Pour de nombreux parents, les repas, qui devraient être un temps d’échange, de partage, de détente en famille sont synonymes d’angoisse et d’énervement. Et lorsqu’un enfant a des troubles alimentaires, une hypersensibilité, ce qui n’est déjà pas évident pour l’ensemble d’entre eux peut devenir un véritable casse-tête et même parfois un crève cœur face au gaspillage alimentaire engendré. Or, on le sait, beaucoup de choses se jouent autour de l’alimentation. Se braquer serait évidemment contre-productif et pourrait amener l’enfant à associer les repas à quelque chose de négatif et de stressant. Comment, dès lors, aborder les repas plus sereinement ? Comment aider nos enfants à devenir plus autonomes face à leur assiette pour nous permettre de profiter, avec eux, d’un vrai moment de partage ? Nos conseils et nos outils pour mettre toutes les chances de son côté !

1. Impliquez-le !

Faire les courses, les menus ensemble

Faire les courses avec son enfant, lui apprendre à distinguer les différentes classes d’aliment, arpenter les marchés au printemps, en été, manger une cerise à la dérobée, lui faire voir toutes ces couleurs, sentir ces odeurs peut être un bon moyen de faire naître en lui une certaine curiosité alimentaire. Les étals sont par ailleurs pour les petits enfants source d’innombrables  découvertes : du vivant, comme on dit à l’école (fruits, légumes, crustacés…), mais aussi des couleurs, des odeurs, et donc une formidable opportunité de développer du vocabulaire, et plus tard, certaines notions mathématiques si on a la bonne idée de faire régler la note à son enfant et de lui demander de calculer combien il doit récupérer en monnaie.

Certains enfants, notamment ceux ayant une hypersensorialité alimentaire peuvent cependant être incommodés par les odeurs de nourriture sur les marchés, qui plus est lorsqu’elles sont mêlées à d’autres. Bien entendu, si tel est le cas pour notre enfant, on tiendra compte de ces particularités sensorielles et on ne l’obligera pas à faire le marché. De la même manière, on évitera avec les enfants ayant une hypersensibilité ou un TSA les hypermarchés trop grands, aux lumières et à la musique trop agressives. Certains supermarchés proposent maintenant des horaires dédiés aux personnes hypersensibles afin qu’elles puissent faire leurs courses dans une certaine sérénité. On pourra essayer de privilégier ces plages horaires (notons cependant que, pour le moment, il faut pouvoir être disponible à ces horaires spécifiques qui ne sont malheureusement pas les plus évidents quand on travaille).

>> Lire aussi témoignage d’une maman : l’hypersensorialité alimentaire

Quoi qu’il en soit, l’idée est d’intéresser l’enfant à ce qu’il va y avoir dans son assiette, à éveiller sa curiosité. Ce qui, comme pour tout, passe par le fait de l’impliquer dans ses découvertes.

On pourra, en amont ou lorsqu’on fait les courses, élaborer ensemble les menus… en faisant, le cas échéant, chacun un pas vers l’autre : OK pour t’acheter ces nouveaux gâteaux, mais tu testes les courgettes dans cette nouvelle recette. Ce n’est pas du chantage. C’est un échange de bons procédés, et que le parent qui n’y a pas eu recours nous jette la première pierre 😉

Les « mettre » en cuisine

Dès son plus jeune âge, nous vous conseillons de mettre votre enfant avec vous dans la cuisine lorsque vous préparerez le dîner. Qu’il vous regarde, participe ou se contente de sentir le repas qui cuit à côté, ses sens seront mis en éveil. L’information « repas » sera déjà là, le préparant sans que personne ne s’en rende vraiment compte, à se mettre à table.

Dès que votre enfant est assez grand, faites-le participer à la préparation et à la cuisson des aliments. Demandez-lui à vous aider ! Invitez-le à sentir, avec son odorat et avec ses mains, à mettre les mains à la pâte au sens littéral du terme ! Gardez à l’esprit que manger, c’est d’abord regarder, sentir, toucher avant de goûter. Et que le palais ne peut apprécier ce que l’œil n’a pas d’abord accepté.

Dans la cuisine, on entretient ces savoureux et fameux petits plaisirs consistant à piquer un petit bout de jambon, de mozzarella (en général tout ce qu’on vient de couper en petits bouts ! ;-)), à manger le gruyère tout juste râpé, le petit bout de pâte à tarte qui dépasse, à lécher le plat… tous ces petits riens qui développent les papilles de nos enfants.

