Parce que les fêtes de Noël risquent d’être – comme toute cette année 2020 –  inhabituelles, voire déstabilisantes, Hop’Toys a souhaité accompagner au mieux les familles d’enfants porteurs des troubles de l’autisme. Jeudi 12 novembre 2020, nous avons donc invité l’association Handilib30, dont nous vous avions déjà parlé sur ces pages, à vous apporter ses conseils de préparation à ces festivités… et de cadeaux ! Des cadeaux adaptés, mais qui leur fassent vraiment plaisir aussi ! Comment les enfants avec TSA peuvent-ils vraiment profiter de Noël ? Que mettre en place pour que tout se passe sereinement ?… (Re)découvrez ici les conseils concrets et avisés des trois éducatrices spécialisées de l’association Handilib30 : Priscilla Desterbecq, Mélanie Franco et Marine Hoogstoel.

Comment anticiper Noël dans une situation incertaine ?

Prévenir son entourage

Les enfants avec autisme ont tout particulièrement besoin d’anticiper, de préparer… Alors, comment faire en cette année particulièrement incertaine. La première chose à conseiller aux familles est de décompresser, de « déstresser », explique Marine. En effet, les fêtes seront sans doute différentes cette année, mais peut-être permettront-elles de se rapprocher de l’essentiel de ce qu’est vraiment Noël, de l’esprit de famille, du fait d’être ensemble, sans forcément toutes les sollicitations qu’il peut y avoir habituellement. D’habitude, l’association conseille d’anticiper le fait de se rendre chez des amis ou de la famille, car cela est compliqué pour l’enfant avec autisme puisque cela change ses repères, son environnement. Marine invite donc les parents à prévenir leurs amis ou leur famille que leur enfant a des troubles du spectre de l’autisme, à demander s’il pourra se mettre dans une pièce à l’écart, au calme, si l’on peut amener son propre repas avec ses propres couverts, ce qui va le rassurer… On prend donc le temps de discuter de tout cela.

C’est aussi ça l’esprit de Noël : l’inclusion, le partage, la solidarité.

S’appuyer sur des supports visuels

Que ce soit pour se rendre dans la famille ou pour décorer la maison, on va s’appuyer sur des supports visuels particulièrement appréciés par les enfants avec TSA. Priscilla Desterbecq conseille de faire une bande d’images, de pictogrammes pour expliquer les étapes de la décoration du sapin permettra de cadrer, de structurer ce moment-là et de rendre ce moment soit plus plaisant en évitant la surexcitation. On va également structurer l’espace, tout préparer, ouvrir les boîtes, pour éviter l’impatience qui peut générer des comportements dits inadaptés.

Pour aller dans la famille ou chez des amis, idem, on pourra prévoir un séquentiel visuel (avec les enfants qui peuvent discriminer les images) : on va chez des amis, l’enfant pourra jouer, il y aura un temps de repas, il pourra jouer à nouveau (car le repas dure toute la soirée ce qui peut être perturbant), le moment des cadeaux (qui pour éviter l’impatience peut être fait au début ou tout au long de la soirée…) et le fait qu’on va rentrer à la maison, ce qui donne une échéance importante pour lui.

Si une pièce peut être dédiée à l’enfant, on pourra emporter une photo de lui et la coller sur la porte pour lui permettre de se repérer. Idem : on pourra mettre un pictogramme des toilettes sur la porte. De manière générale, l’éducatrice conseille d’emporter avec soi des pictogrammes pour permettre à l’enfant de demander plus facilement, d’échanger plus facilement.

Ceinture, tablier, classeur, bande phrases : des supports pratiques et légers pour les séquences visuelles

Images, pictogrammes ou photos, on utilisera bien sûr ce qui convient le mieux à l’enfant. Avec les enfants qui ne peuvent pas discriminer, on peut utiliser des objets pour porter un message : une fourchette pour le temps du repas, un petit bout de papier cadeau pour le temps des cadeaux, etc. Au lieu de faire sa séquence de manière imagée, on mettra ces objets dans une boîte type boîte à chaussures dans laquelle on fait des petits compartiments et on les présente à l’enfant pour lui expliquer ce qui va se passer maintenant.

