Après l’annonce du prolongement du confinement pour encore un mois, certaines familles peuvent se sentir découragées… Comment gérer télétravail et occupation des enfants ? De quelle manière les amener à s’occuper seuls ? Comment accompagner les enfants en situation de handicap ? Chez Hop’Toys, nous travaillons tous les jours à vous proposer de nouvelles ressources et activités. Nous sommes donc allés interroger (à distance !) Patrice Iacovella, sophrologue spécialisé pour enfant et créateur du jeu Emoticartes. Dans cette interview, il vous livre ses conseils et astuces pour vous aider à gérer cette période difficile.

L’importance de développer ses sens

Quels que soient les difficultés ou les handicaps que rencontrent les enfants, cette période de confinement n’est confortable pour personne. Elle peut même dans certains cas renforcer les troubles. Et si nous profitions de cette période pour aider nos enfants à développer leurs différents sens ? Dès la naissance, nous avons 5 sens (le goût, le toucher, l’odorat, l’audition, la vue). Chacun de ces sens se développe à différentes périodes au cours de la croissance de façon naturelle et inconsciente. C’est par ces sens que l’enfant va rentrer en contact avec le monde qui l’entoure, il va avoir sa propre perception et également développer son intelligence.

Petit, c’est avant tout l’odorat et l’ouïe  qui vont le rassurer (odeur de la maman, voix des parents, des sons et musiques de sa chambre…). Puis par le toucher, il va découvrir les différentes matières qui l’entourent (son doudou, ses draps, la peau…). Avec l’arrivée de l’alimentation, le goût va prendre de plus en plus d’importance. Il va notamment découvrir le sucré, le salé, le chaud et le froid, l’acide, l’amer… Quant à la vue, elle va lui permettre de prendre connaissance de son environnement, mais surtout par les neurones miroirs d’apprendre les gestes quotidiens.

1. Des petites activités simples pour développer ses sens

Aider un enfant à développer ses sens, c’est donc l’aider à développer son intelligence. De nombreuses activités existent, mais des choses simples peuvent faire l’affaire. Voici quelques idées d’activités pour travailler les 5 sens avec votre Loulou :

– Goût : les yeux bandés, faites-lui découvrir différentes saveurs ou textures. Puis, demandez-lui d’essayer de les nommer (moutarde, chocolat, citron, grain de café, gelée , huile, miel…)

– Odorat : idem avec des odeurs. Choisissez-en environ 10 (cannelle, menthe, savon, épices diverses, cire de bougie…) et essayez de les lui faire deviner.

– Toucher : dans une boite ou un sac, insérez des objets de différentes tailles, différentes textures, et différentes formes (une épingle à linge, une pièce, une pile, une clé, un bouchon, un ballon de baudruche dégonflé…). En les touchant, il doit les reconnaître, les nommer et essayer d’imaginer leur couleur. 😉

>> Découvrir la boite sensorielle 

– Ouïe : installez-vous à l’extérieur, ou dans une pièce et essayez de rechercher tous les sons environnants – du plus loin au plus près. Les nommer à chaque fois. Pour les plus grands, essayez d’identifier les différents instruments dans une musique.

– Vue : à l’intérieur ou à l’extérieur, repérer et nommer tous les éléments qui ont la même couleur, la même texture (papier, métal, verre, carton…), les différentes formes (tout ce qui est rond, carré, triangle, fin, épais…)

En plus de travailler sur les sens, ses activités vont également être une source de concentration, de prendre un temps pour soi et de découvrir ce qui l’entoure.

Gestion de l’ennui pendant le confinement

Un enfant qui s’ennuie est un enfant qui ne donne pas de sens et d’intérêt à son environnement. C’est un enfant qui sous-estime sa capacité d’imagination et de créativité. C’est souvent un enfant qui a été habitué à ce que tout soit planifié pour lui.

L’ennui est souvent redouté tant pour l’enfant que pour les parents, car lorsque l’enfant s’ennuie, il va essayer d’attirer l’attention de ses parents qui à ce moment-là ne seront peut-être pas réceptifs ou disponibles. Malheureusement, cet ennui risque de se transformer en agitation.

Je me souviens d’un petit Lucas de 8 ans qui était venu me voir en consultation. Sa maman était désespérée, car non seulement il avait été diagnostiqué TDAH (Troubles Déficients de l’Attention avec (ou sans) Hyperactivité), mais son agitation était devenue le problème de toute la famille. En faisant une partie d’Emoticartes (jeu de référence sur l’apprentissage des émotions que j’ai créé), il en est ressorti pour lui que le problème n’était pas son agitation, mais le fait qu’il s’ennuyait en permanence… et qui du coup provoquait de l’agitation. A ce moment-là, sa maman a compris pourquoi à chaque fois qu’elle lui demandait d’aller se calmer dans sa chambre… il était encore plus agité ! Il allait de nouveau s’ennuyer et cette agitation (inconsciente) était pour lui le moyen (maladroit) d’attirer l’attention de ses parents comme pour leur dire : « Occupez-vous un peu de moi !!! »

Même si l’ennui est bon pour le développement de la créativité, de l’imaginaire et de la concentration… j’aime bien dire que s’ennuyer c’est déjà faire quelque chose 😉

2. Créer une liste d’activités

Si cet ennui est trop pesant, surtout en cette période de confinement où la variété d’activité est restreinte, on peut proposer à l’enfant de faire une liste des activités.

