La grammaire est souvent, pour les jeunes élèves (comme pour les moins jeunes d’ailleurs), un domaine complexe et particulièrement abstrait. Difficile de comprendre la notion de nature grammaticale et encore plus, d’utiliser le métalangage qui s’y rapporte. Résultat ? Des élèves qui développent une aversion pour cette discipline, pourtant ô combien nécessaire pour la compréhension des textes lus et la production d’écrits. Dans cet article, Morgane, maîtresse en dispositif ULIS-école (que vous connaissez sans doute mieux sous le nom d’Alice en ULIS) vous propose un petit tour d’horizon des activités qu’elle met en place pour aider les élèves à besoins particuliers à comprendre et à s’approprier les notions de grammaire. Avec les symboles Montessori !

L’intérêt des symboles issus de la pédagogie Montessori

Après avoir essayé plusieurs stratégies d’entrée en grammaire, je me suis laissé tenter par les symboles développés par Maria Montessori dans la pédagogie éponyme. Mais pourquoi avoir choisi d’introduire ces drôles de petits bouts de bois colorés dans le quotidien du dispositif ?

Voici une liste non exhaustive des principaux avantages que je vois à les utiliser avec les élèves à besoins particuliers (et avec les autres aussi d’ailleurs !).

L’approche multisensorielle

Si vous suivez mes aventures en ULIS sur mon blog ou les réseaux sociaux, vous savez que je suis une adepte du « do-it-yourself », DIY pour les intimes. Pourtant, j’ai choisi d’investir dans deux coffrets de symboles en bois. Pourquoi avoir fait ce choix, alors que du carton peint ou du bristol plastifié aurait pu convenir ? Pour justement ne pas perdre la composante multisensorielle de ce matériel ! D’ailleurs, à l’origine, les symboles sont des solides : pyramide pour le nom, boule pour le verbe… Les élèves les manipulent ce qui permet un ancrage des concepts via différents canaux et notamment via la composante kinesthésique.

>> À lire aussi : 8 conseils pour suivre la pédagogie Montessori

Des symboles dont les formes et les couleurs permettent de mémoriser les liens entre les mots

En 3D, le nom est symbolisé par une pyramide, solide très stable, qui témoigne du peu de changements subis par celui-ci. A contrario, le verbe est une boule, très peu stable, qui va changer en fonction du sujet, du mode, du temps.

En 2D, le nom commun, symbolisé par un grand triangle noir, est accompagné par son déterminant, symbolisé par un petit triangle bleu clair. Et pour le nom propre : un triangle noir qui intègre un petit triangle bleu et rappelle que le nom propre n’a pas de déterminant. L’adjectif qui donne des précisions sur le nom est, lui aussi, symbolisé par un triangle légèrement plus grand et plus foncé que celui du déterminant.

Chaque symbole a donc été minutieusement choisi par Maria Montessori et se prête particulièrement bien à l’utilisation de moyens mnémotechniques. Quelques exemples ? La boule rouge roule… Rouler est un verbe, il témoigne d’une action.

Les trois triangles vont ensemble : le petit triangle symbolise le déterminant, souvent un petit mot qui accompagne le nom. L’adjectif « copie » le nom : il est également symbolisé par un triangle et s’accorde avec lui en genre et en nombre.

Des symboles qui évitent la double tâche

Souvent, à l’école, l’analyse grammaticale se fait à l’écrit : souligner, colorier, dessiner des flèches pour matérialiser les liens entre les mots… Si parmi les lecteurs de cet article se trouvent des latinistes, je suis sûre qu’ils se souviennent de la complexité que peut atteindre une analyse grammaticale. Cet exercice peut s’avérer cauchemardesque pour des élèves qui ne sont pas encore très à l’aise avec leur règle ou avec le coloriage.

En outre, si pour la plupart des élèves souligner ou colorier se fait sans trop de difficultés, certains élèves à besoins particuliers (EBP) sont extrêmement pénalisés par ces consignes qui induisent une double, voire triple tâche, que leur cerveau n’est pas capable de gérer. Ainsi, échouer à ce genre d’exercice ne sera pas forcément dû à une non-maîtrise de la leçon. Ceci nous ramène à l’utilisation des symboles Montessori. Il suffira à l’élève de déposer le bon symbole sous chaque mot. Il pourra ainsi se concentrer entièrement sur la recherche du verbe ou des noms, sans être envahi par la tenue de sa règle ou de son stylo.

