Margarida Roxo est ergothérapeute au CERPEA (Centre d’évaluation et de rééducation pour enfants et adultes) de Beausoleil dans les Alpes-maritimes. Elle exerce également au cabinet Espace Néroli à Cagnes-sur-Mer. Formée à l’Ecole Supérieur de Santé du Alcoitão, au Portugal, spécialisée en Intégration Sensorielle, elle su convaincre l’équipe pluridisciplinaire et la direction du CERPEA soucieuse de rester à jour sur les pratiques reconnues de tout l’intérêt cette approche.
Tout récemment, Magarida nous a contactés pour nous faire part d’une très grande nouvelle scientifique, largement saluée par les ergothérapeutes : l’ASI – c’est à dire l’Intégration Sensorielle selon les principes de Jean Ayres –  a été déclarée par un rapport du National Clearinghouse on Autism Evidence and Practice Review Team comme étant une pratique probante dont l’efficacité est confirmée auprès des enfants avec TSA.
Margarida revient pour nous sur l’IS, son histoire, ses principes et sur la place de cette pratique dans ses prises en charge.

Intégration Sensorielle, un peu d’histoire

L’Intégration Sensorielle (IS) est une approche développée aux Etats-Unis par Jean Ayres, ergothérapeute à partir de la fin des années 1960. Au cœur de ses efforts, l’envie de mieux comprendre la relation entre les composantes sensori-motrices et les difficultés observées chez certains enfants au quotidien (notamment dans les apprentissages scolaires).
Si dans ses débuts l’IS visait une population d’enfants présentant des troubles d’apprentissages (notamment la dyspraxie, connue aujourd’hui sous l’appellation de Troubles du Développement de la Coordination), son intérêt pour les enfants ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) est de plus en plus exploré au fur et à mesure des années.

Outre ses compétences de clinicienne reconnues, Jean Ayres est également connue par sa qualité de chercheuse et son dévouement à la science. La validation de ses hypothèses à travers des études contrôlées a permis des avancées majeures dans la compréhension des neurosciences, de la théorie de l’IS, notamment les concepts de base, les profils « diagnostiques » et les principes d’intervention. Son travail nous a fourni des ressources très riches qui restent une référence pour les recherches actuelles dans le domaine.

>> L’intégration sensorielle selon A. Jean Ayres 

Intégration Sensorielle pour les Trouble du Spectre de l’Autisme : une pratique probante

Aujourd’hui, l’évolution des neurosciences et de l’ergothérapie, ainsi que des protocoles de recherche de plus en plus maîtrisés nous permettent de commencer à clarifier l’intérêt de l’utilisation de cette approche avec différentes populations, notamment les enfants avec un TSA.
En mai 2020, c’est avec engouement que les ergothérapeutes découvrent qu’une revue systématique du National Clearinghouse on Autism Evidence and Practice Review Team inclut l’IS ou ASI (Ayres Sensory Integration) dans son rapport  comme étant une pratique probante dont l’efficacité est confirmée auprès des enfants avec TSA.

Ainsi, sa pratique en ergothérapie est validée scientifiquement et est reconnue dans la prise en charge d’un enfant porteur de TSA. Il nous paraît donc important de poursuivre les travaux de recherches dans ce sens. Cette pratique est de plus en plus utilisée au quotidien dans le cadre de l’intervention clinique en ergothérapie et en France de nombreux ergothérapeutes s’y forment chaque année.
La recherche se poursuit dans ce domaine et est encore nécessaire (les ergothérapeutes, fidèles aux pratiques probantes les réclament). Cette validation reste une évolution majeure pour les familles et les cliniciens qui portent sur les enfants ce regard emprunté à Jean Ayres : ludique, curieux et riche en sensations mais toujours rigoureux et déterminé à proposer les meilleures pratiques en lien avec les avancées scientifiques.

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à consulter l’intégralité de ce rapport qui pointe d’autres pistes d’intervention également fondamentales pour la prise en charge des enfants avec un TSA

>> Qu’est-ce que l’intégration neurosensorielle 

Marie-Laëtitia de Pennart, une ergothérapeute qui exerce au cabinet Ergosevrier et pratique l’IS

Une pratique probante – le significat

Les recommandations de pratiques se basent sur des travaux de recherche scientifique de haut niveau de preuve, telles que les revues systématiques et les méta-analyses. L’objectif est de donner des informations concrètes aux cliniciens sur les techniques ou les modèles de pratique et leur efficacité. C’est d’une importance majeure lorsqu’on travaille dans le domaine de la santé. Nous avons le devoir de proposer une intervention adaptée. Connaître les avancées scientifiques de ce que l’on propose et être conscient de ses limites est, pour moi, une obligation des intervenants dans le médico-social. C’est pour cela que les rapports comme celui-ci prennent de l’importance pour le quotidien des ergothérapeutes.

