La période que nous sommes en train de traverser, les adaptations successives dont ont dû faire preuve enseignant·e·s et élèves, le fait d’avoir désormais expérimenté le travail à la maison, l’incertitude sur les modalités d’accueil des enfants en collectivité en cas de nouvelle pandémie, nous engagent, avec plus d’urgence que jamais, à repenser l’école de demain ! En effet, à la maison, pendant 2 mois, les élèves ont dû et pu travailler dans d’autres conditions, dispositions, aménagements, vivre d’autres types d’échanges avec leur(s) enseignant(s). Tous ont dû développer une compétence qui sera une des aptitudes majeures du 21e siècle : la flexibilité ! Ne serait-il pas temps que la classe le devienne elle aussi ? Pour mieux répondre aux enjeux d’une société qui a déjà vécu bien des évolutions et des révolutions tandis que son modèle scolaire demeurait inchangé depuis la Révolution industrielle ? Nous vous avons déjà souvent parlé ici du principe de classe flexible. Aujourd’hui, penchons-nous vraiment sur les raisons de mettre en place une classe flexible, dès la rentrée.

Que veut dire mettre en place une classe flexible ?

Mettre en place une classe flexible ne se résume pas à proposer aux élèves différents types d’assises ou à mettre des étagères sur roulettes. Une classe flexible est une classe qui va proposer différentes surfaces de travail et différents types d’assises aux élèves pour leur permettre de bouger et maximiser ainsi leur attention et leur motivation en classe.

“Passer à” la classe flexible engage, beaucoup plus largement, à repenser sa manière d’enseigner, à chercher à répondre à ces problématiques majeures, mais qui restent souvent sans réponse dans le système scolaire actuel : Comment être au plus près de ses élèves ? de leur développement ? de leurs besoins physiologiques et de leurs besoins spécifiques ? de leur rythme ? comment leur apporter une proposition pédagogique différenciée ? Le double objectif de la classe flexible est bien celui-ci : rendre les élèves acteurs de leurs apprentissages et faire de l’école un lieu où l’on se sente bien. Comment ? En faisant en sorte que l’aménagement et l’organisation de la classe s’adaptent aux élèves, et non l’inverse !

Au delà de la classe, c’est l’enseignement lui-même, le modèle de la Factory school – une pédagogie, rappelons-le héritée de la Révolution industrielle – qui va être refondé à travers 3 transformations majeures :

  • repenser la place de l’enseignant : celui-ci n’est plus dans une position souveraine de “dispenseur” unique du savoir, mais il devient animateur d’une classe où chaque enfant va contribuer à un savoir, construit en commun ;
  • repenser la place et et le rôle de l’élève : autonomie, initiative, respect de soi et des autres, l’élève développe des compétences qui vont le rendre acteur de ses apprentissages
  • repenser l’espace et le temps : le groupe-classe ne va plus fonctionner que d’une seule et même voix (comme une classe “en autobus”)

Les enseignants qui ont adopté cette démarche expliquent souvent, à l’instar d’Aurélia Onyszko-Leclaire, enseignante de CP 1:

Le fonctionnement ordinaire avec une classe en « autobus », ne nous convenait plus. Nous ne nous sentions plus à l’aise avec cette organisation qui ne nous permettait pas de différencier et d’individualiser suffisamment nos enseignements.

Cette démarche vous attire depuis un moment ? C’est sans doute, que, comme ces enseignants, comme nous, vous vous basez sur ce constat désormais indéniable (merci les neurosciences ! ;-)) : on apprend mieux si l’on se sent bien, on apprend d’autant mieux qu’on y prend du plaisir !

Pourquoi mettre en place une classe flexible ?

En effet, si l’on interroge les (bonnes) raisons de mettre en place une classe flexible, le renforcement de la motivation des élèves apparaît au premier plan.

