L’intérêt d’une inclusion des enfants porteurs de TSA en milieu scolaire ordinaire est aujourd’hui largement reconnu et la stratégie nationale pour l’autisme du Gouvernement en fait une priorité. Mais si on évoque souvent les bénéfices d’une telle mixité pour les enfants porteurs de TSA, qu’en est-il pour leurs camarades neurotypiques ? Qu’apporte à l’ensemble des élèves, mais aussi aux enseignants, le fait de côtoyer au quotidien une personne exceptionnelle ? Éléments de réponse avec des personnes ayant vécu l’inclusion de près.

Emile, 10 ans porteur de TSA : « une vraie valeur ajoutée à la vie de la classe »

Cécile Martignac est la maman d’Émile et la co-fondatrice de la Maison des enfants Extraordinaires (MEEX). Elle nous raconte ce que l’inclusion de son fils en classe ordinaire a apporté à l’ensemble de la classe.

Émile a 10 ans est en classe de CM1-CM2 double niveau. A condition qu’elle soit bien faite, l’inclusion tout le monde avait à y gagner. A la fois les enfants ordinaires et les enfants extraordinaires tout autant que les adultes qui les accompagnent. Pourtant, au début, je n’avais pas cette vision réciproque des choses ; je croyais que c’était essentiellement Émile qui profitait de la présence des enfants ordinaires, qu’il était tiré vers le haut par eux et que, par imitation, il allait avoir accès a leur monde.

En réalité ça peut être beaucoup plus que ça.

Je me suis rendu compte que non seulement Emile a bénéficié d’un environnement inclusif bien sûr avec des personnes bienveillantes et formées mais, inversement, la société les autres, enfin la classe, a bénéficié de la présence d’Émilie et de son regard original sur les choses.

Son hyper sincérité par exemple lui permet de dire exactement ce qu’il pense lors des conseils de classe que la maîtresse organise toutes les semaines. En général il est également capable de dire quelque chose que personne n’ose dire parce qu’il ne se rend pas compte qu’il y a un tabou ou une gêne autour de cette question. J’ai eu des retours de parents très heureux de me dire que leur enfant faisait souvent référence aux réflexions d’Émile ou à sa façon de voir le monde et que, du coup, ils étaient aussi capables d’évoluer et de regarder le monde autrement. Peut-être d’être moins conditionnés dans leur façon de penser.

Vivre avec la différence c’est aussi garantir que l’enfant ordinaire sera, au fil de sa vie d’enfant, d’adolescent et d’adulte, plus enclin à voir la différence à l’apprécier et en tirer parti comme une composante ordinaire de la société.

Au début de la scolarité d’Emile j’avais plus de retours sur ses difficultés. Aujourd’hui c’est l’inverse et Émile apporte une vraie valeur ajoutée à la vie de la classe ; les enfants l’apprécient beaucoup et il a des amis qui le connaissent et l’aiment tel qu’il est.

Les avantages d’une inclusion préparée

Le dispositif Aramis (AutoRégulation de l’Autisme en Milieu d’Inclusion Scolaire) est une méthode utilisée au Canada depuis une quinzaine d’années. Expérimentée dans quelques écoles françaises de Nouvelle-Aquitaine depuis 2016, elle donne la possibilité à des enfants avec TSA inclus en classe ordinaire de s’autoréguler.
L’enfant fait partie de la classe, au même titre que ses camarades. Il est accompagné par un éducateur spécialisé, mais celui-ci n’intervient qu’à des instants particuliers, très ponctuels, pour l’aider à organiser ses émotions. Le reste du temps, l’élève va lui-même réguler sa concentration et son stress afin de mieux apprendre. Ce processus, initialement pensé pour les enfants avec TSA, peut évidemment être mis en place pour tous les enfants.

