagnement, Aurélia Verrier souhaite partager 7 clés pour garantir le respect des bonnes pratiques, quel que soit l’âge ou les particularité de chacun, et mieux anticiper les points de vigilance dans la mise en place de ces environnements.

De qui s’agit-il ?

L’installation d’espaces multisensoriels dans les structures de soin et d’accueil s’inspire directement de l’approche Snoezelen. Ce concept est né dans les années 1970 aux Pays-Bas. Au départ, ces espaces ont été développés pour les adultes en situation de handicap, puis le concept s’est progressivement démocratisé pour toucher un public plus large.

Au-delà du matériel, il s’agit d’une démarche de bien-être au coeur des sens visant la rencontre authentique. Cet espace, modulable et sécurisant, agit comme un outil médiateur adapté aux besoins et aux envies de chacun. C’est un temps d’exploration et de partage où la personne peut, à son rythme, s’ouvrir au monde, laisser place à la rêverie et se ressourcer, portée par la présence bienveillante et attentive de l’accompagnant.

Mais attention à ne pas faire n’importe quoi ! Retour sur les erreurs à ne pas commettre et sur les points clés pour le déploiement d’une démarche adaptée à la personne et au plaisir partagé d’être ensemble dans ces espaces.

espace multisensoriel

Espace ou démarche sensorielle ?

La première erreur serait de penser que tout réside dans l’aménagement d’un espace et la mise à disposition de multiples objets sensoriels en libre-service pour la personne !

Certes, il y a un lieu physique aménagé et du matériel sensoriel mais les espaces sont dits « multisensoriels » dans leur proposition, c’est-à-dire qu’il y a du matériel qui permet une exploration de chaque sens, mais pas dans leur usage. Il ne s’agit pas de tout mettre à disposition et tous allumer quitte à se retrouver dans une ambiance de boite de nuit au milieu de l’établissement ! Non, ce serait faire fausse route ! On fera donc un usage contrôlé et modulé du matériel selon les besoins de la personne observés ou exprimés dans une intention de douceur et de confort. Il faut retenir que cet espace et ce matériel n’est que le support de la démarche.

L’idée est de considérer la personne dans sa globalité : on la voit vraiment, on partage un instant avec elle, sans attente de résultat. Ce partage d’expérience lui redonne de la valeur et sa place. C’est une démarche qui demande un engagement de l’accompagnant dans et un certain « savoir- être ».

Activité ou séance ?

Bonne question ! Car contrairement à ce l’on pourrait penser, ces espaces sont utilisés pour des séances et non des activités ! Subtilité de langage ? Non, la pratique de la démarche sensorielle rentre dans le champ de l’accompagnement , de la relation, de la rencontre. Il ne s’agit pas de FAIRE activité sensorielle, mais d’ÊTRE en séance sensorielle, nuance essentielle pour ne pas passer à côté de l’essentiel et être ensemble.

Bulle ou cocon ?

Les deux mon capitaine ! Mener une séance Snoezelen dans un espace ouvert n’est pas facile du fait des multiples stimulations de l’environnement – bruits, lumières, odeurs, mouvement de personnes… L’idée est de créer un espace cocon, une sorte de bulle, à l’écart de l’agitation, dans laquelle on va pouvoir sélectionner et contrôler les stimulations et leur intensité selon les besoins et envies des personnes accompagnées. L’ambiance participe au bien-être et a une expérience sereine dans un espace confortable, contenant et sécurisant. Doit donc s’en dégager une impression feutrée, de détente propice au lâcher-prise.

Stimulation ou éveil sensoriel ?

Il est essentiel de retenir que les propositions sensorielles dépendent avant tout de la personne, de ses besoins, de sa sensibilité et de ses envies. Elles ne sont jamais figées mais ajustées selon chacun : pour certains, elles offriront une expérimentation active éveillant la curiosité et la concentration ; pour d’autres, elles privilégieront une réception passive de l’ambiance pour favoriser la détente et le relâchement.

On laisse ainsi le temps à chacun d’évoluer à son propre rythme.

espace multisensoriel Louise

Visuel or not visuel ?

On a souvent tendance à vouloir « faire joli », au risque de surcharger inutilement l’espace visuellement. Trop d’effets lumineux peuvent créer une véritable pollution visuelle et venir parasiter la concentration et la perception des autres sens. L’idée est donc d’adapter le milieu aux demandes, aux observations faites durant la séance. Cela permet de faire évoluer sensoriellement l’environnement au gré́ des besoins et des envies de la personne accompagnée.

Actif ou passif ?

Certains professionnels pensent que l’accompagnant doit systématiquement intervenir auprès de la personne pour la solliciter, voire la stimuler.  A l’inverse, d’autres pensent, qu’ils ne doivent pas s’impliquer et la laisser impérativement agir seule dans l’environnement…

L’idée est de laisser la personne initier ce temps : elle choisit l’ambiance et le matériel, et sur proposition de l’accompagnant si ses capacités la limite pour agir.

L’adulte accompagne cette exploration sensorielle en ajustant son intervention aux signaux (verbaux ou non) de la personne et partageant le vécu de cette expérience par sa présence bienveillante.

