Conseils psychomotricite_trouble_modulation_sensorielle-01

Publié le 19 septembre 2017 / par Caroline / Temps de lecture estimé 8 min.

2

Psychomotricité : les troubles de la modulation sensorielle

En cette Journée Européenne de la Psychomotricité, nous donnons la parole à Charlotte, de Psychomotricienne, qui décrypte chaque semaine à travers différents articles et photos son fabuleux métier sur Facebook et Instagram. Les troubles de la modulation sensorielle, qu’est ce que c’est ? Qui est touché ? Quelle prise en charge pour l’enfant ? Elle répond à toutes ces questions…

Les troubles de la modulation sensorielle

Les troubles de la modulation sensorielle (dit aussi troubles de l’intégration sensorielle) correspondent à des difficultés de traitement de l’information sensorielle qui arrive jusqu’au cerveau. Cela peut s’exprimer par une hypersensibilité, c’est-à- dire que très peu de stimulations suffisent à activer les seuils neurologiques de la personne et ainsi à déclencher une réponse si besoin ; ou bien par une hyposensibilité, correspondant à des seuils neurologiques hauts qui nécessitent un niveau de stimulation important pour déclencher une réponse.

Beaucoup d’enfants atteints de troubles du spectre autistique présentent des troubles de la modulation sensorielle, mais cela peut toucher les enfants ou adultes présentant des troubles des apprentissages, certains syndromes génétiques, troubles relationnels, haut potentiel ou déficience intellectuelle également. Ces troubles de l’intégration sensorielle peuvent générer des troubles du comportement, un évitement de certains aspects de l’environnement, un isolement social ou des rigidités comportementales excessives. Cela peut limiter l’accès de l’enfant aux apprentissages sociaux ou scolaires et altérer le développement psychomoteur. C’est pourquoi le psychomotricien est l’un des professionnels de rééducation inclus dans la boucle de soin des troubles de l’intégration sensorielle.

En début de prise en charge psychomotrice concernant les troubles de la modulation sensorielle, il est important d’évaluer le profil sensoriel de l’enfant concerné (testé par le profil sensoriel de Dunn à remplir par le professionnel ou les parents) afin d’établir les domaines touchés : le sens visuel, tactile, vestibulaire, auditif, gustatif, proprioceptif et/ou olfactif. L’objectif de prise en charge est ensuite de partir du niveau sensoriel de l’enfant et de l’aider très progressivement à modifier son traitement de l’information. Si l’enfant présente une hypersensibilité sensorielle, il va falloir travailler dans le sens d’une désensibilisation (partir d’un niveau bas de stimulations et augmenter les stimuli, que ce soit en durée, en fréquence, en intensité ou en modalité), tandis que si l’enfant présente une hyposensibilité, il faut travailler dans le sens d’une habituation des stimuli (partir d’un niveau haut de stimulations et les diminuer peu à peu jusqu’à obtenir la même réponse de la part de l’enfant).

troubles_modulation_sensorielle

Cliquer sur l’infographie pour la télécharger

Zélie et Matis, des petits patients exceptionnels

Je travaille au sein d’un cabinet libéral ainsi que d’une association pour enfants présentant des difficultés ou handicaps divers. Je rencontre plusieurs enfants atteints de troubles de la modulation
sensorielle. Depuis 3 ans, je reçois Zélie, 5 ans et demi, atteinte de troubles du spectre autistique. Zélie présente un trouble de la modulation sensorielle très important, dans le sens d’une hypersensibilité sur le plan de l’oralité et de l’olfaction (grande sélectivité alimentaire), sur le plan vestibulaire, tactile et légèrement dans les domaines visuels et auditifs.

En psychomotricité, j’ai beaucoup axé ma rééducation sur la désensibilisation vestibulaire et tactile car cela impactait beaucoup sur son développement psychomoteur par le manque d’exploration de l’environnement et la mise en place de rigidités comportementales. Zélie est suivie également en orthophonie pour aborder la communication et le travail de désensibilisation gustative et olfactive. En ce qui concerne la désensibilisation vestibulaire, j’ai commencé progressivement par lui proposer de petits parcours moteurs qu’elle ne pouvait faire que si ses pieds restaient en contact avec le sol. Elle refusait catégoriquement de s’approcher du coussin d’air géant ou de la toupie plate. Il a fallu tout d’abord qu’elle accepte de me regarder m’assoir dans la toupie, puis progressivement qu’elle puisse s’en approcher afin de la toucher du bout du doigt. Ensuite, elle a pu s’assoir dedans sans que je la fasse tourner. Puis au bout d’un an, elle a accepté que je tourne un peu la toupie, pour plusieurs semaines plus tard, faire plusieurs tours dedans ! Désormais, elle est un peu plus curieuse en ce qui concerne les structures de jeux dans les parcs, comme le toboggan ou la balançoire. Elle a gagné en autonomie et grimpe davantage sur le canapé chez elle ou sur la chaise haute Trip Trap dans la salle de psychomotricité.

