L’INS est notre capacité à sentir, à comprendre et à traiter les informations sensorielles provenant de notre corps et de notre environnement afin d’y répondre de manière adaptée par des gestes, des comportements, des émotions. Lorsque l’intégration sensorielle fonctionne bien, l’enfant apprend à agir de manière appropriée à son environnement et à interagir. Mais de nombreux enfants ayant des particularités neuro-sensorielles subissent un dysfonctionnement de ce processus qui les impacte dans de nombreux domaines. L’approche en intégration neuro-sensorielle, va permettre de « modifier et d’agir sur [leurs] chemins neuronaux »* explique l’ergothérapeute spécialiste en INS, Isabelle Babington. Mais au delà de la thérapie en intégration neurosensorielle, les grands principes de cette approche peuvent permettre de repenser les espaces et la société de manière à tenir compte des particularités sensorielles de tous. On commence à la maison ?

L’intégration neurosensorielle, qu’est-ce que c’est ?

Nous l’avons dit, l’intégration neurosensorielle est notre capacité à percevoir, à comprendre et à traiter les informations de notre corps et de notre environnement que nous transmettent nos sens : la vision, le toucher, l’odorat, le goût, l’audition mais aussi les systèmes vestibulaire (sens de l’équilibre) et proprioceptif (sens de la position, sorte de GPS de notre corps).
Et oui, nous avons 7 sens !

Bien sûr, nous avons tous des particularités sensorielles. Nous ne supportons pas certaines odeurs, certaines matières, etc. Mais lorsque ces particularités affectent la vie quotidienne, les apprentissages, la vie sociale, il convient de traiter ce dysfonctionnement du processus d’intégration sensorielle. Cela est d’autant plus important que l’intégration neurosensorielle constitue la base des apprentissages de l’enfant (voir ci-dessous Pyramid of learning de William & Schellenberger). Elle permet le développement du sensori-moteur jusqu’au développement comportemental et cognitif. C’est dire son importance !

Il existe plusieurs types de troubles de l’intégration sensorielle (qui peuvent s’associer, s’ajouter ou se regrouper)

  • les troubles de modulation sensorielle (hypersensibilité, hyposensibilité),
  • les troubles de discrimination sensorielle,
  • les troubles moteurs à base sensorielle (désordres posturaux, troubles praxiques

« Les troubles d’intégration neurosensorielle, nous rappelle Isabelle Babington, affectent des enfants n’ayant pas fait l’objet d’un diagnostic particulier, mais aussi la plupart des enfants qui se trouvent dans le spectre de l’autisme, beaucoup d’individus ayant des troubles des troubles de l’attention, des troubles DYS, de nombreux enfants précoces, beaucoup d’enfants qui ont été privés sensoriellement dans les premiers jours, mois ou années de leur vie [prématurés, orphelins], les enfants atteints de lésions neurologiques, tels que les enfants paralysés cérébraux. » Bien souvent ces troubles du traitement sensoriel vont de pair avec une hyperactivité.

>> En savoir plus : L’intégration neurosensorielle selon A. Jean Ayres

L’INS : au delà d’une thérapie, une approche pour repenser la société

Développée par l’ergothérapeute américaine A. Jean Ayres dans les années 1970, la thérapie par l’intégration sensorielle est une approche de référence pour les ergothérapeutes outre-atlantique et fait de plus en plus sa place en France.
Mais au delà d’une thérapie pratiquée par un·e ergothérapeute ou un·e psychomotricien·ne (notamment) formé·e, l’INS peut aussi être considérée comme une approche à travers laquelle repenser les espaces et la société, à travers laquelle accompagner les apprentissages et l’éducation de son enfant.