1 / Pour la motivation

Dans un monde où on peut trouver toutes les connaissances à l’aide d’un clavier et d’une bonne connexion, il est nécessaire que l’école se refonde en profondeur pour être plus attractive et motivante, observe encore Aurélia Onyszko-Leclaire.1

Parce qu’elle favorise leur implication, la classe flexible a des effets positifs immédiats sur la motivation des élèves. Ils se sentent beaucoup plus impliqués dans une classe qui répond à leurs besoins et qui ne se contente plus d’être un local pour contenir les apprenants, explique Stéphanie, enseignante ayant adopté ce type d’enseignement en 2018.2

Pour le professeur et chercheur en pédagogie Rolland Viau, la motivation des élèves est « un phénomène qui tire sa source dans des perceptions que l’élève a de lui-même et de son environnement, et qui a pour conséquence qu’il choisit de s’engager à accomplir l’activité pédagogique qu’on lui propose et de persévérer dans son accomplissement, et ce, dans le but d’apprendre »5.

Istock, crédit : Chatchai Limjareon

Les témoignages sont nombreux qui, suite à l’aménagement d’une classe flexible, soulignent que les élèves s’approprient beaucoup plus les lieux, utilisent tous les espaces de la classe y compris ceux qui, jusqu’alors, étaient un peu délaissés pendant les temps d’autonomie ce qui démontre leur motivation et leur implication dans leur rôle d’élèves. Ils sont moins passifs et davantage acteurs et décideurs dans ce nouvel espace classe. C’est cette autonomie qui leur est accordée qui les incite à poursuivre les efforts et à s’impliquer davantage dans le travail scolaire.

2/ Pour favoriser l’attention

Bien-sûr, travailler en classe flexible, c’est travailler en groupes restreints ce qui permet à l’enseignant de capter bien plus facilement l’attention des élèves, mais l’organisation et surtout l’occupation de l’espace classe vont jouer un rôle majeur dans le développement de la concentration des élèves.

Du bienfait du mouvement

Cela semble évident et pourtant il est bon de le garder à l’esprit : dans une classe flexible ce sont les enfants qui sont flexibles, qui sont autorisés à bouger, à changer de position, de lieu, de manière de travailler.

C’est d’ailleurs pour cela qu’un des préalables sera de bien définir avec eux quels comportements sont autorisés, à quels moments, comment on les organise, etc (l’utilisation d’un Time timer notamment pour organiser les occupations de tel ou tel espaces s’avérera des plus utiles).

Une classe flexible est une classe dans laquelle le désir de mouvement de l’enfant est pris en compte, non seulement parce qu’il correspond à un besoin, physiologique, mais également parce qu’il est utile, pertinent en termes de concentration.

Ne vous arrive-t-il jamais à vous-même, adulte, de parvenir à résoudre un problème sur lequel vous butiez en changeant de position, d’avoir une idée alors que vous venez de quitter votre poste de travail ?
« Les seules pensées valables viennent en marchant » écrivait Nietzsche. Et pour Maria Montessori « l’intelligence se développe par le mouvement ». Le changement de perspective, de même que le mouvement, la marche sont bénéfiques aux apprentissages. Dans l’idéal rousseauiste c’est la marche qui « met l’esprit en mouvement ». Les philosophes de l’Antiquité eux-mêmes ne philosophaient pas assis ! Bien des entreprises l’ont d’ailleurs compris qui se mettent aujourd’hui au « co-walking » (réunions en marchant).

Par ailleurs, certains enfants, notamment les enfants avec un TDAH, ne pourront maintenir une attention soutenue qu’au prix d’un mouvement incessant. Comme le souligne l’ergothérapeute Isabelle Babington :
« Beaucoup d’enfants ont besoin de bouger pour intégrer une leçon : de manipuler, de déplacer, de se déplacer ».
Dès lors proposer en classe des assises, des accessoires qui vont permettre à l’enfant d’exercer ce besoin de mouvement, d’une manière socialement acceptable, leur apportera déjà un bienfait.

De l’intérêt des pauses sensori motrices

Les ergothérapeutes appellent depuis longtemps à un plus grand accès à des activités qui vont stimuler notamment les sens vestibulaire et proprioceptif de l’enfant ; des pauses sensori-motrices.