>> Découvrir l’activité d’Adéline du compte @aiyena_ « Faire la cuisine » avec son enfant

Les initier à l’art de la table

Bien sûr, vous n’avez peut-être pas à la maison un nouveau Guy Degrenne, mais les enfants peuvent être très sensibles à la manière dont le couvert est mis, dont les serviettes sont pliées, dont les assiettes sont composées. Et la présentation des repas compte bien entendu dans le plaisir de se mettre à table !

Les inviter à mettre le couvert, c’est déjà les impliquer dans le repas ! Et puis cela permet de travailler de nombreuses compétences : la motricité fine, l’anticipation, le repérage spatial, la numération, le tri, l’anticipation… tout en développant leur autonomie et leur estime de soi. Les enfants ont besoin d’aider et de se sentir utiles. Bien sûr, comme pour tout, il faudra que cela soit pris comme un jeu, une bonne action et non comme une corvée.

Par ailleurs, ne les prenez pas en traître 😉 N’interrompez pas un jeu de la plus haute importance en leur ordonnant d’aller mettre la table. Anticipez ! Annoncez, mieux : affichez en amont qui devra mettre le couvert tel soir. (Vous pouvez le faire avec l’organiseur Hop’Toys). Lorsqu’on a plusieurs enfants, on peut confier au plus jeune la mission d’attraper tout ce qui est sa portée dans les placards (en général, les assiettes, les couverts), tandis que le plus grand attrapera les verres, remplira le pichet d’eau…

Dans cette même démarche, pourquoi ne pas leur confier la présentation de l’assiette de crudités, leur apprendre à plier leur serviette en cygne, en bougie… ? Ils seront très fiers de pouvoir faire preuve de créativité et de vous surprendre. Nous-mêmes ne soyons pas avares de volcans dans la purée, de bonhommes en crème fraîche dans la soupe… faisons du repas un moment de complicité familiale.

>> Téléchargez le set de table Hop’Toys 

2. À table : interrogez vos exigences de bienséance

On arrête la « mitraillette à reproches »

Tiens toi correctement ! Les deux fesses sur la chaise ! Tes coudes ! On mâche la bouche fermée ! Les mains sur la table ! Arrête de parler, mange !

Les repas en famille vous donnent l’impression de vous transformer en « mitraillette à reproches » selon la très parlante expression du site « Soigne ton assiette » ? En police de la répression des mauvais comportements ? Vous rêvez secrètement que quelqu’un invente une pilule à nourrir les enfants ?

Les repas sont avant tout un partage et sont même censés être un bon moment. Plus ils se passeront mal, dans le stress et l’énervement, plus vos enfants les associeront à quelque chose de négatif… et moins ils se montreront coopératifs. Un vrai cercle vicieux. Alors bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire, surtout quand, on a, comme eux, une grosse journée dans les pattes, mais ça se travaille !

On relativise

Souvenez-vous que vous avez aussi été enfant. Souvenez-vous de ce que vous ressentiez lorsque vos parents vous grondaient parce que vous teniez votre tête, mettiez les coudes sur la table, ne mangiez pas… Aujourd’hui, vous vous dîtes qu’ils ont bien fait, que ces remontrances étaient indispensables pour faire de vous un·e adulte responsable, sachant se tenir à table, que sans cela vous n’auriez jamais pu prendre un repas en dehors de chez vous ? Hum… En vérité, les règles de bienséance alimentaire finissent toujours par se mettre en place : avez-vous déjà vu un adulte manger debout au restaurant, mettre ses pieds sur la table ? En revanche, le stress et le ton qui montent petit à petit, poussant vos enfants au défi et vous à la crise de nerfs, n’ont jamais aidé un enfant à mieux manger.

Par ailleurs, ne vous arrive-t-il pas, vous-même, de manger debout, mal assis, sur le pouce, en voiture… bref,  en dehors des règles de l’art (de la table) ?

Que voulez-vous vraiment ? Avoir devant vous de bons petits adeptes de la baronne de Rothschild ou des enfants qui prennent plaisir à être à table avec vous ? Si les deux sont compatibles, tant mieux, vous avez de la chance, mais, dans tous les cas, comme le dit si bien le site Soigne ton assiette :

Choisissez vos batailles, au risque de vous épuiser…[…] chaque enfant selon son âge acquiert la capacité d’intégrer ces règles de bienséance les unes après les autres, au fur et à mesure qu’il grandit…

Ainsi, avec des tout-petits ou des enfants ayant des troubles alimentaires, on tolère les salissures et le repas avec les doigts. On introduira petit à petit l’utilisation obligatoire des couverts. Et on adapte son environnement. 

