Le 23 septembre 2020, nous avons invité, dans le cadre d’un facebook live, Aurélia Verrier, cadre de santé Puéricultrice, consultante petite enfance et formatrice Snoezelen à vous apporter ses conseils dans la création d’espaces multisensoriels en petite enfance. Parce qu’elle constate que l’installation d’espaces multisensoriels dans les EAJE connaît un véritable engouement depuis quelques années et un intérêt croissant de la part des professionnels de l’enfance (et ce à juste titre précise-t-elle), Aurélia Verrier a souhaité apporter 7 clés pour éviter certaines erreurs dans la mise en place de ces environnements… et partager les bonnes pratiques !

Mais de quoi parle-t-on exactement … ?

L’installation d’espaces multisensoriels dans les structures petite enfance s’inspire de la démarche Snoezelen. Le concept Snoezelen est né dans les années 1970 aux Pays-Bas. Au départ, ces espaces ont été développés pour les adultes porteurs de handicap puis le concept s’est progressivement démocratisé pour toucher un public plus large. Au-delà du matériel, il s’agit d’une démarche d’accompagnement de l’enfant visant la rencontre et le bien-être dans un environnement sensoriel particulièrement adapté à ses besoins et à son élan de découverte. Cet espace agit comme un outil médiateur centré sur la construction pour l’enfant d’une sécurité psycho corporelle où la rêverie et l’imagination sont à l’honneur. Mais attention à ne pas faire n’importe quoi ! Retour sur les erreurs à ne pas commettre et sur les points clés pour le déploiement d’une démarche adaptée à l’enfant et au plaisir partagé d’être ensemble.

espace multisensoriel

Espace ou démarche sensorielle ?

La première erreur serait de penser que tout réside dans l’aménagement d’un espace et la mise à disposition de multiples objets sensoriels en libre-service pour les enfants !
Certes, il y a un lieu physique aménagé et du matériel sensoriel mais les espaces sont dits « multisensoriels » dans leur proposition, c’est-à-dire qu’il y a du matériel qui permet une exploration de chaque sens, mais pas dans leur usage. Il ne s’agit pas de tout mettre à disposition et tous allumer quitte à se retrouver dans une ambiance de boite de nuit au milieu de le structure ! Non, ce serait faire fausse route ! On fera donc un usage contrôlé et modulé du matériel selon les besoins de l’enfant observés ou exprimés dans une intention de douceur et de confort et non stimulation et d’excitation. Il faut retenir que cet espace et ce matériel n’est que le support de la démarche. Il s’agit vraiment d’un temps de rencontre avec l’adulte. A partir de l’exploration sensorielle que fait l’enfant d’un tel environnement, naît, dans ce moment privilégié, un temps de de rencontre authentique. C’est une démarche qui demande un engagement de l’adulte dans ce temps et cet espace et un certain « savoir- être ».

Activité ou séance ?

Bonne question ! Car contrairement à ce l’on pourrait penser, ces espaces sont utilisés pour des séances et non des activités ! Subtilité de langage ? Non, la pratique de la démarche sensorielle rentre dans le champ de l’accompagnement , de la relation, de la rencontre. Il ne s’agit pas de FAIRE activité sensorielle, mais d’ÊTRE en séance sensorielle, nuance essentielle pour ne pas passer à côté de l’essentiel, être ensemble.

Bulle ou cocon ?

Les deux mon capitaine ! Mener une séance Snoezelen au milieu d’un espace de vie n’est pas possible du fait des multiples stimulations de l’environnement – bruits, lumière, odeurs, mouvement de personnes… L’idée est de créer un espace cocon, une sorte de bulle dans laquelle on va pouvoir sélectionner et contrôler les stimulations et leur intensité selon les besoins et envies des enfants accompagnés. L’ambiance participe au bien-être et l’expérimentation sereine de l’enfant dans un espace confortable, contenant et sécurisant. Doit donc s’en dégager une impression feutrée, de détente propice au lâcher-prise.

Stimulation ou éveil sensoriel ?

Il existe souvent une confusion entre stimulation et éveil.
Stimuler, revient à considérer que l’adulte doit intervenir auprès de l’enfant pour augmenter son développement. Or si tout va bien, l’enfant a surtout besoin d’un environnement riche et varié pour mener ses explorations et s’éveiller naturellement au monde. Pour porter ces découvertes, il a aussi besoin de pouvoir compter sur un adulte bienveillant et présent dans la relation lorsque celui-ci le sollicite. Ces temps en séances sensorielles nourrissent l’enfant du contact sécurisant avec l’adulte propice par la suite à ses expérimentations solos dans la salle de vie et au sein du groupe d’enfants.

espace multisensoriel Louise

Visuel or not visuel ?

L’adulte à tendance à vouloir « faire joli », ce qui est une bonne intention au départ, mais comporte le risque de surcharger l’espace visuellement parlant, de rendre celui-ci trop stimulant et inadapté aux besoins des plus petits. Car l’enfant, lui, recherche plutôt en premier lieu des sensations tactiles et vibratoires, ces sensations lui permettant d’explorer son enveloppe, les limites et la densité de son corps. Durant la séance, l’observation permet de faire évoluer sensoriellement l’environnement au gré des besoins et envies repérés de l’enfant.

espace multisensoriel jouet lumineux

MAM Les P’tits colibris

Actif ou passif ?

