L’orthopédagogie est un domaine de connaissances et d’intervention qui vise l’évaluation, la prévention, la remédiation des difficultés d’apprentissage, que celles-ci soient ou non liées à des troubles. L’orthopédagogie permet à chacun de surmonter ses obstacles et de développer au mieux ses potentialités. Cette pratique prend appui sur la recherche en sciences de l’éducation (pédagogie, didactique…) et en sciences cognitives (parmi lesquelles les neurosciences). De nombreux enseignants se forment aussi à l’orthopédagogie, afin de modifier leurs pratiques de classe. Christelle Coronet est enseignante-orthopédagogue en CE1-CE2 et Vice-présidente de l’UOF ; Virginie Galière est directrice d’école et enseignante-orthopédagogue en CM1-CM2. Toutes deux nous font part de leur expérience de l’orthopédagogie en classe et de ses apports dans l’accompagnement des élèves.

Les enseignants et l’orthopédagogie

De nombreux élèves ont besoin d’un accompagnement individuel pour retrouver l’envie d’apprendre, découvrir leurs potentiels, connaître leur fonctionnement pour réussir, trouver de l’aide dans leurs apprentissages, acquérir des outils, des méthodes, des stratégies, gagner en efficacité et autonomie. Ainsi l’orthopédagogie est une activité professionnelle qui, ces dernières années, se développe de plus en plus en cabinet libéral. Mais de nombreux enseignants se forment aussi à l’orthopédagogie, afin de modifier leurs pratiques de classe. C’est ce qu’on fait Christelle Coronet et Virginie Galière.

Virginie et Christelle ont fait partie des premières personnes formées par UOF. L’association avait vocation à l’origine à défendre, promouvoir l’orthopédagogie et former des orthopédagogues. Quelques années plus tard, la formation est aujourd’hui décalée au sein de l’École Française d’Orthopédagogie. UOF s’occupe toujours de promouvoir et faire connaître l’orthopédagogie et les orthopédagogues. Pour se faire, les orthopédagogues qui souhaitent adhérer signent une charte visible sur le site UOF. Christelle et Virginie présentent ici leur approche orthopédagogique dans leur classe, dans la lignée de cette charte orthopédagogique.

Je manquais de connaissances sur le fonctionnement de l’élève apprenant »

« Les enfants sont des énigmes lumineuses », nous dit Daniel Pennac. Forte de cette vérité, je tente au quotidien d’utiliser ma formation d’orthopédagogue pour aider chacun de mes élèves explique Christelle. J’ai choisi de me former sur mon temps personnel car l’IUFM m’a apporté des connaissances essentiellement didactiques. Malgré mon expérience en classe, je manquais cruellement de connaissances sur le fonctionnement de l’élève apprenant. Et l’orthopédagogie emprunte la voie du « comment » : comprendre comment fonctionne l’élève et avoir accès à sa capacité d’apprendre pour transmettre des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être.

Être enseignante orthopédagogue, c’est gérer un groupe d’une vingtaine d’élèves

Ainsi donc, être orthopédagogue en classe est une facette de l’orthopédagogie à part entière, car contrairement à mes collègues en cabinet, j’ai un collectif à gérer. Cette difficulté s’accompagne d’un programme scolaire à transmettre en dix mois. Cependant, la dynamique de classe, l’énergie du groupe et les résultats concrets dans le parcours scolaire sont des moteurs formidables.

En classe, l’orthopédagogue va évaluer le potentiel de chaque élève pour prendre appui sur ses réussites et s’en servir pour élaborer des stratégies positives.

Formé aux neurosciences, aux troubles d’apprentissage, c’est aussi celui qui va rencontrer les parents, les rassurer et les orienter vers le psychologue scolaire, des thérapeutes si nécessaire, pour détecter un trouble, qui, une fois identifié par un diagnostic médical, sera une explication rationnelle aux difficultés rencontrées.
En classe, l’enseignant orthopédagogue tente, malgré le nombre d’élèves important (nous rêvons tous d’une classe à 15 pour une pédagogie efficace pour tous !), de mettre en place des stratégies cognitives, des outils adaptés pour que chaque élève progresse.

Comme en individuel, c’est le potentiel de chaque élève qui est mis en avant. Cependant, il faut accepter de faire autrement en collectif. Il faut accepter que les élèves qui seront accompagnés n’iront pas aussi vite que s’ils avaient été en prise en charge individuelle et ça, c’est un paramètre très important.

>> Lire aussi : Mieux apprendre grâce aux neurosciences

Comprendre le fonctionnement du cerveau

En classe, mon rôle est avant tout de la prévention orthopédagogique : les premières séances sont dédiées longuement au fonctionnement du cerveau. Avec mes élèves, nous construisons des réseaux neuronaux pour comprendre les possibilités infinies des connexions. Ils comprennent également comment fonctionne leur cerveau.

Dans cet album de vulgarisation scientifique pour les enfants, la psychologue JoAnn Deaket invite les enfants à découvrir l’anatomie et le fonctionnement de leur cerveau.

L’orthopédagogie en classe…. une pratique que se réinstalle à chaque rentrée.

Tout d’abord notre climat de classe se doit d’être serein, explique Virginie. L’enfant, qui a intrinsèquement envie d’apprendre, investit une posture d’élève qui prend en main son apprentissage, se connait pour mettre à profit toutes les pistes, les astuces proposées par l’adulte.

La pédagogie positive s’est invitée dans la classe il y a de cela plusieurs années et engendre des élèves conscients de leurs actes, une maitresse heureuse qui n’est pas gendarme mais transmetteur de savoir.