L’originalité et la force d’Aramis est donc que le travail d’inclusion se fait sur tous les acteurs de l’école : les enseignants qui sont formés pendant trois jours, les élèves et l’ensemble du personnel. Tous sont acteurs de cette inclusion, et, à l’instar de leurs élèves, profitent d’une effervescence de connaissances sur la vie en collectivité avec le handicap. Cette implication collective est un des aspects particulièrement bénéfique relatés lors du Colloque d’Agir et Vivre l’Autisme par un enseignant engagé dans le dispositif. Cet enseignant de CP témoignait ainsi :

« Tout d’abord, si l’enseignant reste maître de sa classe, il bénéficie du regard de l’équipe d’éducatrices, de la psychologue. En fait, il n’est plus isolé dans sa classe, il la gère en s’appuyant sur les échanges avec les autres professionnels ; cela enrichit la pédagogie que le maître est amené à mettre en œuvre vis-à-vis de tous les enfants. »

 » D’autre part, l’accueil d’élèves TSA implique une plus grande vigilance à l’ambiance de la classe, à la dimension sociale de la classe. Les enfants ne sont pas que tolérants vis-à-vis de ces enfants différents mais ils deviennent partie prenante dans leurs apprentissages en endossant des rôles de tuteurs naturels, d’accompagnateurs, de modèles »

 » La mise en place du renforcement positif au cœur de sa pratique permet avant tout de dépasser la notion de sanction, de punition, pour appuyer plutôt la mise en avant du comportement adapté. Cela permet sans nul doute de construire un groupe classe plus réceptif avec un enseignant qui n’a plus l’impression de « faire la police » mais qui passe son temps à féliciter (avec plaisir) »

En conclusion, l’inclusion d’enfants avec TSA, dans le cadre du dispositif, permet de dépasser les stéréotypes sur l’autisme, mais aussi d’enrichir sa pédagogie au bénéfice de tous les enfants de la classe.

Dispositif Aramis à Saint-Germain-les-Vergnes (c) La Montagne

>> En savoir plus sur le dispositif Aramis

Les apports des méthodes de communication pour enfants TSA à la classe

Les supports sont la base d’un accompagnement réussi avec les enfants de manière générale. Pour les enfants autistes, qu’ils soient verbaux ou non, ils s’avèrent indispensables.

Fusée des responsabilités, tableaux de motivation, fleurs ou ceintures du comportement… les principes de « l’éducation structurée » utilisée avec les enfants porteurs de TSA (le fait de s’accompagner de supports visuels pour faciliter la compréhension notamment, de s’appuyer sur des renforçateurs) sont aujourd’hui largement utilisés par les enseignants en maternelle et en primaire. Ces repères visuels facilitent en effet l’autonomisation de tous.

De même, des outils permettant une meilleure gestion du temps – ce qui est souvent compliqué pour les personnes TSA – comme le Time Timer, le Synopte et de manière générale tous les systèmes visuels qui vont permettre de « découper » la journée en séquences, de faciliter les transitions, sont, on le sait bénéfiques à tous.

Aménager un coin calme dans sa classe, mettre des fidgets à la disposition de tous, permettre une assise dynamique grâce à des  assises coussins Dynair ou à des gros ballons, voilà encore des aménagements quasiment indispensables à un enfant avec TSA qui permettront une meilleure gestion de la classe et une meilleure prise en compte du profil sensoriel de tous ses élèves.

Nombre de ces outils, de ces astuces aujourd’hui largement préconisées pour l’ensemble des élèves proviennent de l’éducation spécialisée, preuve une fois de plus, que nous avons tous à gagner à cette mixité ! 

Des outils d’autorégulation utiles à tous (c) Jouons ensemble

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L’inclusion dès la crèche : l’avis d’une pro

Véronique est éducatrice de jeunes enfants dans une crèche. Que pense-t-elle de l’accueil d’enfants « exceptionnels » dans les lieux d’accueil du jeune enfant ?

Pour les enfants « normaux »,  côtoyer la différence, c’est l’intégrer pour le futur (chez les jeunes enfants, il y a très peu de peur), c’est bête à dire, mais cela devient une normalité.
Ils intègrent rapidement que des règles de vie puissent être différentes (incapacité à rester assis aux repas, peu de sommeil, façons différentes de jouer, de bouger…), et cela n’a pas d’impact sur eux.

