Le bégaiement est un trouble affectant la fluence de la parole, qui touche 1 % de la population générale. D’où vient le bégaiement ? Comment savoir si votre enfant bégaie réellement et si une consultation est nécessaire ? Comment aider votre enfant qui bégaie ? À l’occasion de la journée internationale de sensibilisation au bégaiement, le 22 octobre 2020, nous avons demandé à Sarah Hervé, orthophoniste, d’aborder ces sujets et de vous donner ses conseils d’experte.

Les causes du bégaiement

On sait aujourd’hui que le bégaiement est plurifactoriel. Il existe une composante génétique et un terrain familial qui prédisposent au bégaiement et déterminent un fonctionnement neurologique particulier. D’autres facteurs, environnementaux ou constitutionnels à l’enfant, peuvent contribuer à ce que le trouble s’installe : événements familiaux, réactions de l’entourage ou de l’enfant, retard de parole et de langage, tempérament perfectionniste…

Comment savoir si votre enfant bégaie ?

Dans le développement normal du langage oral chez le jeune enfant, tant que son système neuro-moteur n’est pas encore mature, sa parole n’est pas fluide : on va noter des répétitions, des reprises d’énoncés, des hésitations. Il peut buter sur un mot difficile à produire. Ces disfluences sans tension, qui correspondent à une recherche linguistique, lui permettent également de garder l’attention de son interlocuteur pendant qu’il élabore sa phrase. Il ne s’agit pas de bégaiement.

En revanche, un enfant qui bégaie va avoir des comportements de lutte avec la parole : des répétitions nombreuses de syllabes ou de mots, des blocages, des prolongations de sons, des crispations du visage (dilatation des ailes du nez, crispation des muscles du front, mouvements de la tête, etc.). Souvent, son regard va fuir lors de la prise de parole : il regarde ailleurs ou ses yeux se ferment. Les coupures dans la phrase interpellent et inquiètent parfois les parents. Le bégaiement peut perturber l’échange et entraîner des réactions de frustration, de colère, de découragement de la part de l’enfant.

le bégaiement

>> À lire : « Orthophonie : les troubles de la fluence »

Quand faut-il consulter un·e orthophoniste ?

Souvent, les parents sont déroutés par le caractère intermittent du bégaiement, qui disparaît à certaines périodes pour ressurgir ensuite. Ils se demandent également si c’est un « vrai » bégaiement, du fait que l’enfant ne bégaie qu’au début des phrases ou quand il veut raconter quelque chose de long. Cela fait partie du bégaiement : c’est un trouble cyclique, qui arrive plutôt en début de phrase.

C’est ce qui peut retarder la première consultation, d’autant que les médecins ne connaissent pas toujours ce trouble et l’importance de la prévention. Le fait que le bégaiement disparaisse 3 fois sur 4 peut les conforter dans une attitude attentiste. Mais pourquoi prendre le risque que le 4e enfant reste bègue ? Nous savons aujourd’hui qu’il est primordial d’intervenir précocement afin d’enrayer le trouble, d’aider l’entourage à adopter la bonne attitude et d’éviter des souffrances chez l’enfant. On connaît la plasticité cérébrale avant 5 ans et on sait que la prise en charge orthophonique sera plus courte et efficace chez un jeune enfant que chez un adulte dont le bégaiement est installé (même s’il n’est jamais trop tard).

Les critères qui amènent à consulter

Il est donc conseillé de consulter un orthophoniste si l’un de ces critères est présent :

  • Le bégaiement est présent depuis plus de 6 mois.
  • Il existe des antécédents de bégaiement persistant dans la famille.
  • L’enfant est en souffrance.
  • Les parents sont inquiets, démunis.

Pour connaître la liste des orthophonistes formés dans votre région, vous pouvez consulter le site de l’Association Parole-Bégaiement (APB). Vous pouvez vous adresser à votre délégué départemental ou directement à l’APB contact@begaiement.org / 09 84 25 74 67.

