Laetita Dorey est éducatrice de jeunes enfants dans un multi-accueil municipal de 60 berceaux. Membre du comité d’expert des « Pas Sages » pour l’association Agir pour la Petite Enfance, en lien avec la Semaine Nationale de la Petite Enfance, et heureuse maman de deux enfants, dont un avec syndrome polymalformatif et autisme, elle nous parle aujourd’hui de l’inclusion en crèche. 

Son histoire

Depuis sa naissance, mon fils était suivi par différents spécialistes : chirurgiens, prothésistes dentaires et orthopédiques, kinésithérapeute, ORL, orthophoniste, psychologue… J’étais une toute jeune maman, c’était mon premier enfant, et je n’avais aucune expérience des jeunes enfants. Pourtant j’avais conscience que chaque jour était important pour lui permettre de se développer et d’apprendre de nouvelles choses.

L’univers dans lequel nous évoluions mon fils, son père et moi était un véritable marathon. Nous n’avions ni l’un ni l’autre le permis et il fallait l’accompagner à tous ses rendez-vous. Un seul kiné avait accepté de prendre notre enfant en charge, mais il ne se déplaçait pas et n’ouvrait pas le week-end. Nous faisions 6km à pieds tous les jours pour le voir. Au bout de trois mois, nous avons découvert qu’il l’hypercorrigeait et que notre enfant souffrait lors des séances, il fallait donc tout recommencer. Ce genre de périple se multipliait à chaque professionnel à consulter.

Un enfant joue sur un tapis

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Parents et professionnels main dans la main pour accompagner au mieux l’enfant

Par la force des choses, nous avons appris à lui faire nous-même ses attèles de contention, à improviser des exercices pour muscler sa sphère oro-faciale, à créer des supports de communication et de motivation… Paradoxalement, ces difficultés d’organisation dans sa prise en charge nous ont permis d’investir peu à peu notre rôle de parent. Au départ, nous laissions toute la place aux professionnels, partant du postulat qu’ils savaient forcément mieux que nous ce qui était bon pour notre enfant, et avec le temps, nous avons pris conscience de notre propre rôle et pris confiance en nous pour l’accompagner. Nous avons également ainsi appris à mieux l’observer et le connaître.

La découverte de Hop’Toys

J’ai découvert Hop’Toys quand mon fils avait deux ans, grâce à son orthophoniste. Quand nous avons découvert le site de Hop’Toys, nous avons été vraiment surpris par l’organisation très particulière des différentes rubriques : tout était classé par compétences à travailler ou développer (langage et communication, motricité, sensorialité, etc.). C’était exactement ce dont nous avions besoin pour aider notre fils à progresser ! 

Une table lumineuse où sont posés des sabliers

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L’inclusion au centre de ma pratique professionnelle

Cette expérience personnelle, survenue avant ma professionnalisation en tant qu’Éducatrice de Jeunes Enfants, m’a permis de mettre l’inclusion au centre de ma pratique professionnelle et de l’accueil des familles à la crèche. Tous les jeunes enfants ont devant eux une multitude de compétences à développer. Ce qui distingue un très jeune bébé en situation de handicap d’un très jeune bébé qui ne l’est pas, ce sont généralement ses perspectives d’évolution, pas ses compétences.

Inclusion : accueillir un enfant en situation de handicap dans sa crèche

L’évolution d’un enfant est souvent bien différente de ce que l’on avait imaginé au départ, et ce, qu’il soit ordinaire ou non. C’est un exemple que je donne souvent aux professionnels qui sont réticents à accueillir à la crèche des enfants en situation de handicap car ils pensent ne pas être suffisamment formés pour le faire. Je leur dis : les bébés que vous accueillez à leur arrivée ont besoin d’assistance pour tous leurs besoins : manger, dormir, se déplacer, être propre. Ils ne voient pas très bien, ne distinguent pas correctement les sons, ont développé très peu de compétences sociales, sont extrêmement sensibles au toucher, au bruit, au mouvement, car le processus de myélinisation en est encore au tout début. Pourquoi ne seriez-vous pas compétent pour accueillir et accompagner un enfant qui en est au même stade de développement, mais qui est âgé de quelques mois de plus ? 