Sur une feuille de papier, tracer un tableau à 2 colonnes : une pour les activités intérieures et l’autre pour les activités extérieures. Ces deux colonnes sont elles-mêmes divisées en 2 colonnes. Inscrivez dans chaque colonne en alternance « seul » et « à plusieurs ». Expliquez à votre Loulou la signification des colonnes : « Seul : activités que je peux faire sans l’aide de personne. A plusieurs : activités que je peux partager avec mes parents ou fratrie.» A lui de lister une vingtaine d’activités dans chaque colonne.

Bien entendu, au départ il va écrire les choses les plus évidentes : jouer, regarder la télé, écouter de la musique… Puis, il va rapidement avoir l’impression d’arriver au bout. C’est tout là l’intérêt de cette liste. Moins les choses sont évidentes, moins l’enfant va y penser. Il va donc se « forcer » à trouver de nouvelles activités : bricolage, jardinage ou faire pousser des graines, apprendre une recette par jour, faire des origamis, concours d’avions en papier… S’il a besoin d’aide, les réseaux sociaux et le blog d’Hop’Toys débordent de nouvelles idées.

Ainsi, lorsque l’enfant s’ennuiera il aura déjà un cadre et il ira rechercher de lui-même dans cette liste comment s’occuper… De plus, le fait de faire ses listes, va déjà bien l’occuper 15/30 minutes. 😉

3. Créer un planning et suivre une routine

Vous pouvez également proposer à votre enfant de faire un planning. Une sorte d’emploi du temps du confinement au même titre qu’un emploi du temps scolaire. Ce planning va donner un cadre sécurisant à l’enfant. Dans ce planning, on y retrouvera des horaires de coucher et de lever raisonnables. Vous pouvez tolérer 30 minutes max entre les horaires du coucher en temps scolaires et les horaires actuels (s’il se couche à 21h habituellement, se sera 21h30 actuellement). Dans ce planning, on y retrouvera des plages horaires pour les devoirs. Privilégiez entre 9h et 11h30 le matin et entre 14h30 et 16h l’après-midi. C’est le moment où les apprentissages sont les plus efficaces. Prévoyez également des plages horaires pour des activités physiques, des temps libres, des découvertes (lecture, musique, documentaires…)

>> A télécharger gratuitement : Notre organisateur familial

>> A lire également : Les aides visuelles pour faciliter l’autonomie

Gestion des émotions pendant ce confinement

Une émotion, c’est un court instant durant lequel notre corps réagit par un ou plusieurs stimuli (chair de poule, boule au ventre , poings serrés…). Toutes les émotions nous sont utiles dans le message qu’elles nous envoient. Encore faut-il connaitre et reconnaître l’émotion et le message qui nous est envoyé. Derrière chacune des émotions se cache un besoin. Souvent, nous parlons d’émotions positives ou négatives, or les émotions sont avant tout agréables ou désagréables. Je vous propose ici une courte vidéo d’animation qui vous présentera les 4 émotions de base : la joie, la peur, la tristesse et la colère.

Aider un enfant à gérer ses émotions, c’est avant tout l’aider à repérer, à nommer et à parler de ce qu’il ressent. C’est ce que l’on appelle l’intelligence émotionnelle. Toute émotion non exprimée sera une émotion qui va s’imprimer dans l’esprit et dans le temps.

4. Les aider à exprimer ce qu’ils ressentent

Pendant cette période de confinement, les enfants ne comprennent pas forcément tout ce qui se passe. Ils entendent et perçoivent beaucoup de choses et se font leur propre avis. Plus que jamais, dans ce huis clos interminable, ils sont de vraies éponges émotionnelles. Ils vont capter tout notre stress, nos peurs et autres angoisses. Mais ils vont également renforcer leurs colères dues à une surcharge de devoirs ou encore leur tristesse ou frustration de ne pas pouvoir sortir et voir leurs camarades ou le reste de la famille. Un sentiment d’insécurité général pour tous.

Dans une situation comme celle-ci, plus que jamais, il faut les laisser parler, leur faire exprimer leur ressenti pour extérioriser. De plus, il faut laisser cette émotion s’exprimer elle-même : si un enfant pleure, le laisser pleurer sans jugement ni critique. S’il est triste, il a toutes ses raisons de l’être. Idem pour la colère. S’il se met en colère, le laisser exprimer cette colère… sans violence ni réponse (au risque de la renforcer). Là encore, il a toutes ses raisons de l’être ! Il faut également oser leur exprimer nos propres émotions de parents. Là encore, ça peut parfois être difficile, car nous n’avons pas été habitués à le faire. Il est important de parler de tout ce qui est désagréable pour eux, comme pour nous, mais aussi de tout ce que l’on perçoit d’agréable.