L’intégration sensorielle n’est pas une méthode miracle, ou une promesse de « guérison rapide », c’est une approche sensible et logique, basée sur des principes neurologiques, utilisables par tous ceux qui sont motivés, ouverts, et prêts à voir les choses d’un œil neuf. (Isabelle Babington)

Par ailleurs, comme l’explique l’association Centre de Rééducation Motrice de Champagne : « Il est important que les milieux de vie de l’enfant (famille, école, milieu de garde, groupes éducatifs) et les autres professionnels reprennent les stratégies gagnantes. Leurs observations sont infiniment précieuses pour l’ergothérapeute. Ces échanges permettent d’amplifier le bénéfice des interventions et le potentiel de l’enfant. »

Alors comment s’inspirer des grands principes de l’INS pour repenser l’environnement de l’enfant, pour être à l’écoute de ses besoins particuliers ?

>> Lire aussi : Qu’est-ce que l’intégration neurosensorielle

>> À télécharger : Les particularités sensorielles en une infographie 

Adopter l’approche INS dans avec nos enfants

1. Adapter son environnement

Il est gratifiant de maîtriser son corps dans un environnement stimulant. La réponse elle-même procure de nouvelles informations sensorielles. (Isabelle Babington)

Modes d’interaction à privilégier, activités – notamment motrices – proposées au quotidien à l’enfant, adaptations de son environnement physique… des stratégies ou des adaptations de l’environnement peuvent être mises en place pour aider l’enfant selon son profil sensoriel.

A la maison pour le moins en attendant que avec les enfants hypersensibles, on portera une grande attention à la luminosité, en privilégiant la lumière naturelle autant que possible et en évitant les lumières trop vives.
On évitera les bruits de fond incessants ; la télévision allumée en permanence, un frigidaire ronronnant, l’aspirateur peuvent surstimuler certains hypersensibles auditifs.
On privilégiera une décoration épurée et on apprendra à l’enfant à ranger après chaque activité car le désordre peut être très désorganisant pour un enfant.

Une décoration pas trop chargée et un bon aménagement des affaires participent à la bonne organisation cérébrale. (Isabelle Babington)

>> Lire aussi : Comment aménager la chambre d’un enfant autiste

2. Permettre de s’auto-réguler

Les enfants qui ont des troubles du traitement sensoriel ont souvent des difficultés à s’auto-réguler. Certains objets, à choisir selon le profil sensoriel de l’enfant, peuvent les y aider.

Empêcher un enfant de tripoter un objet ne va pas l’empêcher de remuer, au contraire, il continuera à rechercher la sensation dont il a besoin. (Isabelle Babington)

Les fidgets permettent à l’enfant de s’auto-réguler dans certaines situations (comme nous le faisons tous, lorsque nous tripotons quelque chose en réunion, au téléphone, lorsque nous sommes nerveux…) de manière discrète et socialement acceptable. En répondant au besoin sensoriel de l’enfant, on peut ainsi libérer sa capacité à se concentrer. Bien sûr, il faudra trouver le fidget répondant au plus près au besoin de l’enfant (vestibulaire ? proprioceptif ? visuel ? ) et lui expliquer quel est l’objectif de l’usage de son fidget, afin de le responsabiliser sur son usage de celui-ci.

Et puis, bien sûr, on aménagera ce que l’on aimerait voir partout pour permettre aux personnes hypersensibles de s’auto-réguler lorsqu’elles sont soumises à un environnement sollicitant leurs sens à outrance : un coin refuge !

3. On bouge !

Un impératif : il faut reconnaître le besoin de bouger des enfants et favoriser leurs mouvements au quotidien ! Marcher pour aller à l’école, faire du vélo, grimper, tourner, sauter, explorer des textures, se balancer… tout cela nourrit le cerveau des enfants pour les apprentissages ultérieurs et participe à la modulation sensorielle.

On s’adapte à leur besoin de mouvement

A la maison pourquoi ne pas proposer à votre enfant une assise dynamique ? Tâchons de comprendre qu’il est difficile pour un enfant qui a déjà été assis toute la journée à l’école de se tenir immobile sur sa chaise le soir à table par exemple. Un coussin gonflable comme un Dynair lui permettra de rester assis tout en exerçant son besoin de mouvement.
Les leçons peuvent être apprises allongé, récitées en marchant, les bureaux peuvent être choisis réhaussables pour permettre d’y travailler debout. Dans certaines écoles – outre atlantique surtout – les enfants travaillent en pédalant en même temps sur des vélos. Le mouvement peut en effet grandement favoriser l’attention.