L’empathie se mobilise beaucoup ; les autres enfants apportent du réconfort, ont une perception rapide des besoins et des rituels de l’enfant « différent ».

Pour les adultes/parents, on sent dans leur regard, au début, de l’interrogation, mais je n’ai jamais eu de retour négatif et je pense même que cela leur permet de travailler sur leurs peurs (confiance en l’équipe) et même que cette « ouverture » les rassure.

Les équipes, enfin, apprennent à se faire confiance (alors qu’elles peuvent être dans la peur de mal faire, d’aggraver les choses) et le questionnement sur la pratique s’affine…  Accueillir des enfants « différents » amène la mobilisation d’une certaine « créativité  » dans le quotidien (aménagement des espaces, ritualisations…), créativité qu’elles finissent par étendre aux enfants dits  » normaux » lorsqu’ils posent eux aussi question au cours de leur développement.

Ces enfants nous permettent d’aller au delà des constats, des échappatoires (« ce n’est pas notre problème ») comme tout enfant qui ne rentre pas dans le moule… Ils nous demandent d’agir avec les connaissances que l’on a de l’Humain.

Devenir des adultes bienveillants et tolérants

Au Salon international de l’Autisme organisé à Ajaccio, nous avons eu le plaisir de retrouver Chantal Lair-Lachapelle, présidente de l’association Notre Petit Prince Asperger. Grand-mère d’un garçon porteur d’autisme – aujourd’hui lycéen et très bon élève – Chantal dispense des formations pour permettre de mieux connaître l’autisme et intervient également régulièrement dans les écoles pour sensibiliser les enfants neurotypiques à la différence. Elle nous livre ici sa vision sur ce que l’inclusion permet à son sens à chacun.

En faisant de la sensibilisation dans les écoles des le plus jeune âge, nous nous sommes rendu compte que l’intégration d’enfants différents est plus facile dans une classe dite ordinaire. Cela permet aux enfants avec TSA d’apprendre naturellement les codes sociaux, et aux enfants « lambda » d’avoir une ouverture d’esprit sur les différences, sur le handicap, d’aider leurs pairs… quand ils sont sensibilisés bien sûr !

Ils sont comme tout le monde, ils ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas, mais avec des explications sur la différence, sur comment adapter leurs comportements, malgré leur esprit critique naturel, tous les enfants sont intelligents et savent mettre en avant leur empathie.

Il suffit de leur faire confiance en leur demandant de participer au bien-être de leur camarade différent.

Les responsabiliser, c’est le chemin de l’inclusion. Ils apprennent tous, en chacun, nous sommes tous différents et c’est une richesse d’apprendre de l’autre. L’inclusion en école ordinaire permettra que ces enfants différents deviennent des adultes autonomes et sociables malgré leurs particularités, et pour les enfants neurotypiques de devenir des adultes bienveillants et tolérants envers leurs prochains.

Les infographies Hop’Toys : des supports parfaits pour sensibiliser tous les élèves

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Inclure : encourager une culture du respect

Comme le rappelle en effet l’association canadienne Nouveau-Brunswick pour l’intégration communautaire, l’inclusion, outre les bénéfices pour l’enfant extraordinaire scolarisé en milieu ordinaire « encourage une culture de respect et d’appartenance [et] offre également l’occasion d’apprendre sur les différences entre les individus et d’accepter ces différences. »

Elle offre à tous les enfants l’occasion de développer des amitiés entre eux. Les amitiés offrent des modèles de rôles et des occasions de croissance.

Les sensibiliser, au handicap bien sûr, et, au-delà, à la différence, à la diversité est primordial pour en faire des adultes ouverts, curieux, tolérants et bienveillants. 

L’école Montesquieu d’Angers toute en bleu pour sensibiliser à l’autisme (c) Angers info

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Sources :
https://nbacl.nb.ca/module-pages/linclusion-scolaire-et-ses-avantages/?lang=fr

Marianne est chargée de communication chez Hop'Toys et rédactrice sur ce blog.

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