 Orthophonie et bégaiement

>> À lire aussi : « Voix : les conseils d’une orthophoniste »

Quelques astuces à adopter avec votre enfant qui bégaie

Rétablir le contact oculaire

En tout premier lieu, rétablissez le contact oculaire avec l’enfant en vous mettant à sa hauteur dès que c’est possible. Accroupissez-vous, asseyez-vous et regardez-le. S’il ferme les yeux ou qu’il regarde ailleurs, posez une main sur son bras, son épaule, son dos ou faites-lui une douce caresse sous le menton.

Poser des questions fermées

Afin de ne pas le laisser bégayer trop longtemps, intervenez en lui posant une question fermée « Tu veux me parler de l’école ? De ton copain ? ». Il doit sentir que vous lui apportez votre soutien. Vous pouvez proposer le mot qui bloque à un petit enfant, mais toujours sur le ton interrogatif. Vous pouvez également l’aider à amorcer sa phrase en douceur.

Ajuster le débit de parole

Il est important de lui fournir un modèle de parole accessible et reproductible selon ses capacités. Si vous avez tendance à parler vite, essayez de mettre plus de pauses dans votre parole et d’attendre la réponse avant de lui poser une nouvelle question. Ne lui demandez pas d’agir sur sa propre parole par des conseils du type « calme-toi », « parle doucement », « répète bien »…, cela serait stérile, voire néfaste, car l’enfant pourrait augmenter l’effort de parole déjà trop important. Ce qui fonctionnera, c’est que VOUS montriez un modèle de parole douce et que vous réduisiez votre vitesse de parole. Il fera comme vous.

Un petit enfant qui parle

>> À lire aussi : « Orthophonie et bégaiement »

Reformuler le propos lorsque c’est nécessaire

De manière générale, facilitez-lui la tâche avec sa parole et ne lui demandez pas d’effort de parole. Posez des questions fermées « Est-ce que tu t’es bien amusé à l’école ? » ou des questions à choix « As-tu mangé de la viande ou du poisson ? » plutôt que des questions ouvertes « Qu’est-ce que tu as fait à l’école ? ». S’il bégaie ou qu’il ne prononce pas correctement un mot, pratiquez la reformulation en reprenant le mot correct dans votre réponse. Montrez à l’enfant que vous écoutez ce qu’il veut vous dire et que vous avez compris le message.

Nommer ce qu’il se passe lorsque l’enfant bégaie

Nommez ce qui se passe quand il bégaie : la fausse indifférence est néfaste, car elle est angoissante pour l’enfant qui sent bien que quelque chose ne va pas. Elle peut entraîner un tabou et un sentiment de honte autour du trouble. On peut lui dire : « Tiens, les mots ne veulent pas sortir aujourd’hui, les coquins ! », « On va t’aider si tu veux bien » ou au contraire « C’est facile de parler pour toi maintenant ». Montrez que cela vous arrive aussi et dédramatisez : « Oh ! Tu as vu, j’ai du mal à parler aujourd’hui, je suis fatigué·e ».

La prise en charge en orthophonie

L’orthophoniste choisira les techniques qui lui sembleront les plus appropriées selon l’âge de l’enfant, l’environnement et les facteurs de risque d’installation du bégaiement.

Ces techniques peuvent être :

  • indirectes comme la méthode des capacités et demandes, qui intervient sur l’environnement de l’enfant et aide les parents à modéliser une parole douce
  •  directes comme le programme Lidcombe, qui est une méthode comportementale visant à renforcer positivement la parole douce
  • un travail sur les interactions parents-enfant comme le PCI (Parent-Child Interaction), approche basée sur les interactions familiales filmées.

S’il existe un retard de parole et de langage concomitant, on le traitera afin qu’il n’entretienne pas le trouble de la fluence.

