Les neurosciences affectives et sociales portent sur l’activité du cerveau lorsque nous éprouvons des émotions ou sommes en relation avec autrui. Elles ont permis de mettre en lumière la corrélation entre cerveau et émotions et de démontrer que l’empathie et la bienveillance étaient majeures pour le développement et les capacités d’apprentissage de l’enfant. Nous invitant dès lors à repenser les pratiques éducatives et pédagogiques. Explications par la journaliste Patricia Guipponi qui a notamment interrogé la pédiatre Catherine Gueguen.

Catherine Gueguen

Neurosciences, cerveau et émotions

Apprendre dans la joie stimule la mémoire. Lire avec plaisir aide à retenir les mots. Chanter gaiement les tables de calcul mental permet de les intégrer plus facilement. À l’inverse, un déferlement important d’émotion perturbla compréhension. C’est le cas quand nous sommes bouleversés par une désagréable nouvelle. Il est alors difficile de se concentrer 

Ces constats sont scientifiquement prouvés par les neurosciences, disciplines d’étude des mécanismes neuronaux. Celles appelées « affectives et sociales » s’articulent autour de l’interactivité du cerveau et des émotions. Elles sont à différencier des neurosciences cognitives qui observent les mécanismes cérébraux de la perception, la motricité, la mémoire, etc. Les deux sont toutefois en étroite connexion.  

Les neurosciences affectives et sociales démontrent quegrâce à la bienveillance et l’empathie qu’on lui porte, l’enfant déploie au maximum ses capacités d’apprentissage, sa curiosité au monde, aux autres. C’est une découverte majeure pour faire évoluer les méthodes d’enseignement.  

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L’archaïque cerveau du tout petit enfant 

Le cerveau d’un enfant de moins de six ans est dit « archaïque«  : il est commandé par la spontanéité, l’impulsivité, le manque de recul. Il n’est pas mature. Les circuits, qui relient la partie émotionnelle et la partie supérieure de son système cérébral, ne sont pas encore construits. Ses émotions sont vécues avec intensité. C’est le cas lorsqu’il pleure à chaudes larmes et pousse de hauts cris.  

L’enfant ne peut modérer, calmer son excessivité émotionnelle tout seul. D’où la nécessité de l’entourer pour l’apaiser, l’équilibrer. Plus l’adulte sera bienveillant avec lui, plus l’enfant grandira sereinement et aura toute la faculté d’être lui-même empathique. Car il imite grâce à ses neurones miroirs son entourage. C’est son modèle, sa référence.  

Des études en imagerie médicale ont démontré que la même région du cerveau est activée lorsqu’on ressent de la joie et qu’on observe une personne joyeuse. 

Le comportement d’un parent, ou d’un enseignant, a un rôle déterminant dans le processus d’acquisition de l’enfant , observe Catherine Gueguen, pédiatre référente en neurosciences affectives et sociales (1).

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L’empathie, base de la construction humaine

Un enfant compris, soutenu, sera motivé, va s’épanouir dans son milieu familial comme à l’école. Le volume de son hippocampe, partie du cerveau qui gère notamment la mémoire, s’ouvre alors et lui offre une meilleure capacité d’apprentissage. « L’empathie donne à l’enfant une boussole intérieure »souligne Daniel Favre, Docteur en neurosciences et professeur des Université en sciences de l’éducation à Montpellier (2). Le neuropsychiatre, Boris Cyrulnik la définit comme « l’aptitude à se décentrer de soi pour se représenter le monde d’un autre ». Cela suppose une proximité avec l’autre et une distance critique. Ce n’est ni de la sympathie, ni de la compassion.  

Certains parents, ou professeurs, font pression sur les enfants, n’ont pas de mots gentils en croyant bien faireIls pensent qu’en agissant ainsi, l’enfant va mieux se comporter ou travailler. Or, humilier, stresser un enfant ne le fait pas avancer. Réprimé, puni, il va se fermer. Les maltraitancesqu’elles soient verbales et/ou physiques, laissent des empreintes cérébrales qui peuvent entraîner, tout au long de la vie, des crises d’anxiété, de violence, de dépression, des troubles de l’attachement qui rendent les relations aux autres difficiles.  

Les pays nordiques l’ont compris depuis longtemps. « Ce sont des sociétés apaisées. En France, nous sommes en retard, bien qu’il y ait des progrès. On a légiféré en 2019 sur la fessée, qu’il est interdit de donner. Or, l’humiliation n’est pas subie que dans le cercle familial », rappelle Catherine Guéguen.  

