A l’occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme qui se déroule le 2 avril, nous avons souhaité vous présenter des personnes qui travaillent au quotidien avec des enfants autistes. Grâce à leur expérience et à leur regard sur le handicap nous découvrons une autre facette de ses enfants parfois mal compris et pas toujours pris en charge de la façon adéquate. Découvrez ici une interview de Nadia, éducatrice spécialisée, qui nous explique un peu plus en détail son métier auprès d’enfants TSA âgés de 6 à 10 ans. 

Vous êtes éducatrice spécialisée, pouvez-vous nous parler un peu plus de votre métier ?

Je suis éducatrice spécialisée depuis 6 ans maintenant, après une courte expérience auprès d’adolescents fragilisés en protection de l’enfance, je suis retournée auprès d’un public d’enfants présentant une déficience  intellectuelle.

Depuis 3 ans j’accompagne des enfants TSA âgés de 6 à 10 ans.

Mon travail consiste à accompagner au quotidien des personnes, ici des enfants, dans leur parcours de vie. Dans ma posture professionnelle, je suis une rythmicité entre observation, analyse et actions éducatives tout au long de mes journées. Mon travail exige toujours une prise de recul, un questionnement de l’acte éducatif, qui ne doit pas être considéré comme anodin. Concrètement, j’accompagne des enfants assez jeunes TSA, souvent non verbaux. J’assure le rôle de référence éducative, ce qui regroupe la responsabilité du groupe, de chaque enfant et de sa sécurité, l’organisation des emplois du temps, la mise en place d’actions éducatives et d’ateliers mais surtout la participation au projet du jeune en co-construction avec l’équipe pluridisciplinaire et les parents et le plus possible en lien avec le jeune. J’ai donc la responsabilité du respect du projet du jeune. Il est nécessaire d’être vigilant au sens donné à nos actions et de proposer une activité ou un travail individuel qui a du sens pour l’enfant.

Vous suivez des patients autistes, quels sont les spécificités de ce handicap et les différents profils de ces enfants ?

Pour moi, j’accompagne des enfants en priorité qui ont tous leurs particularités : rieur, boudeur, calme, énergique, colérique ou fuyant. Selon moi je perçois trois spécificités propres à l’autisme quelque soit l’existence et le degré de déficience.

  • Le caractère invisible de ce handicap rend notre travail complexe. En effet, ces enfants sont souvent riches de stratégies pour rendre leurs difficultés imperceptibles de prime abord.
  • Les troubles de la communication dont ils souffrent tous. En effet, les enfants TSA n’ont pas les outils pour interpeller, s’exprimer ou encore comprendre nos sollicitations. Ils comprennent peu les codes de communication (mimiques, mouvement du corps, l’implicite etc).
  • Enfin il est important de parler des particularités sensorielles ( 5 sens et le vestibulaire) qui rendent leur relation au monde social plus complexe et peuvent générer du mal-être voire des angoisses. Depuis moins de 10 ans, la question de la sensorialité est mise en avant pour ces enfants et adultes TSA. Il est important de leur proposer des outils pour améliorer leur confort de vie (casque antibruit, lunette pour filtrer le soleil…) et faire reconnaître cette particularité.

Qu’est-ce que vous travaillez le plus avec des enfants autistes ?

Dans un premier temps, lorsque l’enfant débute son parcours en structure, nous tentons le plus possible de lui apporter un lieu sécurisant et hypostimulant pour faire redescendre les tensions et/ou toutes formes d’agitation. Dès qu’ils ont acquis quelques outils relationnels et que nous observons un apaisement, nous travaillons avec lui un outil de communication (objet, image, mots, signes, PECS, LSF) pour qu’il devienne le sien. Le choix de l’outil dépend de l’intérêt que l’enfant manifeste et celui avec lequel lui et sa famille semblent le plus à l’aise.

Nous proposons aussi des temps d’atelier collectif (arts plastiques, comptines)  pour l’aider à adapter sa relation à ses pairs ou aux adultes, pour des découvertes sensoriels et des apprentissages ludiques. En temps individuels, nous partons de leurs intérêts pour les motiver à travailler et à accepter la situation de contrainte (pré-requis scolaires.). Les enfants accueillis ont également des accompagnements thérapeutiques (orthophonie, psychomotricité, ergothérapie, accompagnement par une psychologue) des temps scolaires et des activités sportives.

Comment se déroule l’accompagnement d’un enfant par une éducatrice spécialisée ?

Pour ma part, j’accompagne les enfants sur tous les temps, individuels, collectifs et ceux du quotidien (aller au WC, manger, faire un temps calme, apprendre à se brosser les dents, voir l’infirmière..)

La particularité de mon poste tient au fait que je suis la personne qui réceptionne toutes les informations concernant l’enfant de la part des collègues et de la famille. J’ai pour mission de coordonner l’ensemble pour donner du sens et de la cohérence à notre accompagnement globale. En tant qu’éducatrice référente de leur enfant je suis plus repérée par la famille que mes collègues thérapeutes et enseignantes, ce qui entraîne une relation plus régulière favorisant la confiance entre eux et la structure.

Quels outils utilisez-vous au quotidien pendant vos séances ?

