À l’occasion de la journée nationale de l’hypersensibilité, le 13 janvier, nous avons proposé à Natacha Butzbach, psychologue spécialisée en périnatalité et accompagnement parental, rédactrice sur le blog La Curiosité Bienveillante de vous apporter son expertise et ses conseils sur le thème de l’hypersensibilité sensorielle.

Qu’est-ce que la sensibilité ?

Commençons par le commencement : définir la sensibilité. Il y a plusieurs définitions qui éclairent sur les nuances de ce terme :

  • Caractère d’une personne qui ressent des sensations physiques ;
  • Caractère d’une personne qui est réceptive psychologiquement, moralement, esthétiquement ;
  • Capacité d’un instrument de mesure à percevoir de petites variations
  • Propriété (d’un être vivant, d’un organe) de réagir d’une façon adéquate aux modifications du milieu.

L’enjeu est de percevoir les variations de sensations et d’y répondre de manière adaptée. Lorsque quelque chose nous gratte : nous chassons, enlevons ce qui gêne. Nous percevons les aspérités très fines avec le bout de nos doigts, qui est la zone du corps la plus riche en innervations sensitives.

Lorsque nous sommes ébloui.e.s, nous fermons les yeux. Lorsqu’un son est trop fort, nous nous éloignons ou baissons le volume. Bref, nous nous ajustons par rapport à l’environnement, de manière à poursuivre nos existences de manière confortable. Malheureusement, ce n’est pas forcément aussi simple pour tous.

Une sensibilité exacerbée : l’hypersensibilité

Certaines personnes ont une sensibilité très exacerbée : cela veut dire que l’énergie dépensée pour la gestion des sensations physiques (mais aussi émotionnelles) est plus forte que la moyenne des gens. Les réactions sont plus fortes et peuvent durer dans le temps. Cela concernerait environ 15 % des membres d’une espèce, l’humain y compris !

L’hypersensibilité touche les aspects sensoriels, mais aussi les versants émotionnels. Ainsi, non seulement le traitement des informations est plus approfondi, mais la réaction à celles-ci sont également plus intenses.

Ce sont d’ailleurs les expressions fortes qui attirent l’attention : besoin intense d’être porté, inhibition par rapport aux risques, réactions émotionnelles déroutantes tant pour la peur, la tristesse, la frustration ou la joie, rejets plus forts de la nouveauté ou encore demande récurrente d’être rassuré ou accompagné. Plus tard, les ressentis d’empathie et les perceptions d’injustices ont des retentissements plus forts sur les états psychiques.

C’est notamment pour cette raison que les enfants et les adultes qui vivent avec de l’hypersensibilité ont besoin d’un accompagnement bienveillant, axé notamment sur la communication non violente. Les actes punitifs vont être perçus comme une agression et affecter l’estime de soi, ainsi que la capacité à s’exprimer ultérieurement.

enfant hypersensible auditif avec ses mains sur les oreilles pour les boucher

Serions-nous tous hypersensibles à la naissance ?

Le majeur problème des parents est qu’il y a peu d’informations sur les besoins des bébés et des enfants en bas âge. Les conseils éducatifs sont encore empreints d’une puériculture d’orphelinat du début du siècle dernier, où il était nécessaire de gérer des collectivités à moindres frais. Ce n’est pas du tout la réalité des familles contemporaines. Malheureusement, le choc est souvent brutal entre ce qui était attendu de la parentalité et la réalité de la vie avec un bébé. C’est d’autant plus le cas que les bébés expriment de l’hypersensibilité.

Cette dernière ressort d’autant plus que des maux somatiques prennent de la place dans l’existence : blocages ostéopathiques, reflux gastro-oesophagien, freins restrictifs, et autres sources de douleur peuvent accroître l’hypersensibilité.

Cela va également être le cas des bébés nés prématurément ou ayant vécu une naissance traumatique : la distance créée avec les parents lors des premiers jours peut causer un besoin intense de réassurance par la suite.

Il serait plus aisé de considérer dès le départ que les enfants sont tous hypersensibles de manière à pouvoir entrer en empathie avec eux, sans croire qu’ils font exprès. Leur rapport au monde est inexorablement différent du nôtre puisque nos systèmes perceptifs sont plus entraînés (et donc ont créé des raccourcis) que les leurs.

Bébé avec papa

>> À télécharger : Infographie « Pourquoi bébé pleure ? »

Le quotidien d’une personne hypersensible

Il est assez facile de s’imaginer à quoi peut ressembler le quotidien d’une personne vivant de l’hypersensibilité puisque chacun.e d’entre nous vit quelques moments similaires au cours de son existence.

