Alors que les familles des élèves à besoins éducatifs particuliers, joliment labélisés « EBEP », portent avec force, courage et foi le mot inclusion depuis des années, cette semaine particulière des troubles DYS et du TDAH me donne l’élan de faire la lumière sur les impacts néfastes de la non prise en compte des spécificités d’apprentissage de ces élèves. Car l’inclusion demande des ressources humaines, pédagogiques et organisationnelles importantes qui, malgré toute la bonne volonté du monde, ne sont pas toujours au rendez-vous pour soutenir les enseignants.
Virginie Klamm, enseignante spécialisée, formatrice, Technicienne Comportementale et intervenante éducative en structuration visuelle est la maman d’un enfant TSA et dysgraphique et d’un enfant dyslexique-dysorthographique. Elle est aussi l’instigatrice d’un réseau de professionnels œuvrant dans le domaine des troubles neurodéveloppementaux DYS, TDAH et TSA qui proposent des prises en charge et des formations : la Ted.Dys’School. Pour cette 14e Journée des DYS, nous avons souhaité vous faire découvrir son point de vue et son combat… pour l’inclusion !

De l’importance de l’estime de soi

Des aménagements scolaires auxquels ils ont droit en passant par la flexibilité pédagogique, si rien n’est fait, c’est un vrai désastre interne et l’image de soi est brisée : ces élèves pourtant très intelligents se pensent tantôt nuls, bons à rien ou même paresseux, tantôt les parasites d’une classe qui avance, elle, alors qu’eux font du sur-place malgré des efforts considérables.

Et le fossé se creuse, parfois délicatement et vicieusement au fil des années, parfois de manière plus brutale et violente, entre leurs capacités, leurs ressources, leur vrai potentiel et les résultats scolaires obtenus.

Ces fameuses notes, ces compétences du socle commun, deviennent naturellement leurs pires ennemies et le désarroi naît aussi chez leurs enseignants, tous autant désarmés. L’équation est alors très simple : à défaut de pouvoir mettre sur le banc des coupables le manque de moyens de l’Institution qui est censée nous instruire dans l’équité la plus totale, la victime devient alors l’accusé. Et l’élève EBEP aura vite fait de se convaincre de son incompétence, sombrant dans les abysses de la dépréciation, et avec elle de son estime de soi et sa confiance en soi. Souvent sa famille aussi.

Inclure la famille

Car au-delà de l’inclusion scolaire, présentant l’élève au cœur des apprentissages, qu’en est-il de sa famille, de ses parents et de leur inclusion dans la dynamique de soutien qui doit se construire autour de l’élève DYS ? N’oublions pas qu’avant d’être un élève, il est un enfant, il est le fils de, ou la fille de. N’oublions pas que la Haute Autorité de la Santé (HAS), à travers ses recommandations de bonnes pratiques et, au delà, la cohérence doivent pousser les professionnels de l’éducation et du paramédical à inclure les parents de l’enfant DYS dans la prise en charge. Et qu’en plus d’être légitime, cette démarche est tellement plus riche !

Car oui, ce sont eux les spécialistes de leur enfant. Car oui, l’impact familial quand on a un enfant DYS est un vrai challenge et il faut faire face quotidiennement à des répercussions majeures au sein de toute la cellule familiale.

Véritable chef(fe) d’une organisation drastique, réglée souvent à la minute pour pouvoir enchaîner les rendez-vous de rééducation et l’école, les parents portent aussi la casquette de l’enseignant(e) spécialisé(e) et tirent le wagon de toutes leurs forces, depuis le fin fond de la mine, avec une volonté coriace, parfois jusqu’à l’épuisement.

Ce qu’ils (elles) affrontent tous les jours doit leur donner une meilleure prise en considération et ils ne demandent qu’à collaborer, être entendus, épaulés et soutenus. Surtout, c’est au-delà de l’écoute empathique que leurs mots doivent être pesés et estimés car ils (elles) sont des sources de connaissances fraîches, et deviennent de véritables partenaires dès lors qu’une place leur est accordée dans l’équipe. Les mettre à l’écart revient à se priver d’informations précises et nécessaires à l’intérêt de l’élève et à la prise en compte de ses besoins spécifiques. De nombreux enseignants et professionnels ont bien compris cela et rencontrent dès que possible les parents de l’élève EBEP, se contactent pour partager leurs observations, leurs idées et leurs pistes éducatives ou rééducatives.

C’est de ce travail collaboratif que naît une dynamique positive et un cercle vertueux autour de l’élève.

L’estime de soi et la confiance, en soi, en l’autre, sont donc des valeurs fortes à protéger et à nourrir, que ce soit pour l’élève, ou sa famille, mais aussi pour les professionnels et les enseignants. Chaque acteur a besoin de cette confiance et de la reconnaissance de ses besoins. Et ce sont, il me semble, la communication, la justice et l’équité, des principes si chers à mon cœur et fédérateurs, qui permettent de garantir un parcours préservé dans lequel chacun ressort meilleur et satisfait.

Portrait of a mother picking up her kid from school and talking to the teacher while looking happy – education concepts

D’un sentiment de solitude et d’incompréhension à la création d’un réseau de professionnels partenaires

Il m’est insupportable de penser que le manque cruel de soutien, l’incompréhension et le sentiment si déchirant de solitude qui m’ont envahie il y a de nombreuses années pouvaient être le lot de tous les parents d’enfants DYS, d’élèves EBEP. Déterminée et convaincue que le mot impossible n’existe pas, avec toute l’humilité de n’être qu’une petite pierre de plus à la construction de cet édifice qu’est l’éducabilité de tous, la création d’un réseau de professionnels partenaires était pour moi une évidence et la solution que je pouvais apporter à mon échelle.

