À notre image, nos enfants sont de plus en plus sédentaires, habitués à faire des activités en intérieur et passent beaucoup trop de temps devant les écrans. Pourtant, il est essentiel pour leur développement et leur bien-être d’être en contact avec la nature. Et si l’école devenait le lieu de rencontre entre les enfants et la nature ? Si nous échangions les chaises et les bureaux contre un tronc d’arbre et un tapis de feuilles ? Et si la forêt devenait la salle de classe ?

Le déficit de nature

Ce concept a été formulé par Richard Louv en 2005 dans son ouvrage Last Child in the wood. Il évoque, au sein de notre société moderne, l’éloignement des enfants avec la nature, puisqu’ils passent de moins en moins de temps à l’extérieur. Et ceci pour 3 grandes raisons :

  1. Les zones urbaines avec de moins en moins d’accès aux jardins.
  2. Les angoisses croissantes des parents à voir leurs enfants sortir.
  3. La multiplication des écrans.

Pourtant, des études scientifiques montrent que la nature favoriserait le développement intellectuel et émotionnel de l’enfant, qu’elle améliorerait l’estime de soi, réduirait le stress, augmenterait la créativité, stimulerait les sens… Dans le même sens, les neurosciences estiment de leur côté que le cerveau aurait besoin de nature pour se développer : bouquet d’odeurs, de bruits, de sensations…

Le contact avec la nature développe une attention pleine et élargie au monde, et non pas réduite, et « focalisée » comme avec les écrans.

En bonus, notre conscience écologique nous chuchote à l’oreille. Si nous leur apprenons à mieux aimer la nature, ils seront plus à même de préserver notre planète !

L'école en pleine nature : observer et explorer

>> Lire notre article complet sur le déficit de nature

La pédagogie par la nature

Les pédagogies nouvelles et alternatives, telles que la pédagogie Freinet ou Steiner, donnent toutes un rôle central à la nature dans l’éducation et l’enseignement. Aujourd’hui, ces nouvelles écoles ont le vent en poupe, notamment dans les pays scandinaves.

En se reconnectant à son environnement, l’enfant peut alors observer, et explorer le monde qui l’entoure. C’est une approche écologique, sociale et sensorielle. Elle permet d’ancrer les apprentissages dans le réel, leur donnant ainsi plus de sens.

Dans les « classes dehors », la nature devient un terrain d’apprentissage. Cela permet aux enfants de se dépenser physiquement, mais aussi d’apprendre directement sur le terrain, d’être attentifs à ce qui les entoure, d’observer les choses, d’être en contact direct avec la nature… On cherche l’opportunité d’apprendre et de découvrir l’environnement, les saisons, la météo… Faire classe dehors, c’est intégrer l’environnement proche de l’école afin de motiver et d’ancrer les apprentissages. Être en contact direct avec la nature et apprendre avec ses sens et son corps en mouvement permettent aux élèves de mieux mémoriser. 

>> Découvrez le témoignage de Stéphanie Leruse, enseignante qui pratique la classe dehors

Et dans cette vidéo, découvrez l’exemple de deux classes, qui, une fois par semaine, passent une demi-journée en nature.

>> À lire : « École : la pédagogie par la nature »

Reconnectez les enfants à la nature en prenant un bain de nature

Ces derniers temps, nous avons été contraints de restreindre nos déplacements et nos libertés. Les enfants souffrent aussi de ces privations. On perd le lien social, mais aussi le lien avec l’extérieur. Aujourd’hui, que diriez-vous de prendre un bain de nature ?

Ce n’est pas de l’exercice, ni de la randonnée, ni du jogging. Le bain de nature est le simple fait d’être dans la nature, de se connecter avec elle par nos sens ; la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher. En ouvrant nos sens, le bain de forêt comble le fossé entre nous et le monde naturel. Les bruits de la forêt, l’odeur des arbres, la lumière du soleil jouant à travers les feuilles, l’air frais et propre procurent une sensation de bien-être. Ils atténuent stress et inquiétude, nous aident à nous détendre et à réfléchir plus sereinement.

Les expériences sensorielles sont nombreuses en nature, la créativité et la sensibilité de l’enfant sont incroyablement stimulées. Au quotidien, notre sens de la vue est celui sur lequel nous comptons le plus. Nous prenons moins le temps de faire attention à nos autres sens, qui sont pourtant tout aussi importants. Mais en ville, les bruits et les odeurs sont saturés… En prenant le temps de respirer, d’écouter la nature, l’enfant éduque ses sens. Il apprend à reconnaître l’odeur des plantes, le chant des oiseaux ou la texture de la mousse. Tout cela favorise le bien-être physique et mental.

