Avec le déconfinement, les écoles rouvrent progressivement et les élèves doivent s’habituer à un nouveau mode de vie scolaire. En effet, pour ceux qui sont de retour à l’école, la vie a bien changé. Ils sont soumis à un protocole sanitaire très strict : lavage des mains toutes les heures, distanciation physique, arrivée à l’école en décalé, etc. Mais qu’en est-il des cours de récréation ? Il est naturel pour les enfants, surtout les plus petits, de jouer ensemble, de courir, de se toucher et se rapprocher. Comment se sont adaptés les établissements scolaires à cette nouvelle réalité ? Et si, justement, on profitait de cette crise pour repenser les cours de récréation afin de les rendre plus naturelles et plus inclusives ?

Les cours de récréation après Covid-19

Avec la reprise du chemin des classes, les écoles se sont adaptées et ont essayé d’organiser au mieux les cours de récréation tout en respectant les gestes barrières.
Tour d’horizon de ce qui a été mis en place en France et ailleurs…

Récréation échelonnée et jouets de la maison

200 élèves en même temps dans la cour de récréation, ce n’est plus possible. Certaines écoles ont donc choisi d’échelonner ces temps de jeux, afin que plusieurs groupes d’enfants ne risquent pas de s’y croiser. Dans certaines maternelles, les enfants peuvent apporter leur vélo pour profiter de l’espace sans se toucher. D’autres peuvent apporter de la maison de petits jouets et des cerceaux. Et beaucoup d’écoles ont choisi de donner des craies aux enfants, même aux plus grands ! On peut faire tellement de choses avec une simple craie !
dessin craie

Des marquages au sol pour les plus petits

Des élèves de maternelle jouent dans la cour de récréation d’une école de Tourcoing, le 12 mai. Photo Lionel Top

Cette photo a été partagée plus de 15 000 fois et beaucoup de personnes ont été, de prime abord, choquées. L’Académie a donc apporté des précisions. Il s’agissait d’une classe de moyenne section de maternelle pour qui la notion de distance est très floue. L’enseignante avait dessiné des carrés au sol afin de leur expliquer la distanciation et elle était en train de leur expliquer les règles du jeu qu’ils allaient faire depuis leur carré. Le journaliste qui avait partagé la photo sur Twitter, est également revenu sur les faits en éclairant le contexte : « Pour faire respecter les distances, tout en profitant des récrés, l’équipe pédagogique a dessiné des carrés au sol pour les plus petits. Les enfants jouent, dansent, sautent, rient ensemble… mais depuis ce carré. De ce qu’on a vu, ils ne le vivent pas comme une punition. »

Des jeux qui respectent la distanciation physique

Les enseignants et les enfants font preuve de créativité pour continuer à jouer tout en respectant la distanciation.  « On a aussi installé des cerceaux, des plots, pour sauter dans la cour et on a commencé à apprendre une chorégraphie », raconte Delphine Guinchard, professeure dans une petite école en Sologne au Courrier Picard. De nombreux jeux n’exigent pas forcément un contact physique, comme « 1, 2, 3 soleil » ou des jeux de mimes.
Vous trouverez de nombreuses autres idées d’activités pédagogiques à faire à l’extérieur dans l’article ci-dessous.
enfants jouant avec des cerceaux
Dans le Huffington Post, Nadège Debeir, enseignante en maternelle, explique comment l’équipe éducative a décidé d’organiser les récréations de son école :
« Concernant les récréations, nous avons longuement discuté en équipe. Nous avons prévu de demander à chaque enfant de rapporter à l’école son vélo ou sa trottinette, de façon à ce qu’ils puissent jouer dans un espace commun sans se toucher. […] Nous envisageons également un marquage au sol pour faire des parcours de motricité et l’utilisation du potager de l’école ou de l’espace sans voiture devant l’école. »

Parfois, un peu de musique peut suffire pour amuser les enfants et les faire partir dans une danse endiablée !