A lire : Les toupies, l’avis des psychomotriennes
Les toupies sont des supports très ludiques permettant de développer une grande variété de compétences motrices : équilibre, coordination générale, force musculaire, etc. Nous avons interrogé 4 psychomotriciennes pour connaître leur avis sur les toupies : le déroulement d’une séance, les objectifs de rééducation, l’intérêt de ces toupies pour l’équilibre, le mouvement, la motricité, les exercices types, etc… 

parcours_psychomoteur_psychomotricité

En ce qui concerne la désensibilisation tactile, cela a été plus compliqué car l’hypersensibilité était encore plus importante. Il a fallu plusieurs mois pour que Zélie accepte que le pot de pâte à modeler reste posé, même fermé, sur la table durant la séance tant elle détestait la texture. Volontairement, j’abordais la motricité fine avec des outils à textures différentes, toutes plus ou moins tolérées, comme la chenille à picots, la balle à grains multicolores, la balle à billes sonore, la balle pompon ou la balle tentacule. A l’aide de renforçateurs pour aider à la motivation, Zélie a peu à peu accepté de regarder les balles, poser le doigt dessus, puis la prendre entre deux doigts pour ensuite la prendre furtivement dans la main. Aujourd’hui, elle touche sans problème la pâte à modeler, prend les balles à pleine main pour me les lancer. Elle accepte de presser le coussin vibrant (qui fait appel à la proprioception également), qui l’apaise. Zélie a besoin de diètes sensorielles faisant appel à la proprioception pour s’apaiser, se recentrer sur elle-même et être davantage disponible et attentive par la suite. Pour cela, je consacre quelques minutes aux pressions profondes sur tout son corps, soit avec mes mains, soit à l’aide d’outils comme les animaux lestés ou couvertures proprioceptives, à utiliser avec précaution (celui de la couverture ne devant pas excéder 20% du poids de l’enfant).

toupie_psychomoteur_psychomotricité

En parallèle, je suis aussi le jeune Mathis, atteint également de troubles du spectre autistique. Il présente une hyposensibilité visuelle et recherche constamment les stimuli visuels. Cela l’empêche de se concentrer sur d’autres activités ludiques et son attention est souvent captée par la lumière du soleil qui traverse les fenêtres de la salle de psychomotricité. Les balles à picots lumineuses, baguettes lumineuses ou baguettes à paillettes l’aident à se nourrir sensoriellement et attirer son attention. Mon objectif est ensuite de diminuer les stimulations visuelles progressivement dans le sens d’une habituation afin qu’il soit toujours aussi attentif et disponible dans l’attention conjointe sans qu’il ait besoin de rechercher de stimulations visuelles importantes. Je continue ma prise en charge avec Zélie et Mathis concernant leurs troubles de la modulation sensorielle, mais les progrès sont déjà notables. Zélie s’ouvre davantage à l’environnement, par son exploration motrice, son gain d’autonomie au quotidien et sa flexibilité face aux stimuli extérieurs notamment. C’est pourquoi il est important de ne pas laisser les troubles sensoriels s’installer dans le temps, car au fur et à mesure du développement de l’enfant, ils peuvent se renforcer.

Charlotte Dormoy est psychomotricienne libérale et travaille également au sein du centre de loisir Bulle d’Air, un lieu de détente et d’éveil adapté au rythme et aux capacités d’enfants porteurs d’handicap où une Unité APSP (Accompagnement Pluridisciplinaire Spécialisé et Personnalisé) a ouvert.  Cet espace propose des temps de rééducation,  de stimulation et de socialisation où Charlotte accompagne les enfants. Elle a plusieurs pages sur les réseaux sociaux destinés à faire connaitre la psychomotricité et à partager son métier à travers différents articles et photos. 

Pour la retrouver…
Facebook : Psychomotricienne
Instagram : Psychomotricienne

Tags: , , , , , , , , , ,


A propos de l'auteur

Caroline est content manager chez Hop'Toys. Sur ce blog, elle assure la rédaction d'article et traite des sujets d'actualité.



2 Reponses pour Psychomotricité : les troubles de la modulation sensorielle

  1. Emilie dit:

    c’est gênant de lire que le travail de rééducation sensorielle est effectué que par les ergothérapeutes sur cette infographie !! En effet, les psychomotriciens sont également habilités à faire cette rééducation !! merci

  2. Caroline dit:

    Bonjour Emilie ! Effectivement, sur l’infographie il est noté que cette rééducation sensorielle peut être effectuée par les ergothérapeutes, mais cet article permet de démontrer que c’est également une compétence qui revient aux psychomotriciens 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Taper la réponse pour valider votre commentaire * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.

Revenir en haut ↑