Ayres Sensory Integration (ASI)

Plusieurs types d’intervention se basent sur la sensorialité, cependant les concepts et les principes d’intervention divergent ainsi que les données scientifiques qui les supportent. Le terme ASI se distingue des autres techniques par l’obligation d’une formation avancée et des conditions de pratique très spécifiques, dans un souci de clarté et de précision pour le patient. Pour ce rapport c’est ce terme qui est retenu, c’est à dire, que c’est l’Intégration Sensorielle selon Ayres qui est jugée probante.

https://www.bloghoptoys.fr/integration-sensorielle

Mon parcours et la place de l’Intégration Sensorielle dans mes prises en charge

Je suis ergothérapeute depuis 2011 formée à l’Ecole Supérieur de Santé du Alcoitão, au Portugal. Rapidement, une formation avancée en IS était pour moi une évidence. Dans ma première année de travail, j’ai eu l’énorme chance de travailler dans un projet d’intervention précoce (enfants 0-6 ans) en contexte communautaire où j’ai pu côtoyer mes premiers patients présentant des troubles d’IS. Tout de suite après cette première année, je me suis donc inscrite au programme de master en Ergothérapie dans la branche de spécialisation en IS. Ce fut deux années essentielles d’apprentissages, tant sur le plan théorique que pratique.

En 2015, je pose mes valises dans les Alpes-Maritimes où, très vite, je trouve des équipes qui tiennent à rester à jour sur les pratiques reconnues. Si à l’Espace Néroli à Cagnes-sur-Mer, il existait une salle qui se prêtait à un travail en IS, au CERPEA à Beausoleil, ce projet voit également très vite le jour. L’équipe pluridisciplinaire et la direction du CERPEA m’ont fait confiance et un des bureaux de consultation « classique » s’est vu ainsi transformé, catalogue Hop’Toys sous le coude : installations au plafond, vinyl au sol, tapis, balançoires, tableau noir au mur, tissus de différentes textures, ballons de toutes tailles, mousses de tous genres, équipements divers…

Aujourd’hui cette pièce et l’IS font partie intégrante de la « boîte à outils » des ergothérapeutes du cabinet et ont trouvé leur place dans l’offre de soins proposée par l’équipe pluridisciplinaire qui est attentive à tout signe de trouble d’IS.

>> Créer une salle d’intégration sensorielle

L’IS est une approche clé lorsque l’on reçoit certains profils, notamment les enfants avec des troubles sensori-moteurs, de l’oralité alimentaire ou du spectre de l’autisme. Pour ces derniers, spécifiquement, je la couple généralement avec des stratégies de communication améliorée et alternative, comportementales, ainsi qu’à la guidance parentale recommandées par la Haute Autorité de Santé et par différents organismes internationaux, et en collaboration avec les différents intervenants médicaux, paramédicaux et éducatifs, afin de répondre au mieux aux besoins des familles et des enfants.

Parmi les inquiétudes des familles, on retrouve plusieurs demandes en lien avec le quotidien, notamment :

  • L’habillage, notamment le refus de certaines textures, vêtements ou chaussures, des difficultés pour séquencer la tâche ou pour maîtriser les gestes,
  • L’hygiène, comme des résistances pour aller au pot ou aux WC, refus de se doucher, de se faire couper les onles, de se brosser les dents ou de se  faire couper les cheveux, difficultés pour apprendre à s’essuyer, se laver ou doser le gel de douche,
  • Le repas, telles que des difficultés lors de la diversification, des préférences marquées pour certains aliments, une mastication inefficace ou des difficultés pour l’utilisation des couverts,
  • Les situations de jeu avec les autres enfants si l’enfant est gêné par les bruits ou les contacts tactiles, difficulté à respecter l’espace de l’autre ou d’accompagner le niveau de jeux des pairs,
  • La vie à l’école, telles que des difficultés, par exemple, à rester assis ou à faire la queue, à participer aux activités plastiques (peinture avec les doigts, pâte à modeler, collages,…), aux activités physiques (difficultés pour coordonner et automatiser les gestes,…), comprendre les consignes et répondre de façon adéquate,
  • Les sorties en extérieur, avec des difficultés pour rester en place, s’orienter dans l’espace ou réagir de façon adaptée aux bruits, lumières ou sensations tactiles, etc.