Avec les bébés on privilégiera le portage ou les hamacs souples plutôt que les maxi-cosy, qui plus rigides, ne permettent pas assez de ressentir le mouvement.

Certains matériels et équipements favorisent l’intégration neuro-sensorielle en faisant travailler notamment les systèmes proprioceptif et vestibulaire. Ce dernier permet de développer l’équilibre et la coordination des mouvements des yeux, de la tête et du corps.
A cet égard, les parcours moteur avec des franchissements d’obstacles, des mises en situation d’équilibre sont particulièrement intéressants.

On rebondit !

Tel un Monsieur Jourdain, on « fait » souvent de l’intégration neuro-sensorielle sans le savoir ! 😉 Lorsqu’on offre un petit trampoline ou un Rody à son enfant ou tout autre équipement pour rebondir, on lui apporte une stimulation vestibulaire. Les poussées et les atterrissages demandent en effet équilibre, coordination et planification motrice.
Le matin, on pourra permettre à l’enfant de sauter sur un mini trampoline pour être bien réveillé, recommande Isabelle Babington.
Les ballons de thérapie, comme le Sit’n gym sont également à conseiller. Ils peuvent être utilisés dans toutes les positions et à travers de nombreuses activités de flexion, extension, équilibre et ajustements posturaux. A l’instar des coussins Dynair, ils peuvent également servir d’assise dynamique.

On teste son équilibre !

Les planches d’équilibre, (comme la planche Robo ou les Arches par 3 ci dessous) permettent d’augmenter le retour vestibulaire et de travailler le rééquilibrage en obligeant l’enfant à adapter sa posture et à maintenir son équilibre.

On se balance !

Le fait de se balancer permet de stimuler le système vestibulaire ! Ce dernier réglemente le sens du mouvement et de l’équilibre, c’est ce qui nous permet de situer notre corps dans l’espace, dans nos déplacements et ceux de notre entourage. Les balançoires permettent également de travailler la stimulation vestibulaire, le contrôle postural et l’équilibre. Larges, sous forme de plateformes, elles offrent une multitude de mouvements possible et peuvent être utilisée débout ou assis. Les hamacs sont également à conseiller : dans un hamac, l’enfant utilise ses 5 sens, son agilité motrice et l’échange avec l’autre pour combler sa curiosité naturelle et comprendre son environnement. Pour Méline Dutriévoz, directrice de crèche, vainqueure des trophées Girafes awards pour la petite enfance avec son projet de hamac-observatoire : « En lien avec la nature, [le hamac] est également en phase avec le développement de l’enfant. »

On tourne !

Les toupies sont des supports très ludiques permettant de développer une grande variété de compétences motrices : équilibre, coordination générale, force musculaire, etc.

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Pas de toupie à la maison ? Rattrapez vous en offrant à votre enfant des tours de manège ! C’est en effet également une très bonne stimulation vestibulaire !

 On roule !

Les planches à roulettes stimulent la motricité et la coordination. En fonction de la planche choisie, l’enfant pourra s’asseoir, s’allonger, etc. Certaines, comme la planche de surf, développée en collaboration avec des kinésithérapeutes spécialisés en pédiatrie permet plusieurs positions et renforce le tonus musculaire.

On explore !

On permet à l’enfant de faire des expériences sensorielles avec des bacs dans lesquels on met

  • des matières naturelles (herbes, cailloux, sable, terre, eau, écorces, rondins de bois, etc)
  • des matières alimentaires (farine, semoule, lentilles, colorant alimentaire, etc)
  • des objets permettant des manipulations (cuillères profondes, tuyaux en cartons, en PVC).

On s’équipe de balles, de jeux et de plaques tactiles offrant des textures variées. On opte pour du matériel ludique sollicitant l’engagement de l’enfant (balles, rubans de motricité).