Nous utilisons une multitudes d’outils: le time timer pour structurer le temps, les pictogrammes pour faciliter la compréhension et favoriser la communication, des supports visuels pour structurer les activités (banques de jetons, contrat de bon comportement…). Puis j’utilise aussi des objets en tant que renforçateurs (bulles, trampoline, toupie géante, sable magique, tableau magique, zvibes…) qui ont pour fonction de motiver l’enfant lors de ses apprentissages et de le rassurer. J’utilise aussi beaucoup les objets du quotidien pour aider l’enfant à développer sa compréhension et son vocabulaire. Enfin, j’ai la panoplie des objets propres aux éducatrices/teurs: jeux de société, comptines, chansons, jeux de mimes, livres jeunesse…

Par ailleurs, j’utilise aussi beaucoup mon corps et mes mains, je signe des mots issus de la LSF, je joue avec les enfants (chatouilles, mimiques..). L’ensemble de ces jeux d’enfants doit être joué et rejoué avec ces enfants pour qu’ils gagnent en spontanéité, qu’ils comprennent, la communication non verbale.

J’ai également des outils pour étayer mes observations, des feuillets de cotation des séances individuelles et des activités de groupe.

Quelle stratégie mettez-vous en place lorsqu’un enfant est réticent pendant une séance ?

Un enfant réticent peut manquer de motivation, il est donc important de connaitre les objets ou les activités qui peuvent donner envie à l’enfant de travailler pour alterner entre travail et plaisir. Par le biais de supports visuels, l’enfant choisit son renforçateur en amont et tout au long de la séance il gagne des jetons pour accéder au renforçateur qu’il a choisi.

Cependant, il est important aussi d’envisager la fatigabilité, l’enfant peut aussi refuser l’activité en raison de sa fatigue. Face à cette situation, je diminue mes attentes, ou je propose un temps de repos avant la séance de travail. Même si l’objectif des séances individuelles est de faire progresser l’enfant sur le plan cognitif, le travail éducatif doit respecter aussi le rythme de l’enfant pour ne pas le mettre en souffrance.

Quelle est la relation que vous avez avec les parents ?

Je tente le plus possible d’avoir des relations régulières avec les parents, d’établir une relation de confiance où ils ne sentent pas jugés afin qu’ils puissent librement venir déposer des émotions fortes, leurs difficultés. J’échange quotidiennement avec les parents, par écrit, pour leur permettre d’avoir une vision de la journée de leur enfant, de son état d’esprit, de gagner des bribes d’informations qui puissent les aider à échanger avec leur enfant. De plus, cet échange quotidien, nous permet de nous ajuster à leurs souhaits éducatifs (limiter un temps de sieste, supprimer progressivement la sucette ou le doudou) et ainsi de tenter d’être dans une même dynamique. Cependant, il est important de se rencontrer pour éviter les confusions, et  échanger de manière plus globale.

Que pensez-vous de l’inclusion des personnes autistes en France ?

En France, il reste beaucoup de travail pour ce qui est de l’inclusion de la personne en situation de handicap, peu importe le handicap. Encore aujourd’hui, les parents nous transmettent des témoignages d’exclusion. Il me semble que nous devons de plus en plus, associations, professionnels, parents d’enfants handicapés et personnes en situation de handicap sensibiliser aux handicaps, parler des difficultés rencontrées, mais aussi permettre une rencontre pour démystifier le handicap.

Pour ce qui est des personnes et des enfants TSA, des personnalités telle que Josef Schovannec ou encore Daniel Tammet sont des voix de l’autisme et ont permis une sensibilisation mais au regard des particularité des personnes dites « Aspergers ». Lorsque l’Autisme et la déficience intellectuelle sont associés, l’inclusion sociale et professionnelle est encore plus difficile.

Pour ma part, l’inclusion scolaire reste complexe au sein d’établissements scolaires de plus en plus important en taille et en nombre d’enfants. Cependant, je pense qu’il serait nécessaire de gagner en souplesse pour permettre le plus possible des parcours innovants et flexibles, où un enfant puisse à la fois être à l’école et en IME même si le temps à l’école  se reduit à quelques heures (double notification).

Pour finir sur l’inclusion scolaire, je pense que c’est une réflexion plus profonde de la scolarisation qui doit être repenser où chacun puisse trouver sa place et vivre l’experience de l’école comme un lieu positif de rencontre.

Qu’est-ce que cela vous apporte de côtoyer des personnes porteuses d’autisme ?

Partager des moments avec des personnes autistes m’a montré que dans notre société les échanges et la communication se font surtout par le prisme de la parole alors qu’il existe bien d’autres moyens d’entrer en communication avec l’autre.

Je suis bien plus observatrice de la communication non verbale (mimique, gestuelle etc) dans mon quotidien. De plus, en prenant conscience de l’impact des stimulations sensorielles, je tente d’adapter l’ensemble des informations sensorielles que je transmets (odeur, mouvements, sons..). Ainsi, en considérant plus la communication non verbale et le fait que je puisse être vecteur d’informations sensorielles m’amène à prendre plus en considération ce que leur corps dit de leurs ressentis.



Nadia Bouazzaoui est éducatrice spécialisée depuis 6 ans.
Elle accompagne des enfants TSA âgés de 6 à 10 ans.
Elle a répondu à notre interview afin qu’elle nous explique en détail son métier auprès d’enfants TSA et le déroulement des séances avec ceux-ci 

est chargée des partenariats influenceurs et rédactrice d'articles sur le blog

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