S’appuyer sur des jeux et des activités

Quelle que soit la technique choisie, directe ou indirecte, on aidera l’enfant à acquérir une parole douce et fluide. On mettra toujours l’enfant en situation de réussite, en lui proposant des jeux ou des activités de difficulté syntaxique croissante : plus structurées au départ (avec un début et une fin, des règles bien définies, une durée limitée, des phrases toujours produites sur le même modèle) pour aller vers un langage de plus en plus spontané (jeux d’imitation, jeux de rôle, lecture d’images).

Jeux aux énoncés courts

En particulier si l’enfant est dans une phase de bégaiement sévère, on proposera des jeux appelant des énoncés très courts, afin de modéliser une parole douce sur un ou deux mots et/ou de pouvoir valoriser l’enfant dans sa fluidité comme le Loto des animaux ou le Loto des fruits.

Loto des animaux et loto des fruits

Maxiloto animaux : jeu de loto avec de grandes planches et cartons de jeux sur le thème des animaux. Ce loto met l’accent sur la compréhension et la clarté, privilégiant une approche très concrète grâce aux animaux représentés par des photographies plus vraies que nature.

Loto des fruits : jeu de loto traditionnel en carton très épais sur la thématique des fruits. Ces derniers sont représentés par des photographies, très réalistes, soit en gros plan, soit entièrement sur fond blanc.

>> À télécharger :  » Le bégaiement, un jeu pour aider l’enfant ! »

Jeux pour former des phrases simples, puis plus complexes

Lorsque sa parole deviendra plus fluide, on pourra passer à des lotos faisant appel à la production de phrases simples comme avec le Loto des petites phrases ou Mon premier verger, puis à des jeux complexes comme avec Le train des phrases.

Jeux plus complexes pour "travailler" le bégaiement.

Loto des petites phrases : un jeu de loto pour apprendre à former de petites phrases simples, grammaticalement correctes, sur un modèle sujet + verbe. Il permet une approche ludique dans le développement du langage oral autour de 4 animaux différents faisant des actions simples.

Mon premier verger : un premier jeu de coopération dès 2 ans ! Les enfants parviendront-ils à cueillir ensemble les fruits avant que le corbeau n’atteigne le verger ? Le lancer du dé et le classement permettent d’aborder la désignation des couleurs, des formes et des symboles. Les enfants apprennent à suivre une règle du jeu simple dans une optique non compétitive. Gros fruits en bois faciles à tenir.

Le train des phrases : cette locomotive est idéale pour aider l’enfant à faire des phrases plus longues ! Réalistes ou farfelues, elles sont obtenues grâce aux roulettes de temps et de lieux, en ajoutant un complément aux phrases illustrées.

>> À lire aussi : « Les marionnettes : une médiation orthophonique efficace »

Puis on généralisera ces techniques aux situations de parole plus spontanées et quotidiennes. Ces jeux auront également l’avantage d’enrichir le vocabulaire et la syntaxe de l’enfant présentant un retard de langage et de favoriser ainsi sa fluence. Il sera important de ne pas improviser ces techniques à la maison, mais d’être guidé par un professionnel formé. Plus l’enfant grandira et plus on sollicitera son auto-écoute, son avis sur sa fluence et son action sur sa parole, volontairement ralentie, prolongée ou bégayée.

Un travail de désensibilisation sera nécessaire en parallèle afin que le bégaiement n’engendre pas de sentiment de honte ni de stratégie d’évitement. On invitera l’enfant à parler ouvertement de son trouble, à oser s’exprimer dans les situations de communication et à s’affirmer face à d’éventuelles moqueries lors de jeux de rôles, de jeux théâtraux ou de groupes thérapeutiques.


Sarah Hervé est orthophoniste et thérapeute cognitivo-comportementaliste. Elle reçoit principalement des personnes qui bégaient et des enfants présentant un retard d’acquisition du langage oral. Sur les réseaux sociaux, elle partage des informations sur l’orthophonie, le bégaiement et les signes associés à la parole.

La retrouver sur Facebook : Sarah Hervé Ortho // La retrouver sur Instagram : @sarah.ortho

 

 

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Alexandra est chargée des partenariats influenceurs et rédactrice d'articles sur le blog.

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