Cette structuration peut être faite de manière créative !

Ce type de séquence est très parlant et très porteur aussi, précise Marine ! Les enfants ont vraiment la faculté de faire des liens et des associations, ajoute Mélanie Franco. Ils peuvent aussi faire des liens entre un objet et une personne (par exemple associer une personne à un doudou, parce qu’il aura joué avec ce doudou chez cette personne). Cette compétence d’association est vraiment à exploiter.

Jour J : comment faire que ça se passe bien ?

Noël se passe à la maison : mon espace est envahi. Comment y préparer l’enfant ?

Marine conseille d’apporter les modifications à l’environnement de l’enfant progressivement. On ne fera pas par exemple le sapin, sa décoration complète, la crèche, etc., le même week-end. On pourra y aller petit à petit, comme sur le principe d’un calendrier de l’Avent : en ajoutant une petite stimulation, un petit objet chaque jour. Cela permettra d’observer les réactions de l’enfant face à ce changement-là et, au besoin, de réajuster.

Avant l’arrivée de la famille ou des amis, on pourra montrer des photos des invités à l’enfant en lui expliquant qui va venir, s’appuyer sur des livres. On ne l’obligera pas à rester tout le temps au milieu de tout le monde, de toute l’agitation, on lui autorisera des aller-retour dans sa chambre, dans son coin ressource, on ne forcera pas l’enfant à faire un bisou (pour quelque enfant que ce soit d’ailleurs) ni le contact physique. On respecte ce temps-là de l’enfant.

>> Voir aussi : Comment créer un coin repère, un coin refuge

Comment expliquer Noël et sa dimension symbolique, culturelle

Noël est vraiment un moment magique, explique Mélanie, et en effet, de fait, très symbolique. Les enfants porteurs de TSA n’ont pas accès à cette symbolique. Il est donc important de simplifier les choses ; leur parler d’un traineau dans le ciel ne sera pas magique pour eux, mais angoissant parce qu’ils n’auront pas accès à cette dimension symbolique. Il faudra donc penser à rester terre-à-terre pour les rassurer et leur éviter d’imaginer des choses qui pourraient devenir des angoisses. Chacun connaît son enfant et sait jusqu’où il peut aller par rapport à toute cette symbolique, mais on évitera de trop en faire autour de cette magie de Noël. On essaiera d’en faire quelque chose de rassurant et d’enveloppant en ne dispersant pas l’esprit vers l’extérieur. Priscilla rappelle que les enfants et ados avec TSA sont dans une recherche de plaisir. Le simple fait de regarder une lumière, de recevoir des cadeaux va leur procurer du plaisir. Donc sachons rester très simples sur les valeurs de Noël, restons dans le concret, dans ce qui est « touchable », observable.

Les surstimulations pendant la célébration de Noël elle-même

Marine le redit : à la maison, on laisse l’enfant avoir accès à sa chambre, à son lieu ressource quand il le souhaite, être en pyjama s’il préfère, manger tôt. On restera ce soir-là sur des choses connues, ritualisées. On mise sur le confort plutôt que d’obliger l’enfant à se mettre sur son 31.

L’idée est aussi de pouvoir, en tant que parent, passer une bonne soirée, sinon, eux ne passeront pas une bonne soirée. On laissera l’enfant accéder aux jouets, aux objets qui lui font du bien et, au contraire, on mettra hors de sa portée les objets avec lesquels il ne faudrait pas qu’il joue à ce moment-là pour ne pas être obligé d’intervenir à tout bout de champ alors qu’on sera occupé.

Et surtout : on mise sur la simplicité, conseille Marine ! Et Mélanie vous le rappelle : oubliez le regard des autres !

Si on passe Noël à l’extérieur, on pourra amener sa bulle, son coin repère avec soi sous la forme d’une tente pop-up. D’ailleurs celle-ci peut vraiment faire l’objet d’un cadeau en soi précise Marine. On ajoute dans cette cabane ou ce tipi, une couverture, une lumière tamisée, des doudous, quelques fidgets , cela peut s’amener dans n’importe quelle maison !