Relaxation ou détente ? Décompression sensorielle

La relaxation est une méthode thérapeutique qui a pour objectif d’induire de la détente physique et psychique grâce à l’usage d’une méthode reconnue. La séance sensorielle procure de la détente à la personne qui en bénéficie grâce à différents éléments : à l’environnement et à son ambiance, à la réduction et au choix des stimulations, ainsi qu’à l’engagement de l’accompagnant. Il ne s’agit pas d’appliquer une méthode ou une technique ayant comme objectif la relaxation systématique de la personne accompagnée

Pratiquer le Snoezelen, c’est comprendre que le plus bel effet sensoriel reste celui d’une présence authentique. Si le matériel est un médiateur précieux, il doit rester au service de la personne.

L’objectif ultime est de permettre à l’autre de se sentir reconnu, valorisé et serein, faisant de la séance un temps de décompression sensorielle unique et ressourçant.

espace multisensoriel Guilhem

>> Lire aussi : « Un espace sensoriel dans les lieux d’accueil petite enfance »

Alors quelles sont les bonnes pratiques ? Les clés pour de bonnes séances !

Clé 1 : pensez sécurisation !

Pour vivre pleinement ce moment, la personne a besoin de se sentir en sécurité. L’aménagement offre la possibilité d’explorer l’espace et le matériel en toute sécurité, de s’installer confortablement ou de se poser tranquillement. Par sa présence, l’accompagnant offre une contenance rassurante. 

Clé 2 : le SAS de décompression sensoriel !

L’idée est d’offrir une ambiance ajustée, sereine et attractive, propice au bien-être afin d’éviter toute surstimulation environnementale inutile. La personne a accès librement au matériel sensoriel dont elle fait usage à sa manière, selon son goût et son envie du moment.

Clé 3 : l’expérimentation sensorielle !

La séance débute souvent par un temps de découverte de l’ambiance et du matériel. Puis progressivement, au gré de ses préférences et attirances, la personne explore les propositions visuelles, auditives, tactiles, proprioceptives, vestibulaires ou olfactives qui l’entourent.

Clé 4 : des propositions adaptées !

les sollicitations sensorielles sont ajustées selon chacun : elles offrent une expérimentation active pour éveiller la curiosité et la concentration, soit une réception passive de l’ambiance pour favoriser la détente et le relâchement. On laisse le temps à chacun d’évoluer à son propre rythme et selon ses aspirations.

Clé 5 : une posture ajustée !

L’accompagnant se place sur un mode non directif et dans une posture d’écoute et d’ouverture. Il répond aux sollicitations de la personne et partage un moment authentique autour des découvertes sensorielles. Il peut intervenir si nécessaire pour sécuriser, relancer l’intérêt ou encourager la personne à agir par elle-même.

Clé 6 : au-delà des mots !

La rencontre passe par les communications corporelles et non verbales. La rencontre se fait par l’intermédiaire d’un objet, d’un son, d’un jeu de regard, d’un sourire ou d’une posture miroir. Cela permet de créer une résonnance avec le vécu sensoriel et émotionnel de la personne.

Clé 7 : la disponibilité !

L’observation et la présence bienveillante de l’accompagnant sont au coeur de la séance. C’est ce partage qui transforme l’expérience sensorielle en un moment suspendu. Laissons agir la magie du moment et de la rencontre dans cette bulle sensorielle, pour le bénéfice de tous !

espace multisensoriel petite fille

>> Lire aussi : « Les environnements sensoriels de la petite enfance »( récapitulatif et live)

Un projet à part entière !

Pour accompagner la mise en place de ce genre de projets et inscrire l’équipe dans cette dynamique, il est nécessaire de prendre le temps de se former. Il est recommandé de réajuster ses connaissances fondamentales sur le développement de l’enfant, notamment sensoriel. De plus, il est important de connaître les bases de la démarche (matériel, aménagement, séance…) et d’explorer la question de la relation à l’autre. Ceci est nécessaire afin d’éviter que l’espace ne soit utilisé pour « faire une activité sensorielle », ce qui éloignerait de l’essence même de la démarche considérée comme un outil de la relation, support du « être ensemble ».

Besoin de conseils ?

L’installation d’espaces sensoriels doit s’envisager de façon globale et dépasser le simple premier attrait provoqué par le matériel et l’ambiance qui y règne. Si vous avez besoin de formation, n’hésitez pas à contacter Aurélia Verrier.

Téléchargez ici l’infographie réalisée avec Aurélia Verrier : ses 7 clés pour mettre en place un espace multisensoriel en Petite enfance :

Infographie : Les 7 clés pour mettre en place un espace multisensoriel en petite enfance


Les 7 clés pour mettre en place un espace multisensoriel en petite enfance

1 x A3 en pdf

Pour imprimer en A4, réduire l'impression à 70%

Infographics : The 7 keys to put in place a multisensory room in early childhood facility


The 7 keys to put in place a multisensory room in early childhood facility

1 x A3 pdf version en anglais de l'infographie


Aurélia Verrier, Cadre Puéricultrice, est aujourd’hui consultante, auditrice qualité et formatrice en petite enfance. Retrouvez son travail sur :  Rainbow Afc – Aurélia Verrier – Spécialiste de la petite enfance

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Entrez les chiffres suivants pour valider *