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Encourager sans être laxiste  

Encourager les efforts d’un enfant est important. Lui dire qu’il peut progresser toute sa vie, également. « Attention à ne pas le complimenter sans arrêt, c’est contreproductif »Et être empathique ne signifie pas que les limites et les interdictions soient à bannir« Il ne faut pas être laxiste mais savoir dire ‘’Non’’ en échangeant avec l’enfant, lui expliquant pourquoi par des mots simples » 

L’empathie ne se décrète pas. La relation bienveillante avec l’enfant ou l’élève se travaille et s’apprend. Le professeur Daniel Favre soutient que les enseignants doivent être aidés en ce sens. « À la phase d’apprentissage correspond une phase de déstabilisation cognitive et affective et les enseignants doivent être suffisamment formés pour accompagner les élèves durant ce processus ».  

Ainsi, ils peuvent anticiper l’évitement par l’enfant de l’apprentissage ou le fait qu’il apprenne contraint, motivé seulement par une récompense. La notion d’erreur ne doit pas être associée à ce qui est mal mais à quelque chose de normald’inévitable

 On peut se tromper. C’est même indispensable », souligne Catherine Gueguen.

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Développer ses compétences socio-émotionnelles 

La pédiatre est très sollicitée par l’Éducation nationale qui considère avec intérêt les neurosciences. « Beaucoup d’enseignants ont compris qu’ils doivent changer leur façon d’être, intégrer la bienveillance à leur programme ». Plusieurs méthodes et formations existent pour apprendre à développer les compétences socio-émotionnelles : ateliers de jeux de rôle, projection de films suivie de discussion et de mise en pratique autour de l’empathie, etc.  

La communication non-violente est une alternative possible que Catherine Gueguen recommande. Théorisé par Gandhi, cet outil de communication verbale a été élaboré par le psychologue américain Marshall Rosenberg. Il repose sur une série de principes qui valorisent le dialogue, la compréhension et la collaboration mutuelles : ne pas juger lautre, exprimer son ressenti propre et ses besoins, formuler ce que l’on attend d’autrui.  

Des avancées via l’imagerie cérébrale

Les neurosciences affectives et sociales constituent donc un apport extraordinaire dans la connaissance de l’être humain. 

Jusqu’au début du XXIe siècle, on ne savait pas que le cerveau était dévolu en grande partie aux émotions, aux sentiments, aux relations. Bien qu’intuitivement, on s’en doutait », commente Catherine Gueguen.

Au XXe, des travaux de chercheurs, psychologues et neuroscientifiques, avaient fait état de cette possibilité. On les a considérés comme hors de portée des investigations scientifiques car liés aux aspects les plus intimes et subjectifs du fonctionnement mental.  

Il a fallu attendre les progrès en imagerie médicale pour renverser la donne. « Ces techniques d’exploration du corps humain ont impulsé de grandes avancées. Elles permettent d’observer le cerveau lorsqu’il apprend, corrige, fait une erreur », reconnaît Olivier Houdé, professeur chercheur au laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant à la Sorbonne (3). 

Et notre substance grise est avant tout, comme le souligne très justement Hervé Chneiweiss, médecin et chercheur au CNRS (4) « un cerveau émotionnel. Ni complètement rationnel, ni complètement irrationnel. Et nos émotions sont bien le moteur de cette rationalité imparfaite ».


Sources :

(1). Catherine Gueguen, Pour une enfance heureuse’’. Et ‘’Heureux d’apprendre à l’école. Éditions Pocket.
Voir sa conférence sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=np4YyopQ2jY 
(2). Daniel Favre :Transformer la violence des élèves . Et Cessons de démotiver les élèves. Éditions Dunod.
(3). Olivier Houdé : L’école du cerveau. Éditions Mardaga. Et, avec Grégoire Borst : Mon cerveau, questions-réponse’’ (dès 7 ans). Éditions Nathan
(4). Hervé Chneiweiss : Notre cerveau, un voyage scientifique et artistique des cellules aux émotions. Éditions L’iconoclaste.  

Crédit image de Une : Inserm

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Marianne est responsable de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog. Passée par l'édition, la médiation culturelle et l'enseignement, elle aime tout particulièrement aborder des sujets pédagogiques, culturels et d'actualité.

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