Des activités de motricité fine

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Inclusion en crèche : quelques conseils

Pour moi, être dans une démarche inclusive dans la Petite Enfance, c’est accompagner l’enfant et sa famille « ici et maintenant », c’est- à dire en partant des compétences que l’on observe et en proposant un environnement qui lui permette de se développer à son rythme et surtout de répondre à ses besoins. Ainsi, quand nous travaillons en équipe à l’organisation de la crèche, la posture des professionnels, et surtout l’aménagement de l’espace, nous nous attachons à ce qu’ils puissent répondre aux besoins de tous les enfants, quelles que soient leurs particularités. La seule variante finalement, peut résider dans le matériel ergonomique adapté quand un enfant plus âgé, et donc plus lourd, doit être manipulé parce qu’il n’a pas d’autonomie motrice.  

Innover dans les aménagements proposés

Réfléchir à l’accueil d’enfants présentant des particularités nous permet aussi d’innover et de proposer des aménagements qui sont bénéfiques à l’ensemble du groupe. Je me souviens par exemple d’une journée pédagogique que nous avions organisée à ce sujet. Un groupe de travail avait réfléchi à l’éventualité d’accueillir un enfant souffrant de cécité, et avait proposé des marquages sensoriels au sol pour permettre aux enfants d’identifier le passage d’une pièce à l’autre, sachant que nous fonctionnons essentiellement en portes ouvertes. Cette proposition nous a permis de réaliser que les jeunes enfants qui commencent à se déplacer le font principalement en regardant le sol devant eux et en sentant sous leurs mains et leurs genoux la texture du sol. Un tel aménagement a donc un réel intérêt pour tous les jeunes enfants, et nous l’avons rapidement mis en pratique, alors même que nous n’avons accueilli aucun enfant souffrant de cécité. 

Une étagère Montessori

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S’adapter aux besoins de tous les enfants

Une autre année, nous avons accueilli un enfant présentant des troubles du spectre autistique. Les bruits, les lumières, l’ambiance sensorielle des pièces avait un impact important sur son bien-être et sa capacité à profiter des propositions pédagogiques. En nous adaptant à ses besoins, nous nous sommes aussi adaptés aux besoins des autres enfants qui pouvaient parfois souffrir de trop de sollicitations sensorielles : pièces surchargées, colorées, bruit ambiant trop fort.

Nous avons alors proposé systématiquement dans nos aménagements d’espaces des lieux plus tamisés, plus calmes, accessibles en permanence aux enfants, des propositions inspirées des espaces Snoezelen et qui présentent un réel intérêt pour tous les jeunes enfants, voire même pour les adultes qui travaillent également dans cette ambiance souvent trop bruyante et toujours en mouvement. Ces exemples peuvent se multiplier à l’infini : l’utilisation de pictogrammes, de timer, d’aides visuelles pour le rangement ou l’organisation de la journée, la langue des signes, la multiplication du matériel sensoriel…

Tout ce que nous mettons en place a un réel bénéfice pour tous les enfants que nous accueillons à la crèche, avec ou sans handicap, et il faut bien reconnaître que, la plupart du temps, ce matériel ne s’achète pas dans les catalogues de jeux dédiés aux structures Petite Enfance.  

Soigner ses achats de jeux et outils : ils devront avoir un réel intérêt pour les enfants

Je pense qu’il y a une vraie réflexion à mener dans ce sens-là. Actuellement, de ce que j’observe, les commandes pédagogiques se font dans une démarche de consommation : on feuillette les pages du catalogue correspondant à notre marché, répondant aux invariables découpages : bébé/moyen/grand/- quand ce n’est pas fille/garçon… – et on sélectionne des jouets.  Il y a les pages motricité, les pages jeux symboliques, les pages activités créatives… et depuis quelques années quelques pages « handicap » dans lesquelles on trouve au final le matériel le plus intéressant pour des enfants de moins de trois ans… 

Heureusement, il existe des structures comme celle de Hop’Toys qui propose des jeux et des outils adaptés à tous et qui partage les mêmes valeurs que nous : contribuer au développement d’une société plus inclusive !