Certains professionnels pensent que l’adulte doit intervenir systématiquement auprès de l’enfant pour le solliciter voir le stimuler, d’autres pensent à l’inverse, qu’ils ne doivent pas interagir avec l’enfant et le laisser impérativement agir seul dans l’environnement…
La bonne pratique est de laisser l’enfant être l’initiateur de la séance, de le laisser choisir (lorsqu’il en est capable, sinon l’adulte propose…) l’ambiance, le matériel et évoluer selon ses envies tout au long de la séance. L’adulte l’accompagne et interagit bien sûr au cours de l’expérimentation sensorielle que l’enfant fait et partage ce moment dans une présence authentique.

enfants colonnes bulles MAM P'tits colibris

MAM Les P’tits colibris

Relaxation ou détente ? Décompression sensorielle

La relaxation est une méthode thérapeutique qui a pour objectif d’induire de la détente physique et psychique grâce à l’usage d’une méthode reconnue. La séance sensorielle procure de la détente à la personne qui en bénéficie grâce à différents éléments : à l’environnement et à son ambiance, à la réduction et au choix des stimulations, ainsi qu’à la présence bienveillante et engagée de l’adulte. Il ne s’agit pas d’appliquer une méthode ou une technique ayant comme objectif la relaxation systématique de l’enfant accompagné.

espace multisensoriel Guilhem

>> Lire aussi : « Un espace sensoriel dans les lieux d’accueil petite enfance »

Alors quelles sont les bonnes pratiques ? Les clés pour de bonnes séances !

Clé 1 : pensez sécurisation !

L’enfant peut agir s’il se sent en sécurité. L’adulte doit aménager l’espace et accueillir l’enfant dans un environnement qui donne envie de se mettre à l’aise, d’être confortable et de se poser.

Clé 2 : le SAS de décompression sensoriel !

L’idée est d’offrir une ambiance propice au bien-être et à la détente. Les propositions doivent être sélectives et discriminantes afin d’éviter toute sur-stimulation environnementale.

Clé 3 : des propositions douces !

Des propositions variées sensitives, proprioceptives et vestibulaires favorables à l’expérimentation et à la curiosité. On laisse le temps à l’enfant d’évoluer à son rythme et selon ses envies.

Clé 4 : l’expérimentation sensorielle !

La séance débute généralement par un temps de découverte de l’ambiance, puis, progressivement l’enfant, au gré de ses envies et préférences, explorera le matériel sensoriel disponible, qu’il soit visuel, auditif, tactile, vestibulaire ou olfactif.

Clé 5 : une posture ajustée !

L’adulte se place sur un mode non directif et dans une posture d’écoute et d’ouverture, disponible pour partager un moment authentique avec l’enfant autour des explorations sensorielles qu’il fait de l’espace.

Clé 6 : au-delà des mots !

La rencontre repose sur les communications corporelles et non verbales. L’adulte rentre en relation avec l’enfant par l’intermédiaire d’un objet, d’un son, d’un jeu de regard, d’une posture lui permettant d’être en synchronie avec le vécu sensoriel et émotionnel de l’enfant.

Clé 7 : la disponibilité !

L’observation, l’écoute et la présence bienveillante dans l’instant présent sont indispensables au bon déroulement d’une séance, le seul objectif est le partage et le bien-être.

Les séances sont uniques en leur genre, personne ne peut dire ou prévoir ce qui s’y passera… Laissons agir la magie du moment et de la rencontre pour le bénéfice de tous !

espace multisensoriel petite fille

>> Lire aussi : « Les environnements sensoriels de la petite enfance »( récapitulatif et live)

Un projet à part entière !

Pour accompagner la mise en place de ce genre de projets et inscrire l’équipe dans cette dynamique, il est nécessaire de prendre le temps de se former. Il est recommandé de réajuster ses connaissances fondamentales sur le développement de l’enfant, notamment sensoriel. De plus, il est important de connaître les bases de la démarche (matériel, aménagement, séance…) et d’explorer la question de la relation à l’autre. Ceci est nécessaire afin d’éviter que l’espace ne soit utilisé pour « faire une activité sensorielle », ce qui éloignerait de l’essence même de la démarche considérée comme un outil de la relation, support du « être ensemble ».

Besoin de conseils ?

L’installation d’espaces sensoriels dans un établissement d’accueil du jeune enfant doit s’envisager de façon globale et dépasser le simple premier attrait provoqué par le matériel et l’ambiance qui y règne. Si vous avez besoin de formation ou si vous souhaitez un accompagnement dans votre projet d’installation d’un espace sensoriel dans votre structure, n’hésitez pas à contacter Aurélia Verrier.

Les éléments indispensables pour créer un espace multisensoriel


Cadre de santé infirmière puéricultrice, Aurélia Verrier exerce dans le domaine de la petite enfance depuis plus d’une quinzaine d’années. Précédemment Directrice petite enfance  et formée à la démarche Snoezelen, elle a eu l’opportunité de mener un projet institutionnel autour de la démarche Snoezelen et de développer cette approche plus spécifiquement auprès des plus petits. Elle est aujourd’hui consultante, auditrice qualité et formatrice dans le domaine de la petite enfance.

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Marianne est responsable de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog. Passée par l'édition, la médiation culturelle et l'enseignement, elle aime tout particulièrement aborder des sujets pédagogiques, culturels et d'actualité.

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