On amène facilement sa bulle avec soi avec la cabane espace blanc, des fidgets, une couverture sensorielle, la peluche chat sensoriel et de petits projecteurs.

L’ouverture des cadeaux

Autre astuce pour le jour J apportée par Handilib30 : on évite de donner tous les cadeaux d’un seul coup, ce qui pourrait faire que l’enfant ne s’y intéresserait pas. On donnera plutôt les cadeaux petit à petit au fil de la fête, on prendra l’enfant avec soi pour lui expliquer ce que c’est, comment cela fonctionne. On aura anticipé en vérifiant que les piles soient incluses, éventuellement on aura défait le carton pour que l’enfant puisse jouer et éviter ainsi toute frustration.

Comment faire plaisir avec un jouet néanmoins adapté ?

L’avis des professionnel·le·s

Il y a la notion de se faire plaisir à soi et de leur faire plaisir à eux. Donc il faudra échapper à cette tendance que l’on peut avoir de ne leur offrir que des jeux pour les faire progresser. Pour les enfants avec TSA, on privilégiera les cadeaux sensoriels. Vous pourrez demander aux professionnel·le·s qui accompagnent votre enfant de vous aider à trouver les stimuli qu’ils recherchent.

Des jouets pour s’auto-stimuler et aiguiser leurs sens

On pourra opter pour des jeux stimulants tel ou tel sens, encore une fois en fonction des préférences de l’enfant. Ces petits cadeaux adaptés peuvent en outre être donnés tout au long de la soirée. Si à un moment, il y a un peu trop d’agitation et qu’on a prévu l’oreiller musical, on l’offrira à ce moment-là ; si à un moment, on veut plutôt permettre à l’enfant de se mettre dans l’ambiance de la fête, on lui offrira un jouet lumineux. Ceux-ci sont très importants pour les enfants avec TSA, il sont, rappelle Priscilla, une des bases quand on travaille la communication, les renforçateurs. À un enfant qui fait tomber des choses sur le sol pour faire du bruit, on pourra offrir les œufs sonores ou musicaux. Autrement dit, on offre des objets à l’enfant qui ne seront qu’à lui et dont il pourra se servir pour s’autostimuler, pour sentir son propre corps, sans danger. Cela peut être avec un objet de massage comme la coccinelle de massage ou avec le produit chouchou de nos trois expertes : le gel multisensoriel qui va éveiller tous les sens !

En général, les enfants, même les plus craintifs, adhèrent, explique Mélanie. Ce gel va lui faire plaisir à lui, mais va aussi permettre de créer un lien avec l’enfant. S’il n’est pas très tactile et n’aime pas donner la main, il sera plus enclin à le faire pour faire crépiter la mousse entre sa paume et la vôtre. La mousse va agir comme un médiateur. Elle permet aussi de faire des jeux pour se toucher la tête, les pieds. En plus d’être sensoriel, ce sera là un cadeau très éducatif qui va motiver l’enfant à explorer son corps.

Des jeux pour s’autoréguler et apaiser ses sens

Des outils vont permettre de mettre les sens au repos, ce qui sera indispensable en cas de trop-plein d’agitation pour que l’enfant ne fasse pas une crise et puisse se recentrer. D’ailleurs dès qu’ils ont compris que ces outils leur faisaient du bien, les enfants en sont demandeurs, vont les chercher d’eux-mêmes. Ces outils, ce sont notamment le casque anti-bruit, le Time Timer ou la montre Time Timer qui vont permettre de délimiter le temps. En effet, quand on s’auto-stimule rappelle Priscilla, cela peut être difficile de revenir auprès de ses pairs.

Casque anti-bruit et ses capuchons pour le customiser, Time Timer (ici plus) et montre Time Timer : des cadeaux indispensables pour s’auto-réguler à ne pas hésiter à utiliser le soir de Noël !

Des jeux de société… à ne pas hésiter à détourner !