Grammaire Montessori : analyse de la phrase

>> À télécharger : La grammaire avec les symboles Montessori

Des symboles qui permettent de dédramatiser l’erreur

En plus de les libérer de la double tâche, voici un autre avantage des symboles Montessori : la possibilité de s’essayer, de se tromper, de corriger sans laisser de traces. Cela peut paraître anodin, mais le rapport à l’erreur est très complexe chez certains élèves. Il l’est encore plus pour les élèves à besoins particuliers, leur estime de soi étant bien souvent diminuée. Le fait de pouvoir déplacer les symboles sans laisser de traces de l’erreur est donc particulièrement intéressant avec ces élèves. On essaye, on enlève, on recommence, on réfléchit parfois à plusieurs…

Petite astuce ? Écrire les phrases en grand pour faciliter la disposition des symboles. Pour mes élèves, je plastifie les phrases de dictée de leur permettre de travailler l’analyse grammaticale en ateliers autonomes dans le cadre de leur plan de travail.

Et l’aspect ludique dans tout ça ?

À chaque fois que j’introduis ces symboles, je suis étonnée de l’accueil que leur réservent les élèves. S’il faut quelque temps à certains pour mémoriser leur signification, les symboles sont  très vite plébiscités par les élèves. Les exercices d’analyses grammaticales des plans de travail n’ont jamais eu autant de succès !

Exemples d’activités avec… les pictogrammes

Dispositif ULIS-école oblige, toutes les activités que je propose et qui utilisent les symboles Montessori sont adaptées aux troubles et difficultés de mes élèves. Je pourrais vous parler de mon utilisation des symboles sur les cartes à pince, les leçons ou les affichages, mais dans la suite de cet article, je voudrais me focaliser sur une combinaison des symboles avec un autre outil dont j’use et abuse au quotidien : les pictogrammes !
Les pictogrammes sont sûrement les outils que j’utilise le plus dans mes activités : production d’écrits, lecture-compréhension et… grammaire ! Voici donc quelques exemples d’activités qui utilisent ces deux outils, pour le bénéfice de tous les élèves.

Analyse de phrases au tableau en utilisant les symboles de grammaire Montessori

>> À lire aussi : Développer l’autonomie avec Montessori

Tri des pictogrammes selon qu’ils symbolisent un nom ou un verbe

Grâce aux pictogrammes, la notion d’action est rendue plus « visuelle ». L’utilisation de pictogrammes permet aux élèves en grande difficulté de lecture d’entrer dans la grammaire, et pourquoi pas, de pouvoir suivre cet enseignement en classe de référence. Une grande partie de cet exercice peut même se faire à l’oral.

Identification du nom et du verbe dans des phrases simples

Pour s’aider, l’élève peut se servir des pictogrammes triés précédemment pour bien comprendre le sens de la phrase. J’utilise également nos anciennes « dictées-picto » comme support d’activité pour m’affranchir de la composante « lecture » de l’activité (et donc de la double tâche qui pénalise tellement les EBP).

Des pictogrammes jusqu’au CM2

Combiner symboles Montessori et pictogrammes n’est pas une stratégie réservée aux plus jeunes. Même avec les plus grands, qui se préparent pour le collège, cela peut s’avérer une stratégie payante. En effet, ils allègent considérablement les supports et aident à la compréhension des consignes. Depuis 2 ans, nous utilisons cette stratégie via notre porte-clefs « Champion de dictée » pour travailler la chaîne des accords dans la phrase lors de la relecture.

Télécharger les fiches :

La grammaire Montessori


8 planches A4 à imprimer sur du papier épais.

Les symboles grammaticaux Montessori


Si la blogosphère me connaît sous le nom d’Alice, je suis « maîtresse Morgane » pour mes élèves. Que dire de plus ? J’ai 33 ans (même si mes élèves m’en donnent régulièrement 80) et suis maman de 3 enfants. Je me suis reconvertie dans l’enseignement il y a six ans alors que je finissais mon doctorat en Sciences de la vie et de la santé.

Ce parcours universitaire atypique est sûrement à l’origine de mon intérêt pour les neurosciences, les pédagogies alternatives et mon choix de m’orienter vers l’enseignement spécialisé. Titulaire depuis juin 2019 du CAPPEI, le Saint-Graal des enseignants spécialisés, je viens de faire ma cinquième rentrée dans ce que j’appelle affectueusement « mon » ULIS, au sein d’une équipe qui donne tout son sens et toute sa place à l’école inclusive.

Depuis 4 ans, je partage mon quotidien de PE en ULIS et mes créations d’ateliers sur mon blog Alice en ULIS ainsi que sur les pages associées sur les réseaux sociaux.

Vous trouverez plus d’informations sur son site web : www.aliceenulis.eklablog.com.

Son Instagram : @aliceenulis

Sa page Facebook : Alice en ULIS

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Alexandra est chargée des partenariats influenceurs et rédactrice d'articles sur le blog.

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