3. Adaptez votre environnement

L’environnement immédiat du repas peut avoir plus d’importance qu »on ne le croit surtout avec des enfants ayant une hypersensorialité alimentaire. Nous l’avons dit, ils pourront se trouver extrêmement incommodés par des odeurs sur les marchés, mais dans la cuisine, les couleurs, les odeurs, le bruit peuvent également être pour ces enfants des éléments perturbants.

De manière générale, vous pouvez apporter de petits aménagements matériels qui vont aider pendant les repas.

Il gigote tout le temps ? À la bonne heure, les assises dynamiques comme les coussins Dynair peuvent aussi servir dans la cuisine ! De même que les tabourets Tylo. Sur l’un comme sur l’autre, il vous suffira de passer un coup d’éponge pour le nettoyer et ils permettront à votre enfant de rester assis, tout en exerçant ce besoin de mouvement, qui paradoxalement est souvent d’autant plus important que l’enfant est fatigué.

Il fait tout tomber ? Au lieu d’un set de table classique, optez pour un set ou un rouleau Dycem : placé sous les couverts, les assiettes, il les agrippera et empêchera qu’un geste un peu maladroit fasse se renverser toute l’assiette de petit pois !

Les repas durent des heures ? On se met un Time Timer et on prévoit une activité tous ensemble après aussi. En effet, comme nous le verrons, les enfants ont parfois tendance à faire durer les repas pour jouer la montre et prolonger ce temps passé avec leurs parents.

4. Notre enfant et son assiette

Quelle assiette ?

On la choisit avec de hauts rebords et des compartiments. Certains enfants, avec une hypersensorialité notamment, supportent très difficilement que les aliments soient mélangés ou ne serait-ce qu’en contact.

Les hauts-rebords quant à eux empêcheront les débordements, les ventouses sous les assiettes des accidents. Bref, il existe de menus aménagements permettant de se simplifier la vie et les repas, ne vous en privez pas !
Avec les enfants ayant des troubles du spectre de l’autisme ou des difficultés alimentaires, les plateaux Dinner Winner fonctionnent également très bien, qui permettent de motiver l’enfant en faisant du repas un parcours jusqu’à une ligne d’arrivée, où une petite surprise, un petit renforçateur est caché.

Découvrir toutes nos aides aux repas

Quelle portion ?

Alors surtout, surtout, on ne décourage pas les enfants en leur servant des portions trop importantes, inadaptées à leur âge, mais aussi bien sûr à leur appétit et à leur attirance pour certains produits. L’idée est de ne surtout pas les décourager en les effrayant face à tout ce qu’ils auront à ingurgiter (oui parce que dès lors, c’est bien comme ça qu’ils le vivront). Mieux vaut, donc servir de petites portions et resservir son enfant le cas échéant. Et avec les aliments qu’il n’aime pas ou moins, on commence tout doucement et on lui laisse la possibilité de le découvrir tout doucement.

La grande question : doit-on les forcer à manger de tout ? Même ce qu’ils n’aiment pas ?

À manger de tout ? Ici on vous répondra catégoriquement non. Un enfant peut avoir une hypersensorialité alimentaire, une phobie alimentaire, des troubles du spectre de l’autisme, une dysphagie alimentaire, des restrictions spécifiques qui obligeront à agir d’une certaine manière, graduelle, face à son alimentation suivant les conseils d’un professionnel. Certains enfants sont soumis à des particularités sensorielles qui font qu’ils ne pourront pas accepter tel type d’aliment, telle texture, voire telle cuisson (certains ne supportent pas le gratiné).

La question générale qui peut se poser est celle de savoir si notre objectif doit être de lui faire goûter à tout. Évidemment le bon sens voudrait qu’on lui dise qu’il ne peut pas savoir qu »il n’aime pas un aliment sans l’avoir goûté. Mais, encore une fois, avec des enfants présentant des troubles alimentaires, cela ne sera pas si évident. De manière générale, on notera que les stratégies d’introduction d’un aliment, d’abord refusé, seront toujours graduelles, progressives et demanderont aux parents de s’armer de patience.
« Pour qu’un enfant accepte de manger un aliment avec plaisir, il faut passer par différentes étapes comme autant de « marches d’escalier », explique l’orthophoniste Allisson Ricaud, spécialisée dans les troubles alimentaires. Ainsi, avant d’obliger un enfant à goûter un aliment, il doit d’abord pouvoir :

  • le regarder
  • le sentir
  • le toucher
  • le porter au bout de ses lèvres
  • le lécher
  • et enfin le goûter, puis le goûter sans le recracher.

