Dossiers

Publié le 15 septembre 2017 / par Marianne / Temps de lecture estimé 9 min.

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Inclusion scolaire : des modèles inspirants

Parler « d’inclusion » (plutôt que « d’intégration » puisque ce terme tend, fort heureusement, à laisser place à celui d’inclusion), c’est avant tout réfuter la dualité normal/pas normal. C’est comprendre qu’il n’existe pas de groupes de personnes avec handicap et de groupes de personnes sans handicap, mais des individus avec des besoins. Des besoins communs et des besoins spécifiques. Et parce que nous avons, tous, des besoins communs – et même essentiellement des besoins communs ! (amour, instruction, sécurité, culture, bienveillance, plaisir, découvertes, citoyenneté… on continue la liste ?)  – il est plus qu’urgent d’œuvrer pour une société qui nous réunisse, TOUS, partout, sans clivage, dans toute notre diversité.

La loi dite « loi handicap » de 2005, réaffirme clairement « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ».
Mais qu’en est-il réellement sur le terrain ? Chaque jour, en France et ailleurs (et pas seulement ailleurs), des projets voient le jour qui concourent à faire progresser le droit de chacun à trouver sa place dans la société.

Concrètement, avec les enfants, qu’est-ce que cela peut donner ? Petit retour sur quelques exemples d’inclusion scolaire inspirants.

 

Les classes « Comme à l’école » d’Agir et vivre l’autisme

L’association Agir et vivre l’autisme (AVA) se mobilise fortement pour le développement d’un réseau national d’établissements pilotes spécialisés dans l’accompagnement d’enfants atteints d’autisme. Elle en compte 9 aujourd’hui, répartis dans 5 régions de France. Dans certains de ces établissements, des salles de classe « comme à l’école » sont en train d’être aménagées. C’est le cas à l’EEEH Lacordaire de Marseille.
Certains de nos lecteurs fidèles sont peut être familiers de cette initiative pour avoir contribué à sa réalisation. En effet, Hop’Toys a souhaité accompagner ce projet et vous a invité à le soutenir à travers le dispositif de l’Arrondi solidaire mis en place sur son site. Votre générosité a largement contribué à ce que les enfants et adolescents accueillis à l’EEEH Lacordaire puissent avoir, dès cette rentrée, une salle de classe au sein même de leur établissement. Ce dispositif vise à préparer et à faciliter l’inclusion de ces jeunes en milieu scolaire ordinaire (ou en milieu professionnel). En leur apportant les prérequis indispensables, en les familiarisant avec le fonctionnement et les outils d’une classe, il favorisera leur inclusion en milieu scolaire ordinaire. Certains enfants accueillis à l’EEEH sont déjà scolarisés une partie de la semaine dans l’école de leur quartier ; retrouver une vraie salle de classe à l’EEEH leur permettra d’ancrer leurs acquis et de ne pas perdre leurs bonnes habitudes d’élèves 😉 Une étape donc, une passerelle, pour une inclusion en douceur.

Les élèves de l’EEEH Lacordaire dans leur salle de classe « comme à l’école ».

 

Scolarisation en maternelle : l’exemple des UEM

En France, 80% des enfants porteurs d’autisme ne sont pas scolarisés en milieu ordinaire. Il est pourtant prouvé qu’une intégration précoce en école classique, avec un accompagnement spécifique, était bénéfique à leur développement. Dans le cadre du 3e plan autisme, 30 unités d’enseignement destinées aux enfants porteurs d’autisme sont créées chaque année depuis 2014 au sein d’une école maternelle ordinaire : les Unité d’enseignement Maternelle (UEM). Ce dispositif médico-social est donc implanté dans l’école et accueille au maximum 7 enfants âgés de 3 à 6 ans.

A Mauguio dans l’Hérault, la maternelle Jean-Moulin a été la première de l’Académie à accueillir une UEM. Les petits élèves porteurs d’autisme y sont accueillis tous les jours aux mêmes heures que les élèves de leur classe d’âge. Aude Tarrega, leur enseignante spécialisée est entourée d’un EJE (Éducateur de jeunes enfants) et de 2 monitrices qui, le matin, vont chercher les enfants à leur domicile avant d’animer avec elle la journée de classe. Un psychologue, un orthophoniste, une psychomotricienne, un superviseur ABA interviennent également auprès des enfants. Peu après l’ouverture de cette UEM à Mauguio, une autre s’ouvrait à Uchaud, la première du département voisin du Gard. Là encore les résultats sont plus que positifs ! « Une belle progression et surtout une amélioration notoire des relations à l’autre », relate le journaliste Anthony Maurin.

Comme l’explique l’ANCREI (Réseau des Centres régionaux d’Etudes, d’Actions et d’Informations en faveur des personnes en situation de vulnérabilité), la participation de tous à la formation initiale, la mise en place de temps de coordination entre les différents membres de l’équipe éducative ainsi que la supervision réalisée par un intervenant extérieur expliquent le bon fonctionnement des UEM.