Au Québec, dans une école de Sallabey, l’équipe éducative a mis en place un baby-foot humain ! Une bonne idée pour se dépenser et jouer au football tout en respectant la distanciation physique.

La nécessité d’une réflexion sur le long terme…

Au cours de nos recherches, nous avons pu constater que de nombreux enseignants s’inquiètent tout de même des conséquences psychiques sur le long terme pour les enfants de cette impossibilité de se toucher.
Selon Julie Delalande, anthropologue de l’enfance et chercheuse en Sciences de l’éducation, la récréation est un « moment important qui permet de se dégourdir le corps et l’esprit ». Elle ajoute que « pour des élèves, se conformer à ces nouvelles règles représente un effort presque supérieur à ce qui est demandé en classe, au plan pédagogique ». Une solution serait de laisser de petits groupes d’enfants d’un même groupe classe jouer ensemble dehors comme c’est le cas au Danemark.

La cour de récréation de demain

Et si cette pandémie était justement l’occasion de repenser les cours de récréation ? Voici ce qui pourrait être généralisé…

Une cour de récréation non genrée

Selon Edith Maruéjouls, géographe du genre, les cours de récréation sont trop centrées sur les terrains de sport de type football, basketball et handball. Ces terrains de jeu sont majoritairement occupés par des garçons. Cette spécialiste du territoire étudie les cours d’école depuis 2010. Dans une vidéo TedX de novembre 2017, elle explique que « Les pratiques de loisirs des garçons sont survalorisées et sur-portées par les collectivités. Tout cela légitime la présence masculine dans l’espace public et a tendance à reléguer les filles à l’espace privé ou à l’espace scolaire. » En prolongement de son travail de sensibilisation sur ce sujet, elle a travaillé sur la répartition des espaces dans la cour de récréation avec plusieurs écoles.
D’autres initiatives ont lieu en France, c’est le cas notamment dans la ville de Trappes-en-Yvelines, où Thomas Urdy, élu socialiste et maire adjoint à l’urbanisme et l’environnement pour la ville de Trappes a travaillé à repenser les cours d’école de sa ville en s’éloignant des habituelles cours bitumeuses.

Une cour de récréation inclusive

La récréation est un lieu et un moment particulier dans le développement de l’enfant puisque ce dernier va interagir socialement et physiquement avec d’autres enfants, dans le jeu et l’amusement. La cour de récré doit être pensée pour offrir une place à chaque enfant et chaque adulte, quelles que soient leurs particularités (milieu social, genre, origine ethnique, orientation sexuelle, handicap…). Chacun doit pouvoir y trouver un coin où il se sent bien.

Par exemple, pour que chaque enfant puisse accéder à la cour, il est nécessaire de prévoir une rampe d’accès pour les élèves à mobilité réduite. C’est indispensable pour eux, et plus confortable pour tout le monde. Aujourd’hui, de nombreux établissements scolaires ne sont pas encore en règle par rapport à la loi de 2005 sur l’accessibilité pour tous.

Dans le cas des enfants porteurs de troubles autistiques, l’association Les Récrés Éducatives accompagne les enseignants et les familles dans le processus d’inclusion. L’enfant porteur de TSA a du mal à appréhender les règles du jeu de la cour de récréation. Il aura alors tendance à s’isoler en récréation. Il passe son temps à essayer de comprendre, se pose des questions… Parfois, il imite, mais il préfère souvent parler tout seul, faire des allers-retours, courir seul… Ces comportements peuvent être perçus comme “bizarres” par ses camarades. Il est donc très important de sensibiliser les enfants neurotypiques à cette différence, c’est une étape primordiale de l’inclusion.