Dans tous les cas, 32 % des enfants ont besoin d’être fortement stimulés pour essayer de nouvelles saveurs.

>> Lire aussi « La néophobie alimentaire » et « Phobies et habitudes alimentaires spécifiques : que faire ? » 

La question des légumes

L’astuce de mettre des légumes en premier dans l’assiette alors qu’il a très faim marche très bien. (J’avoue sur les cubes de concombre, je rajoute un peu de fromage de chèvre pour l’appâter aussi !) (Secrets de nutritionniste)

Et puis les légumes peuvent aussi prendre la forme de spaghettis (de courgettes par exemple, c’est excellent, tout simple et tellement plus marrant pour les enfants. On interroge aussi notre cuisson, l’accompagnement. Un enfant peut ne pas aimer tous les légumes, c’est d’ailleurs probablement votre cas à vous aussi. Du moment qu’il peut trouver l’apport en fibres et en vitamines, dont il a besoin, il n’y a pas de problème à ça.

On a le droit de ne pas la finir son assiette… mais on goûte à tout !

Dans la mesure où l’on a écarté une hypersensorialité alimentaire, une phobie alimentaire, des troubles du spectre de l’autisme, une dysphagie alimentaire, qu’on leur a servi des portions raisonnables, adaptées à leur appétit de manière générale et à leur faim à l’instant T, il semble raisonnable d’adopter cette règle : on a le droit de ne pas aimer, mais on a l’obligation de goûter (très répandue dans les cantines de France 😉 mais d’accepter aussi son corollaire : on a le droit de ne pas finir son assiette.À ce droit-ci certains parents ajoutent une règle très claire : « Si on n’a plus faim pour le plat, on n’a plus faim non plus pour le dessert ». Sur ce point, chacun décidera. Il nous semble, à nous que si l’enfant a raisonnablement mangé de son plat principal, il peut avoir envie, même s’il n’a plus faim pour du salé, de finir son dessert sur un petit goût sucré. Dans tous les cas, le dessert ne doit pas être considéré comme une récompense. Il fait partie du repas au même titre que les autres aliments.

5/ Montrez vous disponible

Les repas à midi sont rarement passés en famille, les petits déjeuners sont souvent vite expédiés ou échelonnés selon les heures des départ des uns et des autres, alors oui, le sacro-saint repas du soir reste souvent le seul repas que l’on puisse partager. Évidemment, chaque famille fera en fonction de ses horaires, de ses envies. Qu’ils soient quotidiens ou non (on peut aussi s’octroyer un repas en amoureux un soir par semaine, ou de temps en temps), le repas du soir est une opportunité de partage et même d’amusement. Au delà de ce que l’on mange, compte autant pendant les repas, notre échange, la qualité de celui-ci, notre complicité.

Si nous veillons à entretenir une ambiance agréable, si nous veillons à ce que chacun prenne du plaisir à être ensemble, chacun se focalisera dès lors beaucoup moins sur le contenu de l’assiette.

Plus l’ambiance sera détendue et agréable et plus votre repas se passera dans la sérénité.

Alors bien-sûr, on oublie les écrans, que ce soient ceux du téléphone ou de la télé, on discute, on se raconte sa journée, on construit une complicité. Plutôt que son portable, on garde un petit carnet et un stylo près de soi pour pouvoir y consigner à la fin du repas une phrase rigolote prononcée par notre enfant, l’anecdote du jour…

On garde à l’esprit aussi que, bien souvent, si l’enfant fait traîner le repas, c’est parce qu’il veut faire durer le moment, le moment partagé, le moment partagé avec ses parents. Alors plutôt que de s’en agacer on se dit qu’il nous aime notre petit et on prend l’habitude de faire quelque chose tous ensemble après le repas : un petit jeu calme, une histoire avant même celle du coucher pour se construire un autre moment de complicité plutôt que de mal faire tourner celui du repas.

Sources :
https://secretsdenutritionniste.com/mes-astuces-pour-des-repas-sereins-en-famille/)
https://soigne-ton-assiette.com/

Marianne est responsable de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog. Passée par l'édition, la médiation culturelle et l'enseignement, elle aime tout particulièrement aborder des sujets pédagogiques, culturels et d'actualité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Taper la réponse pour valider votre commentaire * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.