Inclusion : critères de sélection

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Adapter son matériel en permanence

Accueillir de jeunes enfants en collectivité, ce n’est pas forcément formater des groupes qui vont « jouer à la dinette », « faire des gommettes » ou « sauter dans la piscine à balles ». C’est aussi s’adapter en permanence aux besoins de chacun tout en permettant une organisation sécure pour l’ensemble du groupe. Ces enjeux-là sont primordiaux et, pour cela, le matériel doit pouvoir lui aussi s’adapter en permanence ! Il faut être honnête, dans la plupart des cas, les deux-tiers des enfants accueillis vont utiliser le matériel de dinette pour explorer les effets qu’ils produisent : touiller avec la cuillère à toute vitesse dans le verre, frapper la fausse cafetière sur la table, mettre une tomate dans le pichet et secouer, ouvrir/fermer les portes du faux lave-vaisselle, voire s’enfermer dedans. Et c’est OK, car le matériel de jeux symboliques fournit une multitude d’explorations sensorielles passionnantes !

Mais quand les professionnels observent les enfants se livrer à ce genre d’expériences, ils sont souvent amenés à tenter de répondre à leurs besoins en fabriquant du matériel plus adapté : on prend une planche de bois, on y découpe une porte on fixe des charnières et les enfants peuvent ouvrir et fermer à volonté. On prend de petites bouteilles de lait, on y verse divers éléments : grelots, sable, haricots, et on scelle le bouchon avec le pistolet à colle… 

Peinture à doigts

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Travailler au plus près des particularités de chaque famille

L’accueil des jeunes enfants en collectivité est un véritable défi, et ce, quel que soit le contexte de vie de l’enfant. En effet, quoi qu’il arrive, nous travaillons toujours au plus près des particularités de chaque famille. Parfois, la problématique se situe sur une situation de précarité financière. Parfois, l’enfant vit dans un milieu familial marqué par une instabilité : déménagement, départ d’un parent, deuil ou même placement… Il se peut aussi que la famille arrive avec le poids de toutes ces questions sans réponses sur le cœur et la confiance en soi abîmée : est-ce que je m’en occupe correctement, pourquoi ne dort-il pas ? Parfois, ce sont toutes ces choses à la fois, et parfois, elles s’accompagnent de « le médecin m’a dit que…. ».

Un travail collaboratif : parents, professionnels, enfant

Dans tous les cas, nous nous adaptons mutuellement, l’enfant, les parents, et l’équipe. L’organisation, les outils de communication, les locaux et le matériel dont nous disposons sont des outils cruciaux pour que l’enfant, avec ses propres compétences, ses propres sensibilités, sa propre histoire, y trouve au mieux son compte… Nous faisons au mieux pour que notre crèche soit inclusive. Le maître-mot pour moi est l’adaptabilité. Il faut reconnaître que le système est parfois encore très rigide et marqué par des années de protocoles et consignes strictes. Ce cadre existe pour nous permettre de garantir un accueil sécure, et il est très important. Il n’est pas là pour enfermer, contraindre, ou empêcher l’adaptabilité.

Trop souvent, des équipes s’empêchent d’innover par peur d’enfreindre le règlement. Les professionnels et les collectivités se tournent alors vers des fournisseurs agrées pour être sûrs que la sécurité des enfants soit garantie, quitte à utiliser du matériel qui ne correspond finalement pas vraiment aux besoins des enfants. Mon rêve à moi quand je m’occupe de la commande pédagogique ? Avoir un marché dans un magasin de bricolage et pouvoir utiliser des matières premières ! M’adresser au menuisier du coin, à des partenaires… En réalité, cela devrait être possible dans les structures municipales qui disposent de différents services qui peuvent être sollicités. Le frein, c’est souvent la question des responsabilités, et c’est une question qui ne doit pas être négligée. J’aimerais parfois me dire que la responsabilité pédagogique, sociale devrait être prise avec le même sérieux que la responsabilité physique et matérielle…  

L’inclusion en crèche, est-ce possible ? Oui, il suffit de prendre en compte les particularités de chaque famille, de proposer un aménagement adapté et des jeux et outils, qui vont permettre à tout un chacun de développer des compétences. 

Céline est assistante communication chez Hop'Toys.

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