Une cour de récréation inclusive est donc une cour accessible à tous et qui propose différents coins et recoins pour que chaque enfant puisse y pratiquer son activité préférée : jouer au foot, faire des explorations dans la terre, bavarder, dessiner…
Enfants discutant dans une aire de jeu

Une cour de récréation plus proche de la nature

En 1997, une étude suédoise s’est intéressée à l’influence de l’environnement sur le développement d’enfants âgés de 3 à 7 ans (Grahn et al.). Deux structures accueillant des enfants de 3 à 7 ans, ont été étudiées pendant 1 an.
L’une avait un extérieur classique (sol plat et lisse, gazon, aires de jeux bien délimitées, un parterre de fleurs, etc. Bref, comme la plupart des cours de nos écoles maternelles). L’autre avait un espace extérieur qui avait été conçu pour permettre aux enfants d’être au plus proche de la nature. Il comportait un jardin sauvage, de grands arbres, des rochers, un bosquet, un sol irrégulier, une grande surface de sable, des balançoires, des cordes…
Les deux crèches étaient comparables sur tous les autres points (surface du terrain, nombre d’enfants, catégories socio-professionnelles, réputation, etc.). On a étudié les compétences des enfants dans de nombreux domaines de développement. Les résultats ont été sans équivoque ! Les enfants qui passaient plus de temps à l’extérieur, dans la nature, avaient de meilleurs résultats aux tests dans tous les domaines de développement évalué. Ils étaient plus concentrés, plus agiles, plus résistants aux maladies, plus créatifs, plus à l’écoute, plus calmes, plus aptes à résoudre leurs conflits…
Selon le site Éveil et Nature, « notre culture collective n’envisage en premier lieu que des cours d’école les plus traditionnelles possible, goudron, toboggan amorti sur un sol en gomme, platane, marelle tracée au sol et éventuellement carré de pelouse dans lequel on ne va pas quand c’est mouillé ». Il existe pourtant de nombreuses autres possibilités, comme dans cette école de Questembert en Bretagne qui a choisi de remplacer le goudron par des copeaux de bois.
Cour de récréation végétal

Source : Groupe Facebook Apprendre et jouer dehors

Encourager la biodiversité en milieu scolaire

Privilégier une cour végétalisée, c’est aussi privilégier la diversité biologique. En ayant des espaces naturels, on redonne de l’espace à la faune et la flore. Avec les enjeux climatiques actuels, la préservation de la biodiversité est essentielle. Quoi de mieux que l’exploration de leur cour d’école pour éveiller la curiosité des enfants pour la nature et leur donner envie de la protéger ? Nous vous conseillons ce guide gratuit édité par WWF qui comprend de nombreuses idées d’aménagement et d’activités éducatives autour de la biodiversité dans la cour d’école.
Et pour les écoles qui ne peuvent pas (pour l’instant) réaménager leur cour ? Une solution pourrait être de commencer doucement. Emmenez votre classe dans les parcs de la ville à proximité de l’école une ou deux fois par semaine, organisez des classes vertes, créez un petit potager dans la cour…

Une cour de récréation active

Une cour de récréation active, c’est une cour avec différents types de jeux moteurs qui permettent de travailler le vestibulaire. Isabelle Babington, ergothérapeute et cofondatrice de la Meex (Maison des enfants extraordinaires), nous raconte comment elle imagine cette aire de jeux :
« 
Dans la cour de récréation, il y aurait des toboggans, des balançoires et des bacs à sable. On verrait le retour des cordes à sauter, des marelles, des élastiques, des structures pour grimper. Grimper, sauter , tripoter des textures, se balancer, nourrit le cerveau des enfants pour les apprentissages ultérieurs et participe à la modulation neuro-sensorielle. »
Enfant qui tire une corde
Et vous, comment imaginez-vous les cours d’écoles de demain ? Avez-vous été témoin de changements positifs dans l’aménagement de la cour de votre enfant ? Partagez vos idées et témoignages en commentaires.
Sources :
La cour de récré, Le web pédagogique, le 4 janvier 2019
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Mathilde est coordonnatrice Tiers-Lieu chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog.

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