L'intégration neuro sensorielle expliquée en facilitation graphique

>> Lire aussi : S’inspirer de l’intégration neurosensorielle à la maison

L’évaluation en Intégration Sensorielle

Seule une évaluation complète permet de comprendre le profil de l’enfant et de correctement interpréter les difficultés que les enfants et les familles rencontrent au quotidien.

C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur et qui ne peut pas être négligé. Seule une évaluation complète permet de comprendre le profil de l’enfant et de correctement interpréter les difficultés que les enfants et les familles rencontrent au quotidien.
Une évaluation en IS inclut nécessairement plusieurs moments :

  • l’entretien auprès des parents et de l’enfant, comprenant le recueil des besoins et des questions visant différents éléments d’IS ;
  • l’observation en situation de jeu et/ou des mises en situation « réelle », comme l’observation d’un repas, d’une routine matinale ou d’une situation de classe ;
  • les observations cliniques spécifiques à l’IS. Ce sont des petits exercices moteurs (sauter, imiter certaines positions, entre autres) qui nous permettent de faire le lien entre les mécanismes sensoriels, moteurs et comportementaux ;
  • la passation de bilans normés, spécifiques ou pas à l’IS ;
  • et l’éventuelle passation de questionnaires, comme le connu Profil Sensoriel de Dunn. En réalité, et malgré une utilisation très répandue, il est pour moi très important de ne pas oublier les limites des questionnaires et de garder en tête qu’aucun profil ne peut être établi uniquement avec celui-ci. C’est un outil en plus qui vient enrichir une évaluation complète en ergothérapie et IS ;

L’échange pluridisciplinaire permet par la suite d’avoir une vision plus complète de l’enfant et de restituer l’évaluation dans un contexte plus global. De celle-ci, peut résulter le diagnostic par le médecin coordinateur et le plan thérapeutique.

>> Voir aussi : « Ins et trouble du traitement sensoriel – étude de cas »

La prise en charge en Intégration Sensorielle

Lorsque je rencontre une famille j’évoque l’intérêt d’une prise en charge en IS sous deux axes dissociés :

Le premier est le résultat naturel d’un bilan et du moment de restitution. Il permet à l’enfant et à la famille de mieux comprendre le fonctionnement sensoriel de l’enfant, son profil. Ainsi le patient s’approprie le vocabulaire, les concepts et peut mettre des mots sur ses ressentis et ses besoins et l’expliquer à son entourage (notamment à l’école, avec bilan écrit à l’appui).

Le deuxième axe est la mise en place de séances visant les mécanismes d’IS en se basant directement sur le modèle de l’ASI (Intégration Sensorielle selon Ayres). En ciblant :
– la régulation et la perception sensorielle (réagir et appréhender de façon adaptée les sensations et mieux les interpréter) ;
– les composants sensori-moteurs (schéma corporel, contrôle postural, coordination bilatérale et la triade de la praxie : idéation-planification-exécution motrices, entre autres).

L’objectif est de permettre à l’enfant de mieux appréhender son quotidien, ses relations et ses apprentissages. Ces sont habituellement des séances très actives, avec beaucoup de mouvement, riche en sensations tactiles, vestibulaires et proprioceptives. Le thérapeute et l’enfant construisent ensemble des situations de jeu qui défient et sollicitent des compétences diverses, notamment la modulation et la discrimination sensorielle, la résolution de problèmes, le développement d’idées et de nouveaux plans moteurs ainsi que les comportements adaptatifs. Tout cela dans un cadre qui se veut assez souple pour respecter l’enfant et ses besoins, et ludique pour assurer la motivation et l’engagement tout au long de la prise en charge.

Aller plus loin

Vous souhaitez en savoir plus sur l’intégration neurosensorielle ? Téléchargez gratuitement notre livre blanc sur le sujet. Un guide complet pour comprendre les troubles INS et accompagner son enfant et/ou son patient par une approche INS.

livre blanc

Notre livre blanc est préfacé par Isabelle Babington, ergothérapeute et formatrice en INS, co-fondatrice de la Meex et auteure de l’ouvrage L’enfant extraordinaire, comprendre et accompagner les troubles des apprentissages et du comportement grâce à l’intégration neurosensorielle, éditions Eyrolles.

Les outils pour l’intégration sensorielle

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Marianne est responsable de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog. Passée par l'édition, la médiation culturelle et l'enseignement, elle aime tout particulièrement aborder des sujets pédagogiques, culturels et d'actualité.

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