Voici quelques exemples :

  • les odeurs fortes au saut du lit
  • les maux de tête qui rendent les bruits/la lumière insupportables
  • une irritation cutanée qui rend la peau réactive
  • la fatigue qui rend nos réactions émotionnelles débordantes
  • un goût qui provoque du dégoût

C’est ainsi, nous vivons tou.te.s des moments où nous sommes hypersensibles. Il y a plusieurs causes à cela, passant de la fatigue, à l’équilibre hormonal, aux biais cognitifs, aux troubles attentionnels (hyper focalisation sur les stimuli dans la misophonie, par exemple, associée avec une base neurologique), à l’état psychique, mais aussi des réflexes archaïques non intégrés… Pour les personnes qui sont hypersensibles, il peut y avoir une conjonction de causes.

Certains enfants naissent avec des signes d’hypersensibilité et d’autres les développent. Le fait est que la perception des stimuli est plus intense et le seuil de tolérance à un perturbateur est abaissé.

De plus en plus, heureusement, les parents parviennent à trouver des informations de manière à accompagner leurs enfants dans la singularité de leur fonctionnement. Évidemment, il est plus simple d’entrer en empathie avec son enfant lorsque nous comprenons ce qu’il vit.

Qui est hypersensible ?

Il n’y a pas de profil type des personnes vivant de l’hypersensibilité puisque le panel de possibilité est large. Cependant, il est possible de retrouver des caractéristiques communes, notamment celles émises par Elaine N. Aron :

  • un traitement intense des informations fournies par l’environnement ou son propre corps ;
  • une propension à être facilement dépassé.e par les stimulations ;
  • des réactions vives d’un point de vue émotionnel, notamment, une forte empathie ;
  • la détection de stimuli mineurs, souvent des éléments que d’autres personnes ne remarquent pas.

Il semble que les personnes globalement hypersensibles (donc sur l’ensemble des aspects sensoriels et émotionnels) traitent les informations plus en profondeur et de manière plus complexe que celles qui ne le sont pas.

Dans tous les cas, ce n’est pas l’hypersensibilité en soi qui génère des problèmes, mais les troubles associés et les réponses environnementales aux démonstrations d’hypersensibilité.

>> À lire : TDAH et hypersensibilité

Réagir à l’hypersensibilité

S’il y a bien une réalité autour de l’hypersensibilité, c’est qu’elle surprend autant ceux qui la vivent que ceux qui entourent les personnes qui l’expérimentent. Nous avons peu l’habitude d’entrer dans la compréhension d’autrui de manière à prendre en compte ses perceptions en détail. Souvent, certains biais cognitifs nous laissent à penser que les personnes font exprès, qu’elles surjouent ou encore que c’est exagéré.

Au quotidien, être confronté.e à des enfants qui se bouchent les oreilles au moindre son fort, expriment le dégoût sans filtre, sont éruptifs en cas de frustration et d’inconforts physiques, cela peut demander énormément de prise de recul. Du recul pour éviter de contreplaquer des intentions sur des attitudes infantiles (et pas que !) qui seraient délétères pour tout le monde. Il convient d’accompagner les enfants dans une expression adaptée à une vie en société : au fur et à mesure de leur croissance et de l’acquisition des normes sociales, ils partageront différemment leurs ressentis. Cela sera facilité par les reformulations et les stratégies bienveillantes que les parents pourront suggérer.

Rappelons que la maturité neuronale s’acquière aux alentours de 25 ans, que les capacités d’inhibition sont moindres avant 4/5 ans, en même temps que se développent les premières intégrations des mœurs sociales. Nous ne demandons pas aux enfants de 4 ans de maîtriser les 10 couverts spécifiques d’un service gastronomique, évitons également d’avoir des attentes irréalistes par rapport à leurs expressions émotionnelles.

>> À lire : « Autisme : moins d’idées reçues, plus de bienveillance »

Prendre en charge l’hypersensibilité

Dans le cas où l’hypersensibilité semble poser problème, il est nécessaire d’investiguer plus largement les différentes problématiques de la famille.

Une prise en charge holistique est utile afin de permettre aux enfants et à la famille globalement d’être compris dans leurs difficultés. C’est ainsi que les accompagnements sont favorablement interdisciplinaires : ostéopathie, prise en charge psychologique, accompagnement systémique (au besoin), psychomotricité, orthophonie (dans le cas des troubles de l’oralité et d’un réflexe nauséeux intense), mais aussi des approches encore trop peu connues comme le travail de l’intégration des réflexes archaïques.