Nous, ergothérapeutes, encourageons depuis de nombreuses années l’intégration de pauses sensori-motrices en classe et l’utilisation du mouvement lors des apprentissages. Notre équipe recommande aussi régulièrement l’utilisation de postures alternatives de travail (couché sur le ventre, debout au mur, à genoux, etc.). Ces postures alternatives, en plus d’aider à améliorer le contrôle postural, permettent aux enfants de bouger, de se réguler et de demeurer plus facilement attentifs. Ainsi, les principes qui sous-tendent le flexible Seating rejoignent en plusieurs points ce que nous prônons depuis des années.”3

Pour Isabelle Babington, “il faudrait pouvoir organiser des pauses motrices, des pauses actives, pour que les enfants bougent. […] Grimper, sauter, tripoter des textures, se balancer, nourrit le cerveau des enfants pour les apprentissages ultérieurs et participe à la modulation neuro-sensorielle.”

>> Voir aussi : « Repenser la salle de classe avec l’intégration sensorielle » 

3/ Parce qu’elle développe confiance, autonomie et coopération

 

Augmenter la confiance en soi et la confiance en l’autre

Contrairement à ce que certains pourraient craindre, le rôle de l’enseignant n’est en aucun cas dévalué, dévalorisé aux yeux de ses élèves du fait de n’être plus dans cette position dominante de diffuseur unique du savoir. Au contraire, on note le développement d’une confiance mutuelle entre enseignants et élèves. Le site archiclasse confirme :
“Un des aspects qui s’est considérablement développé est la confiance sous toutes ses formes. Par le travail en classe flexible, l’élève a développé non seulement sa confiance en lui mais aussi sa confiance en les autres et en l’enseignante. Cette dernière ayant changé de posture et ayant « lâché prise » pour permettre à chacun de devenir un réel acteur de ses apprentissages, les élèves se sentent plus à l’aise dans leur classe au quotidien.”

I stock, crédit : tatyana_tomsickova

Autonomie et coopération

Les classes flexibles vont induire un travail en groupes restreints. Il y aura bien sûr différentes possibilités de sous-groupes selon la configuration initiale de la classe, son homogénéité en âge, en niveaux, etc, mais, dans tous les cas, l’enseignement flexible va s’attacher à favoriser des temps de travail en autonomie. Ceux-ci peuvent prendre la forme d’ateliers individuels de manipulation, ou de « centres d’autonomie » tels que développés par la pédagogue américaine, Debbie Diller. Ces temps autonomes peuvent aussi se dérouler au sein d’un binôme fonctionnant sur le principe du tutorat ou dans le cadre d’un travail en groupe encourageant la recherche, la manipulation, la déduction.

Dans une classe flexible, “l’entraide, l’initiative, le tutorat et le partage sont ainsi exploités dans un climat bienveillant, positif et de respect mutuel afin d’inscrire l’idée qu’un travail réciproque est favorable à la réussite de tous.”1

Des espaces pro-actifs avec du matériel mis à disposition et permettant de varier les supports d’apprentissages et les activités (pour permettre d’apprendre par le jeu notamment) favorisent également ce développement de l’autonomie des élèves.

Travailler en classe flexible c’est développer de nombreuses compétences transversales comme l’autonomie, l’initiative, le tutorat, l’entraide, la responsabilisation, le respect de soi et des autres… qui permettent de former efficacement et activement les citoyens de demain.

4/ Parce qu’elle est par nature une classe inclusive

Parce qu’elle est avant tout un instrument de différenciation pédagogique, la classe flexible est par nature une classe inclusive.

Dans une classe inclusive, on va chercher à prendre en compte l’élève en tant qu’individu. Cette approche individualisée est, on le comprend, nécessairement plus proche des besoins naturels ou spécifiques de celui-ci, de son rythme, de son profil d’apprenant. Parce qu’il encourage les pédagogies différenciées et actives l’enseignement flexible est mieux adapté aux besoins des élèves possédant différents profils d’apprenants. Aux intelligences multiples, il favorise également l’apprentissage des élèves ayant des troubles de l’attention et du comportement.