 Consulter la carte de France des UEM :

 

Terre et crayons : une école coopérative, inclusive et écolo

Toujours dans le département de l’Hérault, nous vous avions présenté il y a quelques temps l’association Terre et crayons qui allait ouvrir son école à la rentrée 2017. L’accueil d’élèves aux besoins particuliers faisait partie intégrante de ce projet. Sur les 30 places que propose l’école, 5 sont en effet réservées aux élèves à besoins particuliers. Au delà de ce pourcentage, la démarche inclusive de Terre et crayons se traduit aussi par le choix de sa co-fondatrice, Laure, enseignante depuis 15 ans et psychologue de formation, d’un fonctionnement de classe coopératif où la bienveillance et la solidarité sont la règle. Le respect de l’environnement est également une valeur fondatrice de cette école et un projet fédérateur et « concernant » pour tous. Par ailleurs, l’association Terre et crayon explique ce que tous ceux qui ont fait l’expérience de l’inclusion savent bien :

« la scolarisation d’élèves en situation de handicap est également très profitable au groupe dans son ensemble : la tolérance et la solidarité comptent parmi les valeurs primordiales de notre école. Les élèves sont amenés à coopérer chaque jour avec leurs camarades les plus vulnérables. Des compétences sociales et civiques fortes naîtront tout naturellement de cette expérience quotidienne. »

 

Les Ulis : apprendre à son rythme

Au sein des établissements classiques existent des dispositifs collectifs de scolarisation des élèves en situation de handicap : les Unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS). Les ULIS-école (anciennement appelées Clis), ULIS-collège et ULIS-Lycée accueillent des élèves présentant des troubles des fonctions cognitives ou mentales, des troubles spécifiques du langage et des apprentissages, des troubles envahissants du développement (dont l’autisme), des troubles des fonctions motrices, des troubles de la fonction auditive et visuelle ou des troubles multiples associés. Au sein des ULIS , ces élèves en situation de handicap vont réaliser les objectifs d’apprentissage définis par leur PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation)… à leur rythme, sans pression. Pour certains, ce sera enfin l’occasion de ne pas se sentir « en échec » de ne pas subir de comparaison avec des élèves pouvant apprendre de manière plus classique ou plus rapide  !

Mais attention, si l’objectif des ULIS est d’offrir à ces enfants un enseignement « sur mesure » dispensé par des professeurs spécialisés et des AVS, il prévoit également l’inclusion de ces derniers dans les classes ordinaires de l’établissement et leur participation aux projets d’école !
Alors, un conseil à tous les enfants et adolescents qui ont dans leur école une classe ULIS : poussez la porte de cette classe lorsque vous êtes en récré, allez rencontrer ces camarades, leur parler, constater tout ce que vous pouvez partager. On vous garantit que la rencontre sera aussi enrichissante pour vous que pour eux !
D’ailleurs, les ULIS, ce sont les élèves d’ULIS qui en parlent le mieux ! Pour preuve : ce court-métrage réalisé par ceux du collège Alfred Kastler de Stenay, 2e prix du festival Courts Culottés 2017. (Bravo à eux !)

 

Avec les AVS/AESH !

Qu’ils soient scolarisés en ULIS ou directement en classe ordinaire, les enfants présentant des troubles ou des handicaps ne pourraient suivre la même scolarité – ou de scolarité tout court – sans ces acteurs majeurs de l’inclusion que sont les AVS (Auxiliaires de vie scolaire) et AESH (Accompagnants des élèves en situation de handicap), ces accompagnants essentiels dont bien des parents espèrent fébrilement la nomination pendant tout l’été, tant ils savent que leur présence aux côtés de leur enfant peut tout changer pour ces derniers.
Augmenter le nombre de ces aidants, pérenniser leur statut, valoriser leur travail et leur salaire, c’est peut être aussi ça construire une société inclusive ?…

 

Au delà des dispositifs étatiques et des initiatives de certains formidables professionnels, rappelons que l’inclusion est l’affaire de tous et qu’elle passe, au quotidien, par des gestes ordinaires. En autorisant les élèves à s’entraider en classe, en encourageant des fonctionnements coopératifs plutôt que compétitifs, on concourt déjà à construire la société inclusive de demain.

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A propos de l'auteur

Marianne est chargée de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog.



Une reponse pour Inclusion scolaire : des modèles inspirants

  1. Jussiaux dit:

    Merci pour ce blog très intéressant!
    Psychomotricienne, je monte un projet pour former, à l’aide des methodes Cognitivo comportementales, soutenir et accompagner les AVS et enseignants dans la prise en charge d’enfants avec difficultés spécifiques d’apprentissage (enfant avec un TAC et enfant avec autisme).
    Je suis dans les bouches du Rhône et suis preneuse de toute info pouvant m’aider dans mon projet☺
    Merci d’avance et merci pour votre travail!

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