école en pleine nature : observer, explorer et partager

>> Découvrez nos idées d’activités à réaliser en forêt

Faire entrer la nature à l’école

Si votre école est en ville ou que l’accès à un espace naturel est trop compliqué, rien ne vous empêche de ramener la nature dans l’école ! De nombreux projets sont possibles et peuvent impliquer toutes les classes de l’école, et parfois même la ville. Sensibilisation au développement durable, construction d’un poulailler, entretien d’un jardin ou d’un potager, végétalisation du quartier…

Et si on réinventait la cour de récréation ?

Il serait évidemment irréaliste de penser que toutes les écoles, a fortiori dans les grandes villes, vont d’un jour à l’autre se délocaliser à la campagne. Entre faire autant que possible classe à l’extérieur, développer la pratique de la sortie nature, des classes vertes et « l’école en nature » (les Forest school), il y a évidemment un chemin. Mais, si on permettait aux enfants d’être au contact de la nature ne serait-ce que pendant les temps de pause et de récréation, cela représenterait déjà deux heures par jour passées dehors ! En réalité, quand on parle de faire classe dehors, plusieurs pistes, correspondant à autant de degrés de proximité avec la nature, existent.

La première consisterait déjà à repenser les cours de récréation. L’heure est en effet au débitumage de ces espaces. Il y a déjà plus de 20 ans que le suédois Grahn démontrait à travers son étude que parmi deux groupes d’enfants par ailleurs comparables en tout point, ceux qui évoluaient dans un espace extérieur conçu pour leur permettre d’être au plus proche de la nature (jardin sauvage, grands arbres, rochers, bosquet, sol irrégulier, grande surface de sable, balançoires, cordes) présentaient un développement bien plus avancé.

école et nature : végétaliser les cours de récréation

Source : Groupe Facebook Apprendre et jouer dehors

>> Lire l’article complet : et si on réinventait la cour de récréation ?

Du matériel pour faire entrer la nature à l’école

Méline Dutriévoz-Boyer est directrice de crèche à Grenoble. Elle est également à l’origine du concept de Slow pédagogie. En tant que professionnelle de la petite enfance, Méline sait qu’il est essentiel de donner du réel aux explorations de l’enfant, surtout avant trois ans. Dans la crèche de Méline, on travaille « à fond avec la nature ». C’est l’état d’esprit de toute l’équipe. Il ne s’agit pas de « recréer la nature », mais de la faire entrer dans la crèche. Et pour cela, Méline a un produit phare : le grand bac d’exploration, autrement appelé dans sa crèche : « le support à univers ». On peut tout y mettre en scène : ferme, désert, mare aux grenouilles, banquise… En utilisant de la paille, du sable, de la glace… Et même en recouvrant son fond de tapioca cuit !

L’enfant appréhende le monde par ses sens, bien sûr. De fait, à chaque fois que Méline et son équipe créent des ateliers avec de la paille, de l’eau, de la glace (même si elle sait bien que cela induit le risque de mouiller les jouets qu’elles y auront disposés), elle remarque que l’enfant – le petit enfant en particulier – investit beaucoup mieux son atelier.

Un grand bac d'exploration

C’est justement ce que vont permettre ces grands bacs, qui peuvent d’ailleurs être utilisés à l’intérieur ou à l’extérieur : patouiller, toucher des matières naturelles, pouvoir regarder la glace fondre, les végétaux se transformer, etc. Ils ont juste le rebord qu’il faut, juge Méline, pour pouvoir y disposer des matières, sans empêcher les tout-petits d’y accéder.
Sur le site slow-pedagogie, Méline propose de nombreuses possibilités d’exploitations du bac de découverte dans lequel elle recommande de disposer, notamment des :

  • figurines, véhicules
  • matières naturelles (herbes, cailloux, sable, terre, eau, écorces, rondins de bois, etc.)
  • matières alimentaires (farine, semoule, lentilles, colorant alimentaire, etc.)
  • objets permettant des manipulations (cuillères profondes, tuyaux en cartons, en PVC).

>> Retrouvez tous les conseils de Méline dans cet article

Et vous, quelles pratiques avez-vous mis en place dans vos écoles pour reconnecter les élèves à la nature ?

Retrouvez tous les articles de notre dossier « École de demain » :

Sources : Nature à l’école : le temps est-il venu de faire classe en plein air ?

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