>> À lire : « Troubles de l’oralité alimentaire : 10 conseils d’ergo »

En résumé, si les réflexes archaïques ne sont pas intégrés, ce qui semble être le cas dans beaucoup de situations notamment chez les enfants présentant des troubles DYS, de l’hyperactivité, mais aussi de l’hypersensibilité, cela crée des tensions que le corps doit compenser. En compensant, cela génère des gestes et des postures parasites bloquant diverses potentialités d’apprentissage qu’elles soient physiques ou cognitives.

>> À lire : L’INS comme outil de l’ergothérapie

Des outils pour appréhender cette hypersensibilité

De leur côté, les parents peuvent s’outiller de manière à proposer une diversité d’activités qui permettront d’appréhender plus sereinement certaines sensations corporelles.

Il est aussi intéressant d’observer les points de sensibilité spécifique de chaque individu. Certains vont avoir de plus grandes difficultés au niveau du son alors que d’autres seront plus en difficultés au niveau du toucher ou des odeurs.

Par exemple, pour des enfants qui auraient du mal à toucher des textures spéciales ou qui auraient peur de se salir les mains, vous pouvez leur proposer des jeux sensoriels tactiles tel que Tactilo Surface. Un panel de petites surfaces variées aide à appréhender des nouveautés.

Au niveau du contact de tout le corps et des pieds, des plaques texturées telles que Senso tapis sensoriel peuvent aussi être d’une grande aide.

Pour les enfants qui sont très sensibles au bruit, il existe des adaptations possibles pour les jeux, par exemple, au lieu d’avoir des buzzers sonores, vous pouvez utiliser un buzzer lumineux.

Dans une optique d’aider à développer l’équilibre des enfants, la planche baleine constituée d’une plaque texturée et incurvée se prête à divers jeux, dont la bascule. Cela demande de gérer la prise de risque et favorise la musculature du système posturale ainsi que les compétences vestibulaires (pour l’équilibre).

Enfin, il ne faut pas hésiter à faciliter la vie de tous. Le choix des vêtements peut être déterminant afin de ne plus aiguiser l’hypersensibilité tactile : miser sur des tissus souples, dont les étiquettes sont décousues, maintenues davantage par des élastiques que par des fermetures éclairs ou à boutons.

Accompagner les parents dans la compréhension des hypersensibilités

Parfois, cela coule de source. Certains parents eux-mêmes hypersensibles reconnaissent bien ce que vivent leurs enfants et il leur est aisé de les comprendre. Pour d’autres, c’est la déconvenue : soit ils n’ont jamais été confrontés à ce genre d’attitudes et ils peuvent avoir peur que les enfants exagèrent, soit ils se rendent compte qu’eux-mêmes ont été brimés et ne savent pas plus comment réagir.

Une des grandes difficultés parentales est d’apprendre à décrypter ses propres émotions… afin de pouvoir mettre du sens dans l’expression émotionnelle des enfants. Heureusement, des solutions existent pour accompagner les parents comme les Émoticartes parents qui sont de précieux outils pour comprendre ses émotions et ainsi, être plus à même d’aider vos enfants à canaliser les leurs.

Concernant les enfants plus grands, certains supports comme cette roue des émotions permettent de cadrer les ressentis et les besoins de chacun quand les mots spontanés manquent. Elle sera aussi bénéfique aux parents dans sa version adulte.

 

Dans une situation vécue comme difficile, la clé reste la possibilité de s’exprimer et d’être entendu. Que ce soit grâce à des proches, à des groupes soutien entre parents ou par le support de professionnel.le.s, il est indispensable de s’entourer afin de ne pas rester seul.e en situation d’incompréhension. Les hypersensibilités sont à percevoir comme de super pouvoirs, qui demandent de l’aide pour être maîtrisés et apaisés.

Sources :
Mon enfant est hautement sensible de Elaine Aron (éditions Leduc S.)
J’aide mon enfant hypersensible à s’épanouir de Saverio Tomasella
« Ycare un enfant sensible » de Élodie Crepel et Fanny Vella (édition Ailes & Graines) ⇒ Livre pour enfant


Je suis psychologue spécialisée en périnatalité et accompagnement parental. J’accompagne les (futurs) parents dans toutes leurs réflexions autour de leur parentalité et leurs états psychiques. Dans ma perspective de l’enfance et de la parentalité, l’accent est mis sur la bienveillance pour tou.te.s.
La parentalité est une voie de développement personnel. Mon objectif est que chacun.e puisse se sentir au mieux en tant que parents, mais aussi en tant qu’individu à part entière. C’est pour cette raison que ma seconde activité est la rédaction d’articles et de posts de manière à soutenir le plus de personnes possible.
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Mathilde est coordonnatrice Tiers-Lieu chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog.

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