Il ne faut pas hésiter à offrir des jeux de société sous prétexte que l’enfant ne pourrait pas suivre strictement les règles, explique Priscilla. On peut adapter un jeu, ce n’est pas mal ! Un jeu peut avoir plein d’objectifs différents. Par exemple, avec Mon premier verger ou Le verger, on pourra travailler la motricité fine en posant les différents éléments sur les arbres, le respect de la consigne en demandant à l’enfant de passer le fruit rouge, etc. Priscilla conseille aussi d’élaborer à l’aide de pictogrammes et de dessins, des consignes visuelles, des règles du jeu en images ! Ajouter du visuel va donner plus d’attrait au jeu et contribuera à mettre l’enfant en réussite. Et puis, bien entendu, cela favorisera aussi le jeu en fratrie en favorisant un climat de partage.

Mon premier verger et Le verger : des jeux de coopération… mais pas seulement

Les jeux d’inspiration Montessori

Pour Mélanie qui est formée à la pédagogie Montessori, cette approche est vraiment adaptée au développement de l’enfant. Le matériel Montessori est souvent bien fait, car il permet d’isoler les compétences ou les difficultés : on va faire une chose à la fois.

La boîte à secret (ou boîte à formes tactile) : avec ce classique, on va affiner le sens tactile en discriminant les objets entre eux pour retrouver tel ou tel objet. C’est un outil qui permettra de mettre en place des évolutions dans le jeu, de travailler le vocabulaire. On pourra y jouer, frère et sœur, à tour de rôle. C’est un jouet qui plaît, car qui fait appel à la curiosité et qui favorise l’adaptation à l’environnement en jouant sur la mémoire corporelle.

Les pinces du plateau d’activité Montessori qui vont permettre de « travailler » la motricité fine, la préhension vont également énormément favoriser la concentration.

Autre classique, les cadres d’habillage qui eux aussi isolent une difficulté. Le fait de répéter le même geste permet au corps d’ancrer cette compétence avant de la généraliser.

Cadres d’habillage, boîte à formes tactiles ou à secret, jeu de pinces : des classiques Montessori pour travailler une compétence à la fois… en s’amusant !

Favoriser les jeux entre enfants non verbaux

Pour favoriser le jeu dans entre des enfants porteurs d’autisme et non verbaux, on travaillera d’abord sur l’environnement, recommande Marine, en mettant en place un environnement calme, très épuré, sans télévision, sans musique.

Le jeu passera alors surtout par de la manipulation, des jeux de construction, d’empilage, des jeux créatifs, des jeux qui vont pousser à se regarder et à s’imiter.

Jeu d’assemblage 3 d rubius, Tour rose Montessori, Cubes transparents arc- en-cielPiks : autant de jeux de construction auxquelles les fratries avec un enfant non verbal pourront jouer ensemble !

Les lotos et les mémos qui vont faire appel à la compétence visuelle très développée chez les enfants avec TSA seront également à privilégier. Sensoriels, tactiles, sonores, sur les animaux, la nature, le quotidien, les émotions… il y en a pour tous les goûts, tous les âges, toutes les envies sur le site d’Hop’Toys. Ici : Maxi-memory tactile de la natureMaxi loto animaux, Mémo meuh, Mémo diabolo, Tactilo loto

Revoir l’intervention d’Handilib30 en vidéo

Faire plaisir à un enfant avec des troubles de l’autisme


L’association Réseau Handilib30 est composée de 3 professionnelles du secteur médico-social formées aux dernières méthodes de prises en charge des TSA :
Priscilla Desterbecq, éducatrice spécialisée formée en Belgique, exerçant en libéral depuis plusieurs années, formée entre autres aux particularités sensorielles, et trésorière de l’association.
Mélanie Franco, éducatrice spécialisée exerçant en libéral, formée à la méthode Montessori, vice-présidente de l’association
Marine Hoogstoel, éducatrice spécialisée, exerçant en libéral et en établissement, formatrice et présidente de l’association.

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Marianne est responsable de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog. Passée par l'édition, la médiation culturelle et l'enseignement, elle aime tout particulièrement aborder des sujets pédagogiques, culturels et d'actualité.

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