Il est bon de terminer la journée en lui posant la question suivante : « Qu’est ce que cette journée t’a apporté ? », ou « Qu’as-tu appris de cette journée ? » On ne parle pas ici d’apprentissage cognitif (les leçons, les devoirs…), mais d’apprentissage émotionnel (la patience, la tolérance, la persévérance, le partage…).

5. Le jeu Les Emoticartes

C’est dans cette optique que j’ai créé il y a 3 ans Les Emoticartes. Le jeu de référence sur l’apprentissage des émotions à partir de 6 ans.

Sous forme de jeu de cartes, l’enfant va identifier l’émotion désagréable (cartes rouges) qu’il ressent à un moment précis… ou en général. Il va noter sur une échelle de 1 à 5 l’intensité de cette émotion. Au dos de la carte, il va découvrir la définition de cette émotion, son utilité, et ses ressentis corporels à identifier. Puis, dans des cartes jaunes représentant les émotions agréables, il va repérer comment il aimerait se sentir à la place de l’émotion désagréable. Au verso, il va rentrer en détail dans la découverte de cette nouvelle émotion. Enfin, il va piocher au hasard dans une des cartes bleues qui sont des cartes outils, des ressources qui vont l’aider à passer de l’émotion désagréable à l’émotion agréable. Un beau programme pour retrouver apaisement et communication en famille.

>> Découvrir le jeu Les émoticartes

Vidéo des règles du jeu :

>> A lire également : Comprendre et maîtriser ses émotions avec Les émoticartes

Et aussi… gestion des émotions des parents

6. Prendre du temps pour soi

Si le métier de parents est le métier le plus difficile au monde – oui, oui il s’agit bien d’un métier à temps plein et que nous n’avons jamais appris – nous sommes devenus depuis plusieurs semaines maintenant bien plus que des parents. A la fois enseignant, confident, copain…  Difficile de trouver réellement notre place si en plus nous sommes en télétravail, au chômage ou encore parent solo ! Ce huis clos avec nos enfants va nous pousser au bout de nos limites de la patience. On parle souvent de prendre de la distance, de lâcher prise… Facile à dire… parfois plus difficile à faire. Avant tout, il est important que vous preniez du temps pour vous… au calme… seul(e) pour vous retrouver dans une occupation favorite… ou simplement ne rien faire. Pour cela, prenez soin de vous lever bien avant tout le monde et profiter de ce moment de calme. VOTRE MOMENT ! RESPIRER !!!

Vous pouvez également prévoir des plages horaires dans votre planning et prévenir vos enfants et/ou votre conjoint(e) que vous ne serez pas disponible à ce moment-là. Prenez un rendez-vous avec vous-même !

7. Parents : Apprendre à gérer nos émotions également

N’hésitez pas à passer le relais. Là encore, si une situation vous dépasse, que vous sentez la colère monter… demandez à votre conjoint(e) de vous remplacer. Si vous êtes parent solo, quittez simplement la pièce pour vous couper de l’état émotionnel associé à la situation et prévenez votre enfant que vous avez besoin de rester seul(e) un moment.

Mais le plus important est d’exprimer vos émotions, de dire ce que vous ressentez au fur et à mesure que la tension monte. S’exprimer, c’est déjà évacuer certaines tensions. C’est prévenir votre entourage qui ne perçoit peut-être pas les choses de la même manière que vous.

Plus fun, vous pouvez faire une partie d’Emoticartes Parents.

Par un jeu de cartes, vous arriverez mieux à identifier les émotions désagréables que vous ressentez, mais surtout vous saurez les transformer en émotions agréables grâce à des cartes ressources. Des outils basés sur des exercices de sophrologie, de communication non violente, de pnl, de méditation et de relaxation… Là encore, un moment à prendre pour vous. Allez à présent, RESPIRER à nouveau. 😉

>> Découvrir le jeu les Emoticartes Parents

Merci à Patrice Iacovella pour ses conseils et astuces. Et vous, comment vivez-vous le confinement ? Arrivez-vous à gérer les émotions de votre Loulou et les vôtres ? Avez-vous d’autres astuces gagnantes ? Partagez vos expériences en commentaires.


Patrice IACOVELLA, est sophrologue spécialisé pour enfants et dans le développement du potentiel scolaire. Il accompagne également les adultes dans la préparation aux examens, entretiens ou compétitions et dans l’accompagnement des parents. Conférencier, il est également le créateur des jeux Emoticartes à retrouver sur le site internet d’Hop’Toys.

Mathilde est coordonnatrice Tiers-Lieu chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog.

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