Déjà dans le bain de l’enseignement ordinaire, il y avait tout de même un très grand pas à faire pour se spécialiser. Mais la motivation et la témérité sans faille ont fait tomber toutes les barrières. Ted.Dys’School est né à Genève en 2015, de cette énergie altruiste sur laquelle il fallait ajouter quelques ingrédients.

Symboles grammaticaux Montessori avec boîte de rangement

>> Lire aussi : Grammaire Montessori et élèves à besoins particuliers

Soutien parental et accompagnement pluridisciplinaire

Tout d’abord, le soutien aux familles par la guidance parentale et la formation, en appliquant de manière transversale les recommandations de la HAS. Ensuite, une équipe de professionnelles qualifiées et expérimentées, que ce soit dans le domaine des DYS, du TDAH ou du TSA, et surtout avec des qualités humaines et personnelles intègres, prêtes à s’investir de manière collégiale les unes avec les autres. La guidance parentale permet d’apporter du soutien dans la mise en place des outils spécifiques, dans leurs utilisations et dans l’application des procédures d’enseignement ou de gestion des troubles du comportement à domicile.

Programme individualisé

Chaque programme est individualisé, chaque outil est choisi avec soin et après une évaluation fine de l’élève. Le travail en équipe pluridisciplinaire est une priorité et il est rapidement mis en place pour favoriser l’efficience de tout ce qui est mis en place. Enfin, un lien important se construit avec l’équipe pédagogique, que ce soit sur les aspects académiques, sociaux ou comportementaux, permettant ainsi de soutenir l’élève dans tous les environnements, d’intervenir si possible en classe et d’apporter des adaptations spécifiques validées par tous.

L’adhésion de chacun est un pilier à la réussite de l’enfant.

Solides géométriques Montessori

Des formations pour un langage commun

Les modules de formation exclusifs, nés de l’expertise de terrain et des apports théoriques continus permettent d’avoir, dès le départ, que ce soit avec les professionnels autour de l’enfant ou avec la famille, des connaissances et un langage commun, des compétences et une communication claire sur laquelle tout le monde s’entend au bénéfice de l’élève. L’application des procédures est cohérente et donc efficace, les regards croisés amènent avec bienveillance la remise en question et l’analyse de pratiques. Cela garantit le professionnalisme apporté et l’adaptabilité des réponses aux besoins en ayant comme ligne de conduite le « sur-mesure ».

Depuis 5 ans, ces modules de formation sont dispensés en présentiel dans toute la Suisse Romande et ils sont proposés au sein de la Haute École Pédagogique dans la formation continue des enseignants et enseignants spécialisés du canton de Fribourg depuis plus de 3 ans. Affinés, enrichis et sans cesse améliorés, ils représentent aujourd’hui plus de 240 heures de formation.

Formations en distanciel et en continu

Afin de permettre à tous d’y accéder, Ideereka et Ted.Dys’School travaillent main dans la main depuis ce printemps 2020 et proposent maintenant les formations en distanciel et en continue, dans un format pédagogique inédit en ligne. De manière hebdomadaire, les modules sont découpés en capsules de cours d’environ 1 heure, riches d’apports théoriques et d’outils concrets de remédiation, sur lesquelles viennent s’ajouter des exercices formatifs et une correction. Un groupe de discussion permet aux stagiaires d’échanger entre eux, mais aussi directement avec la formatrice. L’objectif est l’accessibilité de la forme et du fond, du contenu des formations de niveau professionnel pour tous ; un double enjeu qui montre déjà sa réussite. Car il n’y a aucun doute : c’est par la formation et la connaissance que les réponses individualisées aux besoins spécifiques pourront se développer et ainsi préserver l’estime de soi, la confiance en soi de nos élèves EBEP.

Totemigo

>> Voir aussi : Totemigo, l’histoire d’un outil éducatif

Enseignants, professionnels, parents, nous devons à nos enfants extraordinaires la mise en commun et le partage de nos compétences, le soutien mutuel et la collaboration bienveillante. Nous leur devons de regarder dans la même direction, celle de l’inclusion gardienne de l’équité et de la valeur propre de chacun. Car c’est au bout la félicité de tous que nous y trouverons.

Virginie Klamm est enseignante spécialisée auprès d’enfants DYS, TDAH ou TSA, formatrice à la Haute Ecole Pédagogique de Fribourg, Technicienne Comportementale et intervenante éducative en structuration visuelle. Elle est aussi la maman d’un enfant TSA et dysgraphique et d’un enfant dyslexique-dysorthographique. Elle a fondé la Ted.Dys’School en 2015 pour aider à l’accompagnement éducatif et scolaire des enfants porteurs de TSA et de troubles DYS. Au sein de ce réseau, des professionnels œuvrant dans le domaine des troubles neurodéveloppementaux DYS, TDAH et TSA depuis plusieurs années (enseignante spécialisée, thérapeutes ABA, psychologue TEACCH /BCBA, AMP, éducatrices spécialisées…) proposent des prises en charge, avec des programmes adaptés à chaque enfant, adolescent ou adulte. La Ted.Dys’School propose  également plusieurs modules de formation à destination des parents, accompagnants et des professionnels. 

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Marianne est responsable de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog. Passée par l'édition, la médiation culturelle et l'enseignement, elle aime tout particulièrement aborder des sujets pédagogiques, culturels et d'actualité.

1 Commentaire

  • Gérard dit :

    Nous vivons cette collaboration quotidiennement avec Virginie dans la prise en charge à domicile de notre fils Adulte avec Autisme c’est porteur,encourageant,ça fait beaucoup de bien à notre Fils et à Nous sa Famille et surtout cela nous permet de bâtir un projet d’avenir.

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