… et on mâche du chewing-gum 😉
mâcher du chewing-gum : cela peut paraître surprenant, c’est une source de sensations régulatrices qui peut permettre à certains de mieux se concentrer. De même croquer dans une carotte, une pomme, un cornichon peut être une stratégie de modulation qui fonctionne avec certains enfants.

12 activités vestibulaires à faire à la maison


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Exemple d’activité toutes simple d’intégration neuro-sensorielle : le brain gym ou Bal À Vis X

4. Etre à l’écoute des besoins particuliers de son enfant

« Les vêtements qui grattent » : toute personne ayant eu à habiller un enfant sais à quel point cela peut être compliqué : les collants qui grattent, les cols qui gênent, la matière que l’enfant ne peut pas supporter ! Pourquoi se braquer et ne pas comprendre

La question de la bise : certains enfants, hypersensibles au toucher, n’aiment pas faire la bise. Ne les forçons pas ! Mais proposons lui d’autres manières de dire bonjour ou au revoir qui lui conviendront mieux.

5. Lâcher les écrans !

A chaque fois qu’un enfant passe du temps devant un écran, il ne se fournit pas en informations sensori-motrices organisatrices de son cerveau, rappelle Isabelle Babington.

On le comprend aisément, face à un écran, quel qu’il soit, l’enfant sur-stimule un de ses sens, son système visuel au détriment de tous les autres sens. « Il sous-nourrit ses muscles, ses articulations, ses oreilles internes, ses récepteurs tactiles et les connections indispensables entre eux. Or ce sont ces connections qui doivent lui assurer un flot continu de sensations pour organiser ses apprentissages ET son comportement. » 

6. La nature : fournisseuse officielle d’informations sensori-motrices

Un mot d’ordre : sortir !!
Balançoires, tourniquets, toboggans, bacs à sable… fort heureusement les parcs et jardins publics recèlent d’équipements qui peuvent favoriser l’intégration sensorielle des enfants ! Pour Isabelle Babington, il faudrait cependant y réintroduire les cages à écureuil qui permettent de grimper, de se mettre à l’envers et les tourniquets pour la stimulation vestibulaire. De plus en plus de parcs, de même que des cours d’école intègrent par leur architecture et leurs équipements des principes d’intégration neuro-sensorielle.

Esplanado, aire de jeu réalisée par l’atelier David Steinfeld

Il faut garder à l’esprit que pour favoriser l’intégration neuro-sensorielle de nos enfants (à la base de tous leurs apprentissages, rappelons-le) il faut avant tout les amener à expérimenter différentes sensations. Cela ne veut pas nécessairement dire des sensations fortes, pas besoin de les faire monter dans le plus haut manège ! Leur permettre de marcher, de faire du vélo, de grimper, de s’allonger sur un paillasson de feuilles… voilà autant d’activités indispensables à une bonne intégration sensorielle.

L’ergothérapeute et enseignante Hélène Thomas nous rappelait également (lors de l’inauguration de la salle INS de l’école d’ergothérapie de Nancy) l’importance de leur permettre de comprendre leur  environnement, de le leur expliquer… ce que nous ne pouvons pas faire lorsque nous les accompagnons tout en téléphonant !

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>> Lire aussi : 7 cadeaux pour se reconnecter à la nature et à soi

 

Sources :

L’enfant extraordinaire, Comprendre et accompagner les troubles des apprentissages et du comportement chez l’enfant grâce à l’intégration neuro-sensorielle, Isabelle Babington, éd. Eyrolles.

* : sauf précision, toutes les citations sont extraites de l’ouvrage d’Isabelle Babington : L’enfant extraordinaire, Comprendre et accompagner les troubles des apprentissages et du comportement chez l’enfant grâce à l’intégration neuro-sensorielle.

Marianne est responsable de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog. Passée par l'édition, la médiation culturelle et l'enseignement, elle aime tout particulièrement aborder des sujets pédagogiques, culturels et d'actualité.

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