Nous avons parlé de l’encouragement au travail de groupe ou en binôme dans une classe flexible, mais il faut noter qu’un élève qui aurait besoin au contraire de s’isoler du groupe, ou du bruit, trouvera dans la conception et l’aménagement de la classe de quoi le faire : coin calme, espace d’auto-régulation, espace sensoriel, aménagement des couloirs, utilisation de casque anti-bruit ou d’écran de concentration… Les besoins spécifiques pourront d’autant plus facilement trouver une réponse que différents matériels – à commencer par différents types d’assises – sont proposés dans ce type de classe. L’enfant qui a besoin d’une assise dynamique ne sera pas le seul à pouvoir en bénéficier. Dans une classe flexible : la norme c’est la diversité !

D’ailleurs la classe flexible profite à tous les élèves, en difficulté ou non, relevant de l’ordinaire ou de l’enseignement spécialisé.

Mettre en place une classe flexible, c’est garantir à tous les élèves un parcours scolaire le plus adapté et bienveillant possible.

5/ Pour répondre aux enjeux du 21e siècle

Nous l’avons dit en introduction, le monde bouge et évolue, mais les salles de classes restent sensiblement les mêmes depuis des décennies. Un constat que l’on peut déplorer au regard des nombreuses études publiées sur l’importance de l’environnement de travail et du design sur le bien-être et l’acquisition des compétences. Parce que le milieu dans lequel on travaille influence largement les compétences que l’on acquiert et que l’on développe, il est important de moderniser l’école, les salles de classe et même les cours de récréation.

>> Lire à ce sujet : « Et si on réinventait les cours de récréation ? »

On sait par exemple que des couloirs étroits vont inévitablement favoriser les frictions entre les élèves, donc une certaine agressivité qui va à l’encontre des compétences de collaboration et de communication dont il est aujourd’hui admis qu’elles sont indispensables. Autre exemple, la posture de l’enseignant au sein d’une classe (debout, devant la classe) n’a rien de mal en soi, mais ne va pas avec l’engagementl’implication et la posture active que l’on veut développer chez les enfants.

N’oublions pas par ailleurs les avancées considérables des neurosciences ces dernières années. celles-ci nous enseignent notamment que l’importance de mettre l’accent autant sur les savoir-faire et les attitudes que sur les contenus.

>> Lire à ce propos « Mieux apprendre, grâce aux neurosciences »

Comme le rappellent les auteurs de l’ouvrage Enseigner en classe flexible, « Les valeurs et les compétences portées par l’école n’ont quasiment pas changé, alors que les besoins de la société, du monde du travail ont évolué. Et de citer Howard Gardnet, qui dans son livre Les cinq formes d’intelligence pour affronter l’avenir liste cinq compétences à développer en priorité :

  • l’esprit de synthèse,
  • la créativité,
  • le sens de l’éthique,
  • le respect,
  • la discipline.

Ce collectif d’auteurs note aussi que dans un monde, dans une époque où le maître mot est flexibilité, l’école continue à former des élèves hyperspécialisés. Adopter un enseignement flexible, au contraire, favorisera le développement de ces compétences, variées, et utiles aussi bien pour le bien-être de l’enfant en tant qu’élève que pour son avenir professionnel et citoyen.

>> Lire aussi : la classe du 21e siècle,comment la mettre en place

Créér un environnement flexible et inclusif

Sources :
1 « Enseigner différemment dans une classe flexible », archiclasse
« En classe ? Oui, mais en classe flexible! », Enfance positive.com
3 « Le flexible seating », le sujet dont tout le monde parle
4 « La classe flexible, un instrument de différenciation pédagogique », Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE)
5 « Mise en place d’une classe flexible : quels impacts sur les compétences des élèves ? », Écrit Réflexif Master Métiers de l’Enseignement de l’Éducation et de la Formation Mention Enseignement Premier Degré, Marion DEL’HOMME Sous la direction de Hervé Mortier
6 Enseigner en classe flexible, Anne Larcher, Evie Laversanne, Adeline Michel, Aurélia, Onyszko Leclaire et Séverine Walker, collection éducation positive, éditions Retz.

Marianne est responsable de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog. Passée par l'édition, la médiation culturelle et l'enseignement, elle aime tout particulièrement aborder des sujets pédagogiques, culturels et d'actualité.

1 Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Taper la réponse pour valider votre commentaire * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.