Chaque acte de bienveillance, chaque effort est valorisé : finies les punitions, les cris dans la classe.

Ensuite, dès le début d’année, une séquence sur le fonctionnement du cerveau installe la notion de neuroplasticité. Certains élèves se représentent le cerveau comme une boîte où les zones sont spécifiquement dédiées aux apprentissages scolaires : il y a la zone des mathématiques, celle du français, il y a une case mémoire….. D’autres ont une vague idée de réseaux de connexions qui partent généralement du centre…. Apprendre à connaitre ses émotions, à retrouver son calme à l’aide de la cohérence cardiaque, comprendre comment fonctionne son cerveau sont des leviers indispensables pour mettre en place des stratégies, saisir l’utilité des réactivations du soir (leçons à revoir, tables à mémoriser encore et encore pour des connexions neuronales « solides »), des rituels quotidiens…

Car la mémorisation les intéresse vraiment. Tracer les chemins dans notre cerveau comme dans une forêt, s’entrainer pour réussir (M’Bappé a dû beaucoup s’entrainer pour devenir champion du monde !), rire, rire beaucoup pour se souvenir, imaginer des mots dessinés, mimer des règles de conjugaison et jouer avec son corps l’histoire des petits choux sur les genoux qui lance des cailloux…

De plus, grâce à des programmes comme ATOLE [1], protocole présenté par Jean-Philippe Lachaux, chercheur à l’INSERM de Lyon, les élèves sont sensibilisés à l’attention. Malgré leur jeune âge, ils connaissent l’importance d’être en « contact » avec l’enseignante au moment des consignes, dans les périodes d’apprentissage et c’est un vrai atout au quotidien.

>> En savoir plus sur le programme Atole

Christelle rappelle :

Enfin, l’équité se doit d’être au cœur de l’enseignement. Nous travaillons pour tous les élèves, nos classes sont composées d’élèves dys, inattentifs, hauts potentiels, autistes, atypiques….. et l’orthopédagogie nous aide à mettre en place des outils adaptés à chaque profil d’apprentissage. Pas toujours simple,  mais des graines sont modestement semées au cours de l’année scolaire.

Dans la classe, nous avons le « coin de l’orthopédagogie » comme il existe le coin des maths ou du français avec nos cerveaux en 3D, notre bibliothèque avec les ouvrages importants, les jeux…

Mon rôle est aussi dans l’accompagnement des élèves à développer leurs fonctions exécutives. Chaque élève sait exactement là où il est en difficulté et là où il est en réussite. Il sait donc ce qu’il doit travailler. Cette approche est accompagnée de temps de jeux de société qui donnent un climat différent à la classe.

>> Lire aussi : Neurosciences et fonctions exécutives

Un autre point que je trouve intéressant, c’est que l’on peut proposer des outils qui fonctionnent avec tout le monde : la carte mentale, les post-its de réactivation, la lampe frontale pour l’attention… Nous pouvons également effectuer des dialogues orthopédagogiques pour mieux comprendre le fonctionnement de tel élève, et l’aider à faire autrement. Pour aller plus loin, nous pouvons également prendre du temps individuel sur les temps d’APC.

Infographie - Compétences exécutives


Infographie à imprimer sur un format A4

Je propose également un accompagnement aux parents, en proposant des ateliers, où j’explique comment accompagner son enfant à la maison, sur les devoirs.

Toutes ces petites graines semées, permettent de montrer à tous l’importance de notre métier. Je suis convaincue aujourd’hui que nos écoles françaises auront besoin d’orthopédagogues dans les établissements.

À quand les écoles pilotes françaises « orthopédagogiques » ?

Du matériel de classe pour travailler avec chaque profil d’élève

Voilà quelques outils qu’il serait idéal d’avoir dans toutes les classes…

  • des jeux de société, de construction, sensoriels, des cubes, car manipuler, jouer permet un plaisir dans l’apprentissage. J’imagine des ateliers de jeux pour entraîner les fonctions exécutives et réactiver les notions déjà abordées en mathématiques, des temps libres où chacun peut stimuler son imaginaire, échanger sur son raisonnement cognitif.
  • des outils pour travailler les différentes mémoires…. J’imagine la mémorisation des mots d’orthographe avec des lettres mobiles, des dessins d’orthographe illustrée, des chansons sur les tables de multiplication…
  • des Timer, des tabourets spécifiques, des écrans de concentration pour aider les élèves souffrant de TDA/H ou d’attention déficitaire,

Toobaloos, pupitres inclinés

  • des balles anti-stress, des cartes émotions, des avale-soucis pour aider les élèves anxieux toujours plus nombreux…. Pourquoi ne pas proposer la météo des émotions lors de rituels, la possibilité de laisser les pensées émergentes en dehors de la classe pour faciliter l’attention…

Avale-soucis HT3544.1, Loto des émotions HT7306, Balle anti-stress HT6266

  • des idées pour accompagner les enfants dys/HP, TDA…. pour former les enseignants,
  • et du temps ! Du temps de lecture, d’échanges de pratiques….

L’orthopédagogie, c’est aussi ça : être consciente du potentiel de chacun et essayer d’amener l’apprenant à trouver ses propres ressources pour réussir. », conclue Christelle

[1] https://www.reseau-canope.fr/notice/ameliorer-lattention-a-lecole-programme-atole.html

Marianne est responsable de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog. Passée par l'édition, la médiation culturelle et l'enseignement, elle aime tout particulièrement aborder des sujets pédagogiques, culturels et d'actualité.

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